Diane qui dé-tonne

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Le décès de Diane Keaton le 11 octobre nous remet en mémoire l’éblouissante apparition, ou révélation, du personnage de Annie Hall qu’elle incarna en 1978 (film récompensé par quatre Oscars). Et nous nous rappelons du même coup quel délicat directeur d’actrices aura été Woody Allen, qui façonna à l’écran les personnages très divers, mais inoubliables, successivement incarnés par Mia Farrow, Dianne Wiest, Gena Rowlands, Emma Stone ou Scarlett Johansson – parmi tant d’autres !…    

Dans la filmographie de ses cinquante titres, Annie Hall brille d’un éclat singulier, pourquoi ? Après une première période d’œuvrettes drôles mais conçues davantage comme des successions de gags, ce film consacra définitivement Woody et fit de lui le cinéaste de notre génération. Annie Hall depuis cette date permit à des types comme nous de se réclamer d’une « génération Woody » (pour citer le titre du livre que je lui ai consacré aux éditions du Bord de l’eau).

Le film se recommandait aux cinéphiles de cette époque par quelques repérables innovations de surface, de celles qui firent les succès d’un Godard : le split screen par exemple, où l’on voit les deux protagonistes consulter chacun de leur côté leurs psychanalystes ; l’écran coupé en deux, mais aussi les propos tenus, soulignent leur séparation, « Faites-vous souvent l’amour ? / Sans arrêt, trois fois par semaine (répond Woody) / Très peu, trois fois par semaine (Annie) ». 

Autre truc, la sous-conversation révélée par le jeu des sous-titres qui nous disent à quoi pensent les deux protagonistes sous les propos convenus de surface. Ou encore le regard-caméra et les adresses au public : dans la scène avec McLuhan (saisi dans son propre rôle), Woody nous prend carrément à témoin et conclut « Ah si la vie pouvait être toujours comme ça ! ». Mais le film déjà s’ouvre par un stand-up où Woody, sur fond neutre, enchaîne deux blagues. Mentionnons enfin le truc de la musique absente : contrairement à ses autres films, souvent pimentés de ce jazz que Woody joue avec son orchestre, Annie Hall s’ouvre dans un silence total, et n’admet dans son déroulement que trois ou quatre musiques résidentes ou relevant de l’action, notamment le très beau « It Had to Be You » chanté par Diane (ce bannissement de toute musique importée caractérisera le « dogme 95 » proposé plus tard par quelques cinéastes danois).

Cette énumération suffisait pour donner à ce film ses lettres de modernité, mais est-ce bien cela qui fit son charme aux yeux des jeunes gens que nous étions alors ? Je crois que ce qui nous a tout de suite enchantés, et qui me charme encore dans Annie Hall, c’est sa fluidité, et son caractère résolument intime. Toute l’histoire, Woody l’a assez répété dans ses entretiens, est au passé, ce film nous raconte aussi exactement que possible, avec distance donc, avec humour et tendresse, les difficultés et la fin du couple qui fut le leur, et que le cinéma d’une certaine façon immortalise, tout en prononçant son décès.

 « Annie c’est fini ! » Mais la pellicule qui énonce ce message lugubre ne peut se retenir de nous montrer d’Annie des images radieuses, Diane Keaton y crève l’écran et son personnage s’incruste pour longtemps dans notre mémoire. Ce vacillement du temps propre au film (C’est une histoire ancienne / Ça arrive maintenant à l’écran) est très sensible, par exemple, dans les flashes-back de l’enfance, entre l’école et le milieu familial : l’existence n’était pas facile pour le jeune Alvy, coincé entre une mère querelleuse et ses lamentables maîtresses de classe. Mais la magie du souvenir, souveraine comme chez Fellini (Huit et demi ou Amarcord furent pour Annie Hall une source d’inspiration), nimbe les scènes remémorées d’une irrésistible nostalgie. La vie allait cahin-caha dans la maison branlante abritée sous le « grand huit » de Coney Island, mais c’était ma famille, mais c’était notre vie semble murmurer Woody en forme d’hommage plein de gratitude envers cette enfance disparue. Et toujours susceptible de resurgir, comme les auto-tamponneuses reviennent à la fin du film. 

Annie de même disparaît et revient, elle est toujours et plus que jamais merveilleusement là, tellement plus vraie peut-être ou désirable à l’écran que dans la « vraie vie », à la faveur de cette résurrection lumineuse propre au cinéma ! Qu’est-ce qui faisait courir Woody, pourquoi tant de films, enchaînés avec cette régularité, cette cadence acharnée, comme un pommier produit ses pommes ? Parce que la proximité biographique du film avec sa propre vie transfigure celle-ci ? On a déclaré, pour le rabaisser, que Woody Allen réalisait toujours le même film, on pourrait le dire de l’œuvre de tout grand créateur. L’intrigue de Annie Hall nourrira celle de Manhattan, puis de Meurtres mystérieux à Manhattan, ou encore de Radio Days (quatre titres  illuminés par Diane Keaton), sans que cette redondance nous pèse, au contraire, quel plaisir de suivre Woody Allen dans son exploration attentive, amoureuse des mêmes lieux, ou de la même femme… 

Diane Keaton aura joué dans huit de ses films. Nous savons quelle admiration il eut pour elle, depuis le début, et après que leur rupture ait transformé leur amour en une amitié loyale et indéfectible. L’un et l’autre se doivent beaucoup depuis ce cadeau sans prix, cet Annie Hall qui a placé Diane au rang d’une espèce de mythe pour notre génération. Avec ses gilets d’homme, ses grosses godasses, sa cravate trop large ou son drôle de chapeau, Diane/Annie incarne une femme vraiment pas comme les autres, aux maladresses et aux réparties tellement attachantes… Sa gaucherie, sa tâtonnante féminité engoncée dans des toilettes androgynes, auront fait d’elle indiscutablement un type. Qui inspira quantité de femmes. Et son personnage agit comme une bonne fée dans la vie de Woody, un ange-gardien attentif, tout le contraire de Mia Farrow qui vint après et avec laquelle il vécut plus longtemps, mais dont le visage de vierge préraphaëlite cachait les traits et l’âme d’une Carabosse.

Quelle formidable compensation apporte l’écran à nos existences enlisées !… Le film devait s’intituler d’abord Anhedonia, l’incapacité à s’emparer du bonheur. Et ce mot bizarre résumait bien en effet la condition de l’homme (et de la femme) modernes décrite par Woody, parvenus à une enviable disponibilité, mais celle-ci se retourne contre eux quand, au nom de l’expression ou de la réalisation de soi on répudie ses engagements, qu’on n’aime pas se laisser piéger. Annie et Alvy se ressemblent dans leur individualisme et cette névrose qui les fait osciller entre l’attachement et la quête permanente d’autres horizons ; chacun ne peut faire que le malheur de l’autre, tout en reconnaissant chez cet autre le miroir ressemblant de ses propres défauts. Ces deux-là se prennent, se quittent, se reprennent ; le choix par Annie d’une carrière à Los Angeles agit sur le petit Juif new-yorkais comme un repoussoir, il n’aime pas le soleil, déteste l’industrie du cinéma et les rires en boite des studios de télé, il n’envisage (pas plus que Woody) de vivre loin de Central Park. Ils se pardonnent pourtant, se recherchent mais ne peuvent s’empêcher à nouveau de se fuir au nom du même narcissisme, que tous deux détaillent longuement sur le divan du psy (fréquenté depuis quinze ans par Alvy, un début encourageant !). 

