Le voyou et la milliardaire

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Rentrant, comme je l’ai déjà dit ici, d’un voyage (agréable) de six semaines en Thaïlande, nous avons raté pas mal de sorties au cinéma ; je m’efforce de rattraper ce retard, et la chance m’a servi en m’offrant coup sur coup deux beaux films, La Condition, et surtout La Femme la plus riche du monde.

Pourquoi ce film de deux heures mené tambour battant est-il à ce point jubilatoire ? Nous en connaissions tous depuis longtemps le pitch, à savoir l’affaire Bettencourt ou comment une très riche chef d’entreprise, Liliane Bettencourt à la tête de L’Oréal, s’est vue dérober une somme allant jusqu’au milliard d’euros si l’on en croit le film, par le photographe-poète (et d’abord aigrefin) François-Marie Banier. Comment une telle escroquerie a-t-elle été possible ? L’histoire méritait bien de nous être autrement contée, sondée dans ses ressorts psychologiques, dans ses méandres mondains. Au fil de dialogues très drôles, mordants et rebondissants, Thierry Klifa nous fait entrer dans cette machination portée par deux acteurs d’exception, une Isabelle Huppert au sommet de sa carrière, et qui endosse ici un rôle pour elle de rêve, et face à elle un Laurent Lafitte extraordinaire de complexité, vorace, cynique, provocateur à la vulgarité calculée, dont la foudroyante et dévastatrice ascension dans le cœur (pourtant endurci et méfiant) de la P-DG  ne laisse pas de nous proposer une énigme, ou de nous confronter à un abîme : comme le formule son mari Guy (Alain Marcon) en tentant de répondre aux interrogations d’une famille interloquée, « Peut-être lui apporte-t-il quelque chose que nous n’avons pas su lui donner »…

Il y avait autrement dit, au faîte de sa puissance financière et sociale, une insatisfaction douloureuse éprouvée par Liliane (ici rebaptisée Marianne Farrère) ou, pour relier ce propos au précédent billet consacré à Régis Debray, un tenace sentiment d’incomplétude. Oui, même chez les super-riches !

Le film s’ouvre prudemment par un carton furtif (je n’ai pu en lire que la première ligne), « Ceci est une œuvre de fiction, toute ressemblance bla bla bla »… Je ne sais comment le réalisateur se sera débrouillé avec les protagonistes (ou leurs avocats) de cette histoire si précisément, si brillamment contée, merci à lui en tous cas d’avoir si justement respecté, et servi, ce cas d’école

Sans l’avoir jamais croisé, je connaissais pour ma part un peu de la dangereuse personnalité de François-Marie Banier (ici rebaptisé Pierre-Alain Fantin) qui, dans les années soixante-dix, avait tenté de faire main basse sur le vieil Aragon (cité deux fois dans le film) : leur rencontre a laissé un article de deux pages enthousiastes dans Les Lettres françaises, qui témoignent de la facilité avec laquelle opérait notre homme auprès de personnalités fortunées, mais influençables…

L’énigme traitée par ce film est donc celle de l’influence, certains diront de l’emprise, dont nous connaissons si mal les voies, les détours ou les ruses. 

Repartons de la question du mari : que manquait-il donc à cette matriarche au faîte de la puissance ? Alors qu’elle se plaint de migraines et d’insomnies au début de l’histoire, celles-ci semblent disparaître dès ses premières rencontres avec le photographe. En lui proposant de re-looker son image pour le reportage d’un magazine people, ce maître en mensonges et en faux-semblants ne se contente pas de lui modifier sa garde-robe, puis le décor même de son salon, il s’attaque (pour toucher à l’intime cette experte en cosmétiques) à sa personnalité, elle s’ennuyait ? Il vient la divertir, elle étouffe dans les convenances d’une vie hyper-mondaine ? Il lui propose de s’encanailler en l’entraînant dans une boîte de nuit, ou en paraissant à son bras dans les grands restaurants… 