Ce titre Anhedonia, heureusement abandonné, nous rappelle que Sartre en son temps caressa d’abord l’idée d’intituler La Nausée « Melancholia » ; or la conclusion de son livre touche au même ressort de la création chez notre cinéaste, et le marasme de Roquentin ressemble aux ruminations solitaires et au pessimisme radical d’Alvy/Woody ; lui aussi cherche (et trouve) le salut en faisant advenir, par le moyen de la pellicule, un monde plus vrai, plus propre, plus petit sans doute mais enfin habitable. « Ah, si la vie pouvait toujours ressembler à ça ! ». 

36 réponses à “Diane qui dé-tonne”

  1. Avatar de ml
    ml

    Bonsoir amis du blogue !

    Je viens de lire ce billet du pensif randonneur que j’ai relu dans son livre, au chapitre des

    « Intrigues » III, 8, pages 81 à 86, livre dédié à ses amis alleniens de la première heure.

    Le finale de ce billet m’a fait me ressouvenir d’un texte de Régis Debray, extrait de l’un de ses livres :

     » la mélancolie n’est pas une vraie navrance puisqu’elle est navrance de tout. L’ange de Melencolia dans la gravure sur cuivre de Durer tourne le dos à la mer, n’a que dédain pour l’échelle, le polyèdre, la balance et l’horloge, les instruments du bâtisseur qui l’entourent, et fixe des yeux on ne sait trop quoi. C’est comme une introversion qui fait regarder en dedans et boude les horizons. Le perceur de routes ulysséen, lui, ne cultive pas le vague des passions, le drapé cabotin, le souffle exsangue de l’irrévocable. Il ne se sent pas étranger à la vie tel l’enfant de Chronos, mais seulement à son visage actuel. Par quoi nul ne doit confondre le dégoût du monde et celui de la situation. »

    Un propos qu’il me plaît de soumettre à la sagacité de la linguiste pyrénéenne et à la critique de la caissière de je ne sais où.

    Et votre serviteur de s’en retourner non à ses jumelles mais à sa loupe pour y voir plus clair.

    En art souterrain, amis des mines, faut de bons yeux et une sacrée loupe pour trouver la naine dans le daine.

    Naine et daine sont les anagrammes de Annie et de Diane, soit dit en passant.

    Bonne nuit

    ml

    1. Avatar de Daniel Bougnoux
      Daniel Bougnoux

      Finement observé cher ML ! Je ne me doutais pas que Diane Keaton partirait la première, elle apportait à Woody un soutien fidèle, comment va-t-il survivre sans elle ? J’ai revu « Annie Hall », « Meurtres mystérieux à Manhattan », elle y est irrésistible !

  2. Avatar de Anetchka
    Anetchka

    Il revient à la « linguiste pyrénéenne », interpelée par ml, ces mots du conte introduisant une sourde angoisse en crescendo : « Soudain, le vent fraîchit, la montagne devint violette, c’était le soir. » Et il est vrai que la mélancolie est parfois « violette », souvent « bleue », « brune », « noire », avec ses variantes « ombre », « sombre », « nuage » ou encore « décolorée », « glauque », « blafarde », « blême », et presque universellement « grise », dans les langues des contrées ensoleillées comme dans les pluvieuses.

    En français, on « broie du noir », en arabe classique on est « lourd d’ombre », en hébreu moderne, on « se remplit de gris », en hébreu ancien « nuage noir » signifie « mélancolie » , en hindi le « nuage » est souvent connoté de nostalgie romantique, tandis que les Anglais ont le « blues » (qui a fait florès comme le « spleen ») et que, chez nous encore, les nourrissons connaissent « l’heure bleue » avant le coucher du soleil…

    Mais le français semble être l’une des langues les plus amples et subtiles autour de l’Ennui. Cet ennui du XVIIe siècle désignant l’ensemble « amour-passion-chagrin-nostalgie », ce sentiment profond d’insatisfaction, de désir impossible à réaliser, ou lié à la perte, une nostalgie de l’être aimé, ou du pays natal absent. L’une des composantes de l’ennui français actuel, dans ses usages plutôt littéraires, à savoir la mélancolie, le vague à l’âme, le vague des passions, laisse apparaître la connotation ancienne de charme et de romantisme liée à cette tristesse adoucie, intérieure, souvent sans cause précise. Son association à la poésie ou à la musique se révèle par exemple dans ces vers : « Et du sublime ennui d’un barde/ Qui chante au milieu des brouillards » (Stances d’Ossian).
    Je n’ai guère trouvé que le chleuh, une langue berbère, qui comparablement, associe l’ennui à la poésie lyrique (opposée à la poésie didactique, religieuse). Une valorisation rare de cet affect ennui au degré fort qui le plus souvent est relégué au pôle passif et négatif…

    Cet ennui poétique n’est pas absent, justement, des films de Woody Allen, souvent rompu par l’humour, l’ironie, histoire de ne pas s’étendre…

  3. Avatar de Roxane
    Roxane

    Bonsoir, cher randonneur et amis du blogue !

    Pourriez-vous m’éclairer, s’il vous plaît ?

    C’est au sujet du titre du dernier billet « Diane dé-tonne »

    Les verbes détoner et détonner n’ont pas, à ma connaissance, le même sens. Un homonyme n’est pas toujours homographe, palsambleu !
    L’un signifie, s’enflammer, exploser et l’autre, sortir du ton, produire un contraste malséant.
    Et cela, nous le savons, le blogueur ne peut l’ignorer. Aussi s’est-il plu à briser les codes et d’y ajouter un trait d’union.
    Pour dé-coïncider, peut-être…
    On ne va pas en faire des tonnes mais son dé mis à part justifie une juste explication, il me semble !
    Merci Monsieur Bougnoux, cher professeur, Daniel, de bien vouloir nous apporter vos éclaircissements.
    Bonne soirée

    Roxane

    1. Avatar de Daniel Bougnoux
      Daniel Bougnoux

      Fine remarque chère Roxane, Je prends conscience en vous lisant que les deux verbes, détonner et détoner, peuvent s’appliquer également à l’exubérante Diane, qui explose en effet à l’écran, et aux yeux d’Alvy son personnage-partenaire dans « Annie Hall », mais dont les toilettes et les mouvements ne sont pas sans détoner dans les milieu qu’elle traverse, en étoile filante…

  4. Avatar de Roxane
    Roxane

    Erratum

    Que la dame de la Tour me pardonne !

    J’ai oublié mon « qui » : Diane qui dé-tonne.

    Quant à mon pauvre « Ki », à deux mille neuf cent trente-trois lieues de Tokyo Skytress,

    la fée de l’Empire du soleil levant n’y verra que du bleu !

    Reste dans la nuit, le ver luisant sur les sentes escarpées d’un autre pays.

    Bonne nuit à tous

    Roxane

  5. Avatar de Dominique
    Dominique

    « Souvenir, souvenir, que me veux-tu ? L’automne
    Faisait voler la grive à travers l’air atone,
    Et le soleil dardait un rayon monotone
    Sur le bois jaunissant où la bise détone. »

    Bonsoir !

    Ce poème saturnien de Paul Verlaine, en exergue, pour essayer de donner une suite à peu près acceptable, j’espère,

    au fin et prudent commentaire de Madame Anetchka.

    Que ce conte d’A.Daudet mentionné est juste et édifiant !

    Il faut faire attention où l’on met les pieds en terrain inconnu, même si l’on connaît le secret du « secret de Maître Cornille », dévoilé dans le n° 27 de la revue « Médium » où notre blogueur a contribué activement.

    On sait ce que disait W.Allen des ennuis – et de l’ennui, n’a-t-il pas essayé de désennuyer son public qui avait, a de l’argent en poche pour aller voir ses films ?

    Comment ne point, à nouveau, citer Gaston Bachelard ? – :

    « Centres d’ennui, centres de solitude, centres de rêveries se groupent pour constituer la maison onirique plus durable que les souvenirs dispersés dans la maison natale. Il faudrait de longues recherches phénoménologiques pour déterminer toutes ces valeurs de songe, pour dire la profondeur de ce terrain des songes où se sont enracinés les souvenirs » (La poétique de l’espace)

    Cet ouvrage du penseur et rêveur baralbin est cité par Étienne Klein dans son livre publié, cette année, où il parle de « transports physiques » et invite les physiciens et les alpinistes à aller se faire voir ailleurs…

    Finalement, autant s’exiler à domicile, loin des bruits et des vanités du monde, cultiver comme on peut son for intérieur, son jardinet et l’enclos attenant, tel le rat de la fable retiré dans son fromage de Hollande.

    Peut-être, n’est-ce pas très charitable, me direz-vous !

    Mais comment faire « autrement » ?

    Bonne nuit tranquille.

    Dominique

  6. Avatar de M
    M

    Bonjour !

    La référence ossianique d’Anetchka m’a incité, au petit matin, la nuit portant sans doute conseil, à consulter le Littré où je trouve cette citation :

    « Cette œuvre produisit une grande sensation qui s’est éteinte ; elle est l’objet de cette épigramme de Lebrun : Vive Homère ! que Dieu nous garde Et des Fingals et des Oscars, Et du sublime ennui d’un barde Qui chante au milieu des brouillards »

    Il y a soixante-trois ans, jour pour jour, Gaston Bachelard, s’en allait…

    Il a cité Ossian dans « L’eau et les rêves » et tout à l’heure en rouvrant « Le droit de rêver », au chapitre de la rêverie mallarméenne, je découvre l’ennui qui n’est plus germe obscur mais prend tige pour produire quelque nénuphar blanc, poésie pure surgie des étangs léthéens dans l’âme mallarméenne.

    Bonne journée d’automne à tous

    M

  7. Avatar de Anetchka
    Anetchka

    Oui, cher M, bingo pour vos recherches matinales : ces vers évoquant Ossian, et liant explicitement ennui nuage (brouillards) et musique (chante) sont bien tirés du Littré. Quant au « sublime » de cet ennui, il n’est pas vraiment assuré…

    Il est amusant de suivre le nuage sémantique d’ « ennui » au fil du temps en français. De son pôle négatif au Moyen -Âge il dérive vers une sorte de langueur amoureuse dans les salons du XVII e, qui marque le début de ses futures nuances complexes vers le spleen romantique, en lien avec la poésie et la musique.

    Ici et là, on entend le « Prélude du spleen » de Chopin (comme on l’a dénommé) , le Wintereise (Voyage en hiver) de Schubert, traînant sublimement (au sens pur) son taedium vitae. Puis, un petit bond temporel, et il vient hanter le cinéma avec ses leitmotiv. Sonate d’Automne (Bergman) qui étire son spleen nordique austère – silences musique, silences – dans l’incapacité à dire. Dans sa variante orientale, plane le lent spleen musical de Satyajit Ray (Le Salon de Musique),
    une mélancolie de la disparition, à dominante noir et blancs, où la parole est rare, là aussi.

    Quel contraste avec la planète Woody et sa désillusion drôle, cocasse, ironique, enroulée autour de sa fragile et délicate muse Diane Keaton! Woody qui traine son spleen jazzique, sa mélancolie émaillée de légèreté… assez unique en son genre et que Daniel a si bien mis en valeur…

    1. Avatar de m
      m

      Bonsoir !

      Je reviens sur la courtisane courageuse, nommée Tirée, dont il a déjà été question entre nous.

      Juste pour confirmer le constat d’Anetchka avec ce que vient de m’écrire Michel Onfray :
      « Je ne trouve pas dans le dictionnaire des philosophes antiques en dix volumes paru au CNRS qui fait autorité trace de cette femme dans la notice consacrée à xénophon dans le tome VII
      Cette femme semble être une fiction…  » (Fin de citation)

      Nous voici donc tirés d’affaire sur laquelle on ne va pas en faire tout un cinéma, même si pour Jacques Rancière « le cinéma voué au réel est, en ce sens, capable d’une invention fictionnelle plus forte que le cinéma “de fiction”, aisément voué à une certaine stéréotypie des actions et des caractères. »
      Un intellectuel assis qui a beaucoup de pouvoir peut s’entendre avec un croquant qui marche sur son île perdue.
      Qu’en pensez-vous sœur Anne ?
      Brisons là et revenons à nos romantiques si judicieusement évoqués par notre linguiste maison.
      En vous lisant Anetchka, j’ai pensé à un beau roman des années septante : »Athanase ou la manière bleue » où un dîner au café Schubert a voix au chapitre du livre de Gonzague Saint Bris.
      Dans le Paris huppé de son époque, la dame de Nohant qui s’interrogeait sur le genre de Monsieur Chopin savait-elle se reconnaître dans le futur où elle « valsera d’abord au son du piano d’un génie étranger » ?
      Futur, telle une anagramme qui la découvre : « Aurore Dupin, baronne Dudevant, alias George Sand »
      Le pianiste et le physicien qui voient en telle coïncidence lexicale un sens caché du monde, n’inventent rien.
      De la même manière, on sait que « Le romantisme » n’est que « larmoiements ».
      Au ras des pâquerettes, si loin de la tour de Madame, le croquant avec ses gros sabots serait plutôt tenté de relativiser les choses et fissa de rouvrir « Le hasard et la nécessité » de Jacques Monod qui n’a pas trouvé le bon Dieu au bout de son microscope. Icelui suppose qu’une dame séduite par les hommages raffinés du poète, consente à faire l’amour avec lui.
      Il en déduit que les poèmes du troubadour auront contribué au succès du projet essentiel et l’information qu’ils contenaient doit être comptabilisée dans la somme des performances téléonomiques assurant la transmission de l’invariance génétique. Est-ce pour autant, imaginer notre homme neuronal, aux anges ?
      Et le sublime dans tout ça ? Allez ça-voir, bonnes gens !
      À l’âge du « Silex » notre maître randonneur écoutait la question en se faisant un cinéma, un cinéma de l’intime :
      « Pourquoi faire ce que tu dis ? »
      Le cinéma inventé en même temps que la psychanalyse, n’est-ce pas JF ?
      S’introduire dans l’antichambre du rêve, mes bons seigneurs, oui, oui, c’est bien, voire merveilleux.
      Mais quand le rideau sur l’écran est tombé, reste la rue avec tous ces gens qui s’en fichent…
      Reste le rêve, cette force de la nature, disait Gaston Bachelard, mentionné quelques fois en ce blogue.
      Le droit de rêver. On en a fait un livre.
      À quand un film, bien vivant, ultra-vivant, scintillant ?
      Woody, alors, aura gagné la partie.

      m

  8. Avatar de Anetchka
    Anetchka

    Il fallait lire: Winterreise (deux r bien sûr!) et noir et blanc (au singulier pour les deux!)

  9. Avatar de Dominique
    Dominique

    Bonsoir !

    Les rectifications savantes d’Anetchka me font penser au yin et au yang et voilà votre serviteur plongé dans

    « le tao de la physique », palsambleu ! Avec les lieder du musicien et la belle meunière du poète de Dessau.

    Il parlait au ruisseau, le meunier, comme l’autre dans la chanson des années septante « IL ».

    Et toujours le même « taedium vitae » sur les erres de Madame la linguiste ?

    Aujourd’hui, avec un professeur de bonheur, le ruisseau rigole et la rigole ruisselle.

    Ce jour, j’ai ouvert un livre au supermarché et aux dernières pages, il est question de vision artistique, d’intuition

    et du monde quantique. Je vais acheter le livre…Et pas seulement pour plaire à Aurore qui s’en fiche comme de l’an

    quarante ! Il s’intitule « Populicide ».

    Bonne nuit

    Dominique

  10. Avatar de Anetchka
    Anetchka

    Oui, cher Dominique, retournons à Schubert le pastoral entre tous, aux titres poétiques, et d’abord, à l’adresse de Daniel: Das Wandern « La Randonnée », petit morceau qu’enfant, on apprenait sous le titre « Le Gai Laboureur  » (leitmotiv lourd et legato à la main gauche, accompagnement léger et piqué à la main droite); Tränenregen « Pluie de larmes » (on l’appelait « Les Larmes du meunier); Die Schöne Müllern « La Belle meunière »; Der Lindenbaum « Le Tilleul »; Heidenröslein « La Rose sauvage »; ou encore parmi les champs, bois, chemins et rivières la fameuse Die Forelle « La Truite » qui vagabonde dans l’onde.

    Et nous voici aujourd’hui tristement conduits sur les sentiers de …la néologie avec populophobie, et populicide…

  11. Avatar de Anetchka
    Anetchka

    Müllerin (rectificatif: j’écris dans le TGV filant vers la Belle Bleue!)

    1. Avatar de Alicien
      Alicien

      Bonsoir !

      Je suis dans un train de nuit. On l’appelle le train bleu…Allez savoir pourquoi !

      Le voyage sera long…Je m’en vais rejoindre ma côte d’Opale.

      En face, une jeune passagère me sourit et me demande si elle peut ouvrir mon livre laissé sur la banquette.

      – Bien évidemment, Mademoiselle, et je lui tends le livre, le tome 2 du Journal hédoniste (Les vertus de la foudre), de Michel Onfray.

      Elle n’a pas de portable ni truc à se mettre sur les genoux pour tapoter au clavier.

      Elle ne s’appelle pas Sandy, n’a pas de Rolls et ne signe pas des autographes.

      Sans doute n’a-t-elle oncques entendu parler de « Stardust Mémories », palsambleu !

      La jeune fille ou jeune femme, une trentaine d’années peut-être, le livre dans les mains, relève la tête et me dit tout de go en refermant l’ouvrage ouvert au hasard : « Terpandre ou Tyrtée apaisant les séditions ou enflammant les courages « , c’est qui, c’est quoi, ça ? Ils sont là, au chapitre du contraire d’une chose mentale… »

      – Je ne sais, il faudrait demander à l’auteur ou à une linguiste de première classe.

      Elle hoche la tête en bâillant, relève sa chevelure blonde, me tend le livre, s’allonge et s’endort.

      C’était tout à l’heure et le train sifflait dans le soir…

      Si loin, si loin du gai laboureur et des chercheurs de pain d’un Goncourt des années folles, dont « Les gardiennes » ont fait tout un cinéma, si loin du pianiste qui dans les lettres interverties de ses prénom et nom « reconnut Brahms ».

      Demain, par la vitre de mon train bleue, je ne verrai point de bœufs mais des centaines de chevaux à quatre roues.

      Je ne verrai même pas de paysans, ni paysages, ni pays. Je pense à un néologisme, cher à Anacharsis Cloots.

      La jeune femme, soudain, vient de se réveiller et me dit en se frottant les yeux : « C’est loin où vous allez ? »

      J’esquisse un sourire, penche la tête et m’endors à mon tour…

      Vers un pays sans doute, celui où l’on n’arrive jamais, là où l’on y voit que du bleu…

      Alicien

  12. Avatar de Aurore
    Aurore

    Bonjour !

    Il y avait peu de clients, ce jour, au supermarché. À ma caisse, je pensais à Mme Anetchka qui a quitté sa tour pour rejoindre la Belle Bleue.

    Et ce soir, à la sortie du boulot, dans ma caisse tintinnabulante à quatre roues , je me suis souvenue de ces jolis mots bleus de l’éclaireur baralbin :

    « Le ciel bleu se creuse sous le rêve. Le rêve échappe à l’image plane. Bientôt, d’une manière paradoxale, le rêve aérien n’a plus que la dimension profonde. Les deux autres dimensions où s’amuse la rêverie pittoresque, la rêverie peinte, perdent de leur intérêt onirique. Le monde est alors vraiment de l’autre côté de la glace sans tain. Il a un au-delà imaginaire, un au-delà pur, sans en-deçà. D’abord il n’y a rien, puis il y a un rien profond, ensuite il y a une profondeur bleue. » (L’air et les songes », p.194)

    Des mots qui rendent les gens heureux.

    Aurore, un lundi sans soleil

  13. Avatar de Anetchka
    Anetchka

    Sur les rives de la Belle bleue – et loin du blues jazzique de Woody et de Diane la muse- je pique au hasard les interrogations plaisantes vers « la linguiste dame à tour et Anne ma sœur »…

    Votre train bleu, Alicien, évoquant le bleu ciel ou le bleu gris de la Côte d’Opale, n’est pas l’ancien Train Bleu de nuit de la Côte d’Azur au chic bleu nuit au liseré d’or ornant sa carrosserie, et n’est pas non plus l’ex-Palombe Bleue de nuit filant vers les Pyrénées, symbole de prestige avec cet oiseau élégant…Il reste que la couleur préférée des Européens semble s’assortir désormais à l’imaginaire collectif du voyage…
    La « profondeur bleue », que vous évoquez, c’est peut-être ce bleu voyageur passant de « bleu égyptien » au « bleu de Prusse » et au Bleu de Paris », ton noble s’il en est que tout le monde s’arrache et rebaptise!
    Mais dès que l’on chantonne les « mots bleus » , voilà le blues qui nous rattrape…

    Les questions énigmes de M, d’Alicien, et d’Aurore ou autres anagrammes à découvrir sont au dessus de mes forces sur mon rivage: comme de déchiffrer les hiéroglyphes de l’Ile de Pâques! « Un intellectuel assis qui a beaucoup de pouvoir peut s’entendre avec un Croquant marchant sur son île perdue »: la formule (anagramme?) est jolie…
    Sur les îles Féroé, je sèche, mais sur le continent eurasien, on peut en croiser, de ces enthousiastes – assis ou marcheurs – du pais (comme on dit dans mon village perché) . À l’Est des ,Tourgueniev, Tchekhov, Tolstoï et autres Narodniki, ou Istrati, à l’Ouest des Maupassant, Zola, Le Roy Ladurie et de Villiers, chacun dans son style …

    Pour ce qui est du « néologisme cher à Anacharsis Cloot, je n’ai trouvé que « tyrannicide »…Quant à Tirée-la-fictive, j’abandonne l’idée même du personnage composite (si dixit Onfray), forget it, pour reprendre l’expression familière américaine…

    Voilà que le bleu, les personnages légendaires et les formules labyrinthiques nous ont un peu éloigné des Illustres Américains du thème!

  14. Avatar de Jacques
    Jacques

    Bonsoir !

    La jolie meunière de Georges Guétary peut-elle nous faire oublier celle de Wilhelm Müller ?

    Je n’en suis pas sûr, Madame la passagère du TGV, qui savez tant de langues.

    Le livre du vendéen parle aux simples gens dans les chaumières de la dolce France ou ce qu’il en reste.

    Peu nous chaut le mot du titre…L’habit ne fait pas le moine.

    Si loin de vos îles d’or ensoleillées, aux rivages sans nuages et au ciel enchanté, un exilé parmi tant d’autres.

    Jacques

  15. Avatar de Jacques Matines
    Jacques Matines

    Oh que nenni, Anetchka, on ne quitte pas si facilement les rues de San Francisco avec ses volets bleus des utopistes des années sixties !

    Elle était toute désemparée dans la rue de la ville, la pauvre Jasmine, parlant dans le vide, à la fin de ce film qui a obtenu aux Césars 2014, le prix du meilleur film étranger.

    Woody Allen a tout dit dans « Blue Jasmine » mais quand tombe le rideau, il laisse le spectateur avec ses bleus au cœur, tout seul errant dans sa Césarée intérieure.

    Nous vient à l’esprit, ce passage de « Contre-chant » :

    « chacun est ce malheureux comparable aux miroirs, qui peuvent réfléchir mais ne peuvent pas voir, comme eux son œil est vide et comme eux habité de l’absence d’eux-mêmes qui fait leur cécité. »

    Sur l’écran, ce jour, deux messages, celui d’un professeur de physique théorique et l’autre d’un Secrétaire d’État, en exercice. Un troisième enfin, d’un universitaire qui m’envoie un article sur les Mathématiques et concrétudes phénoménologiques. Mais où est le bleu profond dans ces échanges si complexes ? Oui, où est la fête, la vie tout simplement ? L’intellectuel assis et le croquant qui marche, Mme Anetchka, faut-il les mettre dans le même sac ?

    Dans un bal de province, hier, ils dansaient dans la confusion des générations…en quelque coin du pays.

    Mon esprit était ailleurs avec la fée Dragée et le chef Casse-Noisette dans un décor de porcelaine bleu de Chine où s’échappe un mystérieux ballet.

    Souvenirs cassés, habits troués, donner du rêve, est-ce bien raisonnable, les amis ?

    A-t-on vraiment le droit de rêver ?

    Bonne nuit.

    Frère Jacques Matines

  16. Avatar de Anetchka
    Anetchka

    Ma très courte réponse (un simple ajustement) à Jacques avant-hier n’est passée …

  17. Avatar de Anetchka
    Anetchka

    Mon petit ajustement pour répondre à Jacques, (d’avant-hier), est curieusement passé à la trappe..,

    Il précisait que le point d’incidence de mon adverbe « tristement » à propos de la néologie du Vendéen portait sur les référents, les faits eux-mêmes et pas du tout sur les créations lexicales ! Vu que le linguiste, loin d’être normatif, se contente de relever les usages dans leur dynamique, sans jugement de valeur…
    Contrairement à certains instituteurs et profs prompts à indiquer en marge et en rouge sur mes copies d’écolière : « barbarisme fleuri »… c’était leur rôle de pédagogue, soit.

    Les gens du païs comme on dit en patois villageois local, le mot (ou ses variantes) est en effet source des dérivés paysan et paysage, et il en reste encore dans notre coin, qui cultivent un peu leurs courgettes serpentines sur les « terrasses » de montagne. Et le sens a fini comme chacun sait par s’élargir au peuple au fil des âges…

    J’ajoute juste – puisque d’autres commentaires se sont glissés entre-temps- non, à l’adresse de Monsieur Jacques Matines (l’autre est-il vespéral?), loin de moi l’idée de mettre dans le même sac l’ « intellectuel assis » et le « croquant qui marche » même si des ondes peuvent circuler entre les deux quelquefois …
    Derrière les volets bleus de mon village, derrière ceux de la San Francisco héritée des Sixties, les bleus au cœur ou à l’âme semblent différer autant que le Dark Blue des échecs diffère du Grand Bleu du grand écran … Mais parfois, on peut espérer que l’effet « neurones miroirs » s’active, et que quelque œuvre parvienne à faire le lien…Blue Jasmin serait-elle de ceux-là?

  18. Avatar de Aurore
    Aurore

    Merci Anetchka pour cet ajustement à l’endroit du moine trappiste, quelque part, sans doute, dans une salle capitulaire, en train de méditer après la prière du soir, sur les chausse-trapes de notre pauvre monde et les moyens de sortir du tunnel, si tant est que ce cher Jacques possédât la clé du mystère.

    Loin, si loin de tout ça, et tout près de ma caisse où j’ai mis un bouquet de jasmin bleu, je n’ai nulle envie de discourir à l’envi avec les clients sur un film ou sur un livre et, par-dessus le marché, ils s’en moquent éperdument !

    Pour moi aussi, c’est la nuit…

    Aurore

  19. Avatar de Jacques
    Jacques

    Bonsoir !

    Je ne sais si vous avez écouté l’astrophysicien Jean-Pierre Luminet, vendredi dernier sur « France culture ».

    Il nous a présenté sa quintette littéraire avec maestria et j’ai retenu la fin mélancolique de cette émission qui a été en partie censurée.

    Le nuage noir du roman d’un astronome peut-il nous éclairer dans la république des âmes mortes ?

    « Esprit des Lumières » es-tu là ? Oui, dans « Les Empires érudits » répond le miroir qui en connaît un rayon en matière d’anagrammes philosophiques.

    Sommes-nous ici dans « La superstition » « où l’esprit saint » se dévoile par ce même jeu de lettres ?

    (Nos anagrammeurs chevronnés, Messieurs Perry-Salkow, Enthoven et Onfray ont découvert ces coïncidences lexicales susmentionnées)

    Relire, relier sans doute ce langage inconnu pour faire lien, peut-être, dans ces rades lointaines où le bonheur n’est pas un quinquet de taverne mais un « quinquet à aimer » dans les lettres de « Marie quantique »

    « Marie quantique » Dame blanche inconnue à la page du livre d’un savant qui parle de l’empreinte de Dieu dans le monde quantique. Les empreintes, non l’emprise, écrivait le professeur émérite Daniel Bougnoux dans la revue « Médium » n° 18, il y a seize ans déjà. Son article se termine par un dernier mot, celui d’une question.

    Impossible réponse, impossible rêve.

    Qui saura ? Oui, qui saura nous réveiller tout naturellement dans « le temps qui passe » et n’est « que palimpsestes »?

    Jacques

  20. Avatar de Dominique
    Dominique

    Bonjour !

    En ce jour de commémoration et de souvenirs, il me plaît de retourner au bord de l’étang mystérieux et d’en appeler au réveil de notre ami Daniel, le pensif randonneur.
    Et là, avec la gent coassante, revoir, relire peut-être la grenouille de la place Vendôme au point de vue de la symbolique…
    Selon vous, l’éclaireur, qu’aurait pensé, en fin de parcours, Louis Aragon, de cette « création » sur une place populaire ?

    À vous lire !

    Dominique

    1. Avatar de Daniel Bougnoux
      Daniel Bougnoux

      Merci Dominique ! Le Randonneur est en Thaïlande depuis mercredi, et pour six semaines, j’aurai donc quelques interruption dans le service de ce blog – que j’espère néanmoins entretenir…

    2. Avatar de Daniel Bougnoux
      Daniel Bougnoux

      Mais je ne comprends pas votre question, quelle grenouille ?

  21. Avatar de Michel
    Michel

    Bonsoir !

    Voici ce qu’en dit Internet :

    « Depuis lundi 20 octobre, les Parisiens, en traversant la Place Vendôme, dans le 1er arrondissement, tombent nez à nez avec une grenouille gonflable géante à l’air dépité. 
    La Place Vendôme est une habituée de ce genre d’expositions qui provoquent souvent des polémiques sur les réseaux sociaux. Et comme les autres, Kermit ne fait pas exception à la règle.
    Signification
    Derrière l’histoire de cette œuvre, se cache un événement assez banal de 1991. Cette année-là, Alex Da Corte se trouve à la parade de Thanksgiving à New York. Chaque année, un ballon géant représentant la grenouille verte du Muppet show défile. Mais cette fois-ci, un incident va inspirer l’artiste : le ballon s’accroche à une branche et se dégonfle, sa tête partiellement déchirée. Alex Da Corte, interviewé par Le Parisien y voit un symbole, comme si Kermit était « entre deux vies, deux états ».
    La Place Vendôme est une habituée de ce genre d’expositions qui provoquent souvent des polémiques sur les réseaux sociaux. Et comme les autres, Kermit ne fait pas exception à la règle. »

    (Fin de citation)

    En Thaïlande, la grenouille a aussi sa place, je crois.

    Je pense à Michel Serres, écrivant :
    « L’âme symbolique est une étendue où des singularités se déplacent, voyagent. Et le symbole est une carte.»
    On attend les mots de notre randonneur en exil.

    Michel

  22. Avatar de Anetchka
    Anetchka

    Quelle chance, cher Daniel, de s’envoler vers la Thaïlande, et oublier la grenouillère française..,

    Comme en écho, une giga-grenouille vert fluo de 20 m de haut
    (Foire Art Basel) répondant au doux nom de Kermit coasse semi dégonflée en étrange posture sur la sublime Place Vendôme…

    A vrai dire, mieux vaut la grise-verte grenouille à crocs de Blyth » longue de 260 mm, que tu rencontreras en Thaïlande. Au moins a-t-elle du caractère et ne veut pas se faire aussi grosse que le bœuf.

    Et vive la « grenouille rieuse » de mes Alpes Maritimes, ou encore
    l’autre espèce dite « Discoglosse Sarde », et ses jolies vocalisations…

  23. Avatar de Aurore
    Aurore

    Bonjour !

    Il y a toute une symbolique de la grenouille que l’on peut voir sur Internet :

    « La sagesse et la guidance de la grenouille à travers les âges  »

    Dans « L’eau et la rêves », Gaston Bachelard en appelle à une phonétique.

    Voyez plutôt :

    « La grenouille, phonétiquement — dans la phonétique véritable qui est la phonétique imaginée — est déjà un animal de l’eau. C’est par surcroît qu’elle est verte. Et le bon peuple ne s’y trompe pas qui appelle l’eau du sirop de grenouille : gribouille qui la boira !  »

    Dans les fables, notre bon Monsieur de La Fontaine la fait envieuse devant le pauvre bœuf, perfide face au gros rat et

    la gent coassante insatisfaite demandant un roi.

    Mais que dire de cette verte grenouille si bien décrite par Anetchka, de la place Vendôme, exhibant son analité ?

    On se trouve quasiment obligé d’en appeler à la raison que l’on sait ouverte de notre randonneur pensif, au courant des propos relatés par Dame Grenouillet sur la réplique d’Elsa Triolet commentant, le 27 novembre 1968, le combat des rats et des grenouilles, suite au départ de Louis Aragon de L’Académie Goncourt.

    La position du batracien sur la moderne place parisienne devrait, à mon sens, faire réagir sans masque, plus d’un épigone et notre Daniel au premier chef, palsambleu !

    Le petit peuple dont je fais partie et qui, oncques, ne passe sur les antennes des radios nationalisées, veut s’instruire, comprendre.

    Il en appelle aux élites qui savent tant de choses. C’est aussi à eux de tendre la perche pour éviter la noyade des pauvres gens encore enracinés dans les potagers de la dolce France et aux jardins du ciel.

    Le physicien qui voit dans les anagrammes un sens caché du monde, m’a écrit ces mots, l’autre jour, et que j’ai relus à ma caisse, entre les passages des clients, peu nombreux à la fin du mois :

     » Voyagez, voyagez de toutes les façons possibles, étant entendu qu’on peut voyager en restant sur place ».
    Dont acte.

    Je vais reprendre ma caisse dans quelques heures et je laisse le manche à notre voyageur du bout du monde, pour qu’il nous dise quelque chose de son périple asiatique : un signe, un espoir, une image, une voix.
    Pêcheur à la ligne, il saura, j’en suis sûre, attraper la grenouille vendômoise, pour nous dévoiler tous ses secrets.
    Puissent nos « sirènes alpines » s’en réjouir puisque dans leurs lettres transposées, on trouve « les parisiennes » avec leurs petits nez et leurs chapeaux !
    Ah, mes bons seigneurs, on n’est pas chanté quand on a un nez camard et un galurin usé sur la tête !
    Bonne fin de dimanche des vacances de la Toussaint.
    Amitié

    Aurore la caissière

  24. Avatar de Dominique
    Dominique

    Bonjour !

    Au risque de m’attirer les foudres du randonneur et de Madame la linguiste, sachant combien la caissière est la « chouchoute » du blogue, je vais quand même essayer une critique qui me paraît justifiée.

    Deux fois plutôt qu’une (deux commentaires successifs de la boniche du supermarché qui a dû méditer sur le « Il y a  » lévinasien entre un poulet d’Ukraine et des fraises espagnoles défilant sur le tapis de sa caisse)

    L’intellectuel assis qui écrit ces lignes n’en veut pas spécialement à Melle ou Mme Aurore au nez camus et galurin sur la tête, palsambleu !

    Le physicien apparemment connu qui lui demande de voyager en restant à sa place, devrait clarifier son propos et sa destinataire itou.

    De quelle place s’agit-il ? Si c’est celle de Vendôme, je dis bravo l’artiste qui dépêche illico dame Grenouillet ; cette personne en connaît un sacré rayon sur le parcours aragonien, et ce n’est pas notre cher maître qui va dire le contraire.

    Quid de cette fameuse grenouille qui détonne sur la place parisienne ?

    Très érudite, la caissière qui, à la suite d’Anetchka, va chercher les grenouilles dans les fables de Jean de La Fontaine.

    Icelui parle du peuple « croassant » selon Internet (Les deux taureaux et une grenouille). Une erreur attribuée à l’auteur mais qui ne se trouve pas dans le texte intégral des Fables, éditions Carrefour, 1995

    Je sais que cette fable est la préférée du Maire d’Issy-les-Moulineaux qui l’a choisie pour figurer dans une anthologie parlementaire de poésie. Et Monsieur le député-maire de reproduire la faute !

    Quel rapport avec la grenouille géante de la place Vendôme ? Aucun peut-être…

    Mais sait-on jamais ! En regardant bien à tête reposée la chose, il n’est pas impossible qu’un sens s’y dessine…

    Non, une « simple loupe » dont l’anagramme révèle « le populisme » mais un discernement plus fin, plus intelligent sans doute, en mesure de nous en dire quelque chose…

    Aux intellectuels voyageurs, aux assis dans le système de relever le défi et de nous apporter une réponse détonante.

    Bien à vous tous

    Dominique

  25. Avatar de Anetchka
    Anetchka

    En poursuivant les évocations tour à tour drôlatiques, énigmatiques ou poétiques, de Dominique et d’Aurore, autour du batracien et de ses symboliques, j’ai songé soudain au vieux conte russe Tsarevna-Lyagoushka « La Princesse grenouille » (illustré par Bilibine). Transformation et révélation d’une nature cachée (comme dans les anagrammes), ici sous des apparences humbles (voire répulsives pour d’aucuns ) où se tapit un trésor secret, une magique apparition. Un peu comme le Peau d’Âne de chez nous. Mais dans le conte russe, s’ajoute une condition, celle d’adopter patiemment un parcours initiatique, empli d’épreuves et de pièges, pour briser le sortilège…Dans le vieux monde païen slave, la lyagoushka était bien associée aux divinités aquatiques. Même si son nom, lui, renvoie à « sauterelle », « petite bondissante » étymologiquement. Avant que le christianisme ne récupère le symbole pour la résurrection ou la purification…
    Il semble que Kermit-la-géante-flasque ait, à l’Ouest, troqué son mystère de l’Est pour un étalage-provocation sur un indispensable écrin architectural. Le procédé n’étant pas neuf
    (Versailles, Pont Neuf, etc) le message destiné à choquer le bourgeois s’est un peu dégonflé.…

  26. Avatar de Kalmia
    Kalmia

    Bonsoir !

    Vassilissa, notre princesse du blogue mène la danse avec maestria.

    Son ballet eût pu figurer dans « Zéro Gravité », le drôle de livre de Woody, où la grenouille a voix au chapitre.

    Le galurin de la pauvre Aurore devenu chapeau de Mireille pour finalement se transformer en « hirondelle de l’écriture »

    et se poser finement sur le mot « drolatique ». Qui l’eût cru ?

    La « grenouille » en « guenille or » par ses lettres transposées, dans l’eau des rêves va peut-être trouver, enfin, son petit oiseau.

    Qui saura, oui, qui saura ?

    Bonne nuit

    Kalmia

  27. Avatar de Aurore
    Aurore

    Bonsoir !

    Chers amis, je trouve intrigant « le petit oiseau » de Kalmia, à la fin de son commentaire.

    Au secours, Monsieur Jean-François, on aurait tellement besoin de vos lumières !

    Ou de votre main tendue pour nous sortir du tunnel.

    Puisque le billet dé-tonne, allons-y de même pour le commentaire, palsambleu !

    Un ami médecin et philosophe s’est plu à interroger le physicien sur la notion existentielle d’un temps vécu par rapport aux conceptions du temps physique.

    Le physicien (que Michel Bitbol m’exhorte à relire) lui a répondu longuement, en allant chercher « la théorie du minime oiseau spirituel » qui en attrape un sacré coup dans l’aile, puisque les composantes ultimes de tout l’échafaudage, dit le physicien, sur lequel elle perche l’oiseau-esprit, s’avèrent maintenant n’être qu’apparences pour…l’oiseau lui-même.

    Sous l’arbre de chair du poète, je pense au message de cet édile nommé récemment Secrétaire d’État; une réponse légère comme une plume, adressée à votre servante.

    En ce blogue, un intellectuel assis et sans doute plein de diplômes s’est plu à se moquer de mon bonnet de travers sur la tête, et c’est tout juste qu’il ne m’ait traitée de tête de linotte.

    Sans digression aucune, je pense aux philippiques, sur une station de radio, du chanteur Alain Souchon, qui prend pour des « …. » les millions de français qui, en toute liberté et responsabilité, votent pour un parti reconnu qu’il ne peut ni voir ni sentir. Je n’écris pas car je n’emploie onc un tel mot injurieux, qui fut aussi prononcé, un jour, par un haut responsable, au salon de l’agriculture, fors quand il est question d’un titre que notre randonneur a traité, un jour, pour défendre dans une revue, le doux-amer du secret et du discret. À des parsecs de l’offense abominable faite par ce citoyen des beaux quartiers parisiens qui signe une pétition contre l’implantation d’un supermarché, parce que ça gêne la gent artistique chic qui roule sur l’or, autant proposer une leçon de vie.

    Vous avez vu comment il nous parle, ce chanteur à millions, à nous les gens du petit peuple qui ont des problèmes de fin de mois et qui ne savent pas comment sortir du tunnel ?

    Il trouve sans doute normal, le fait que des gens déracinés viennent au pays de la dolce France pour n’y rien faire, hormis le fait de se voir héberger, parfois à l’hôtel, soigner gratuitement et bénéficier d’un revenu égal ou supérieur au montant des pensions de retraite des paysans qui ont travaillé toute leur vie durant, et doivent payer une complémentaire santé, dans l’attente de l’antichambre de la mort où l’on va tout leur prendre, autrement dit le peu qui leur reste quand il en reste. Quelle honte ! Quel sacrilège !

    Fille de paysans, à ma caisse, je ne suis pas mieux lotie et je vois ce qui se passe, Monsieur le chanteur !

    Si « Albert Camus »- « c’est la rumba » par anagramme, il y a dans l’air, par ce même jeu de lettres, une question qui se pose : « Qui attise le mal » ? Réponse : »L’état islamique ».

    Monsieur Souchon est-il courageux ? Si tel est le cas, il descendrait de son petit nuage des gens bien endentés, parfois entretenus par les contribuables, souvent jaloux des mecs du haut plus fortunés qu’eux, pour venir nous voir, nous le petit peuple silencieux qui résiste et prend un autre chemin que celui des troupeaux de moutons et des bandes de veaux.

    Dans une école abandonnée du maquis vendéen, on le recevrait, comme il se doit, avec plaisir, en lui offrant une fleur, fleur éclose d’une éloge de la fuite. Loin de nous l’idée simpliste et méchante de lui filer une torgnole sous le préau ou lui faire boire la tasse dans la fosse à purin de la ferme attenante.

    Ce serait des questions, des échanges en toute sérénité sur la différence entre un « je riche » et un « je pauvre » dans la foule sentimentale.

    Et puis, autour d’une bonne soupe chaude, essayer de toucher du doigt, ensemble, cet au-delà de la politique et de la science dans le spleen agreste d’une vie sublimée. Inventer la France ou partir en Suisse.

    On verrait alors, qui est ce Monsieur.

    Aurore

    1. Avatar de Isabelle Brunier
      Isabelle Brunier

      Merci, Madame la caissière, de parler depuis un lieu, situé.
      L’ancrage nous permet d’habiter le monde, un monde qu’en passant nous partageons avec d’autres…
      Simone Weil nous met en garde devant l’inertie de l’âme ou/et la violence des déracinés de la maison humaine ( relire L’Enracinement ).

      I.B.

  28. Avatar de Anetchka
    Anetchka

    Merci Kalmia d’avoir pointé une « hirondelle de l’écriture » à mon « drolatique », oublieuse que j’étais des Contes de Balzac. L’alignement analogique a la vie dure…

    À propos de drolatique (l’univers même de Woody et de sa muse) et à propos d’oiseaux , (Kalmia et Aurore sont passés du batracien au volatile par un drôle de biais), la modeste linguiste s’est interrogée sur le splendide foisonnement de noms d’oiseaux péjorés en notre noble langue française.

    Si les fameux contes drolatiques de Balzac présentent moultes bizarreries et singularités, Zéro Gravité de Woody foisonne carrément de loufoquerie avec chimères à la clé : vache meurtrière ici, cheval-peintre là, en passant par le poulet sino-américain d’un général.

    « Drôle d’oiseaux », « drôle de zozo », « il a déniché l’oiseau rare », « voilà l’oiseau qui nous a fait attendre »…Pas si étonnant que ce monde volatile si incroyablement diversifié, si difficile à comprendre pour nous autres pauvres mammifères collés à la glèbe, si imprévisible dans son langage et comportement, soit une figuration privilégiée de l’altérité bizarre, marginale et excentrique en diable. Quel irrésistible réservoir d’images depuis l’aube des temps pour voler dans les plumes … des humains!

    Une bonne trentaine de spécimens sont impliqués dans de joyeuses expressions péjorées, étalées sur toute la palette du piquant et de la griffe : de l’ironie, du sarcasme, du caustique, du grotesque, de l’absurde, et de l’incongru.

    J’ignore tout de la théorie du « minime oiseau spirituel » émanant du philosophe -physicien Michel Bitbol, chère Aurore, mais mes oreilles ont bien été écorchées, elles aussi, par le nom d’oiseau proféré par un certain chanteur national à l’adresse d’un bon bouquet de citoyens.

    Loin de « l’ancrage » évoqué par Isabelle Brunier, serait -il donc un oiseau de passage »? : « erre-t-il comme un goéland sans jamais se poser » ? « Vit-il comme un albatros sans attache terrestre » (hormis la Suisse terrain d’atterrissage potentiel)?
    Ou bien tout simplement « se pavane-t-il » momentanément auprès de son éco-nid parisien; à moins qu’il ne «  marche comme un cygne », le cou levé et le regard hautain vers le bas ? Allez savoir…

    En tout cas, notre oiseau n’est ni « un étourneau », ni « un perdreau de l’année », ni même un « manchot » maladroit…

    Plus exact serait les termes chorégraphiques  d’« ailes de pigeon » pour l’exécution d’un petit saut qui claque des pieds au dessus de la mêlée …

  29. Avatar de Alicien
    Alicien

    Quel formidable commentaire !

    On devrait, en effet, lire, faire lire « L’enracinement » dans toutes les écoles de France et de Navarre sans oublier les bancs de l’hémicycle bourbonien.

    Il me plaît de citer la fin du livre :

    « Il est facile de définir la place que doit occuper le travail physique dans une vie sociale bien ordonnée. Il doit en être le centre spirituel »

    Et cette phrase qui en dit long est toujours d’une grande actualité :

    « Les examens exercent sur la jeunesse des écoles le même pouvoir d’obsession que les sous sur les ouvriers qui travaillent aux pièces. Un système social est profondément malade quand un paysan travaille la terre avec la pensée que, s’il est paysan, c’est parce qu’il n’était pas assez intelligent pour devenir instituteur »

    Il y a trente ans, Mme Huguette Bouchardeau qui fut ministre et député de la nation française au début des années quatre-vingts, m’envoyait son livre intitulé « Simone Weil », accompagné d’une lettre manuscrite, écrite avec une rare élégance et des mots qui se couchent pour être réveillés.

    Aurore se situe quelque part, certes. Et le lieu fait lien. Elle nous parle de son maquis vendéen et sans nulle conteste, la Vendée est un département proche des Deux-Sèvres. Un ami qui habite ce département me dit que le chanteur franco-suisse, Alain Souchon qui a des résidences un peu partout sur l’hexagone et sans doute ailleurs, va se produire avec ses deux fils sur une grande scène de Niort, le 4 décembre prochain, à 20 h. On peut aller le voir si l’on a 70 euros à donner à l’entrée. Je ne suis pas certain que notre caissière ait les moyens de se permettre un tel luxe, réservé aux « bobos » comme on dit maintenant et à leurs mamans, palsambleu !

    Et pourquoi, ce chanteur à millions qui nous prend pour des « …. », nous, gens du petit peuple, ne descendrait-il pas de son piédestal artistique pour venir jusqu’à nous, après avoir pris son cachet en rentrant de gala ?

    Et pourquoi pas en cette école abandonnée où Aurore et ses amis vont voir et écouter l’auteur de « Populucide », chaque vendredi soir sur écran géant, diffusant l’émission d’une chaîne de télévision de résistance où M.Philippe de Villiers officie ?

    Comment ne pas penser à « La Rose pourpre du Caire » où l’on rencontre pour de bon les personnages de fiction ?

    Lire et relire « Génération Woody », pages 52 et 53 où l’on se rend compte (conte) des mystères et misère du petit monde des spectateurs-acteurs qui se font du cinéma.

    Pour faire quoi, au juste, se raconter quelles histoires ?

    Parler de tout et de rien? De tout sans doute, ce « tout » que nous cherchons, au sens de Hölderlin cité dans « Blanche ou l’oubli » ( Voir » Aragon, la confusion des genres », pages 110 et 111)

    Ou de rien. À chacun son bougalou ! Le son du silence a aussi sa musique, tel celui de Lim, cette jeune pianiste sud-coréenne qui prend ses crayons de couleurs, ses cartes postales pour, de son appartement genevois, répondre aux questions que se pose au fin fond des campagnes françaises, la gent paysanne silencieuse, sur la vision spiritualiste d’un projet écrit pour Marianne et Gavroche, au sommet de l’État français, au mitan des années septante.

    Or, on voit mal, un comédien acrobate, étendu sur un piano en compagnie de sa progéniture, s’attabler en France profonde pour oser échanger, contredire, s’inter-dire sur les hauts et les bas de la foule sentimentale et les lois et les interactions de la conscience collective, en filigrane dans une critique de la raison politique de l’illustre Monsieur Debray.

    Aurore n’est pas une groupie qui va, des heures durant, guetter le sieur Souchon pour lui demander un autographe ou un selfie, à la sortie de son hôtel. Ce n’est pas son genre et son affaire à elle, la caissière. Faire le pont entre base et somment. Pont, dernier mot de « La crise de la représentation » d’un professeur émérite qui écrit et voyage beaucoup.

    Trait d’union impensable, brin d’herbe dans le ruisseau, fabuleux promontoire pour faire s’envoler l’oiseau.

    Rêve ou réalité ?

    Monsieur Souchon, si par je ne sais quel miracle, vous lisez ce commentaire, vous le riche citoyen des beaux quartiers et des résidences de luxe, peut-être aimerez-vous répondre à Aurore, la caissière à la casquette de travers et au suivez-moi-jeune-homme bleu marine qui, sans en faire un commerce, cherche tout simplement à sublimer la vie pour la rendre un peu plus belle.

    Non point des discussions pointues de futés délégués d’un collène iconique où le spectre se fait attendre, ni apocalypse quantique de joyeux et fins professeurs des grandes écoles, qui donnent conférences entre deux bottes de foin ou au Grand Rex.

    Autre chose…Autrement.

    À bon entendeur !

    Alicien

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À propos de ce blog

  • Ce blog pour y consigner mes impressions de lecteur, de spectateur et de « citoyen concerné ». Souvent ému par des œuvres ou des auteurs qui passent inaperçus, ou que j’aurai plaisir à défendre ; assez souvent aussi indigné par le bruit médiatique entretenu autour d’œuvres médiocres, ou de baudruches que je…

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À propos de l’auteur

  • Daniel Bougnoux, professeur émérite à l’Université Stendhal de Grenoble, est ancien élève de l’ENS et agrégé de philosophie. Il a enseigné la littérature, puis les sciences de la communication, disciplines dans lesquelles il a publié une douzaine d’ouvrages.

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