Ces provocations calculées enchantent notre super-riche, qui prend plaisir à scandaliser son entourage, ou la bonne société ; pendue au cou de ce sulfureux gigolo (qui, homosexuel, ne va pas jusqu’à coucher avec elle, mais lui impose la présence encombrante de son amant), elle naît à une autre vie, ou accepte de régresser en cautionnant de ses chèques les caprices enfantins du trublion. Dans cette bourgeoisie corsetée, aux salons feutrés, Pierre-Alain injecte du carnaval – une proposition qui, pour Marianne, ne se refuse pas ; il a tout de suite perçu dans sa proie la faille à exploiter, cette femme qui en apparence « a tout » manque désespérément d’oxygène, ou de liberté, elle s’étiole et secrètement en souffre, sa vie suit un couloir qui va s’étrécissant ; l’intrus ouvre grandes les fenêtres (et le carnet de chèques), il bouscule les usages, foule aux pieds les bonnes manières avec une jubilation communicative : ce sale gosse est tellement plus amusant que Guy son mari, que sa fille Frédérique et leurs conseils d’administration !

Le génie de Pierre-Alain au fil de cette histoire consiste à surjouer le jeu : à entraîner Marianne dans une farce, ou un second degré, où la blague et le sérieux ne se démêlent pas. Où la débauche frôlée, voire affichée, peut toujours se retourner en plaisanterie, en échappée pour voir ou en imprudence d’un moment. Les bouffonneries de Pierre-Alain la font rire et le rire ne se réfute pas ; une autre vie brille ailleurs, qu’il serait dommage de n’avoir pas explorée.

Ce film en forme de comédie très divertissante propose ainsi une réflexion profonde, voire dérangeante, sur les accomplissements d’une vie, et sur les ouvertures de la tentation. Qu’est-ce qu’une existence réussie et saurons-nous jamais, au bout du compte, ce qu’en marge de celle-ci nous-mêmes aurons manqué ? Isabelle Huppert excelle à épouser les différents visages de Marianne, d’abord grande bourgeoise guindée, puis femme chavirée de découvrir, bousculée par son partenaire, un autre monde, vulgaire, criminel (il la plume ouvertement, cyniquement) mais où l’on s’amuse aux dépens des convenances, toute sagesse répudiée. Vieille dame indigne, Marianne est plus sympathique que sa première incarnation ; et nous ne donnerons jamais complètement tort à l’escroc au bagout indécent (mais tellement réjouissant) qui, d’aussi ouverte façon, l’entraîne à sa perte.                    

14 réponses à “Le voyou et la milliardaire”

  1. Avatar de Jacquou
    Jacquou

    Eh bien oui, mon bon maître, y’a d’l’incomplétude dans l’air, ventrebleu !

    On attendait un compte rendu exhaustif sur le séminaire Régis Debray et c’est une énième moquerie des riches qui eux aussi, cherchent une vie meilleure.
    Aussi, il ne messied pas, car personne dans le bourg ne le fera, de donner un petit aperçu de la conférence de Monsieur Debray qui eût plu, à n’en point douter, au vendéen si aimé du petit peuple, Monsieur Philippe de Villiers.

    Eugénie Bastié qui a assisté à la conférence de R.Debray l’a décrit comme étant en très grande forme, elle a repris l’une de ses phrases : « Les billets d’euro montrent que l’Europe ne sera pas car elle n’a pas de transcendance. Il n’y a aucune inscription signalant qu’il y a une chose au-dessus de nous. L’Europe ne sera qu’économique, jamais politique. »

    Qui dit mieux, Mesdames et Messieurs les intellectuels aisés qui ne mettez oncques genoux à terre devant la Maréchaussée ?
    À quand un film sur ces « gens de là », chez lesquels on trouve des volontés qui disent non aux caméras de « France 2 » et aux micros de « France Inter » ?
    À quand un film sur ces médiateurs que le contribuable entretient, qui mènent grande vie quand leur boîte coule ?
    Aux intellectuels debout de renverser la vapeur, chez ces « gens-là » !
    N’est-ce pas Daniel ?

    Jacquou

    1. Avatar de Daniel Bougnoux
      Daniel Bougnoux

      Je ne crois pas, Jacquou, avoir contribué à « une énième moquerie sur les riches », j’ai voulu signaler un film qui, sous ses allures de comédie très divertissante, risque de passer un peu vite sous les radars. Il arrive que le cinéma pense, profondément, et nous laisse à notre tour songeurs, ou « pensifs »… J’y reviendrai.

  2. Avatar de m
    m

    Bonjour !

    Soyez patient, Monsieur le croquant, en début d’année prochaine, vous aurez la possibilité

    de voir sur la chaîne You Tube un compte rendu « exhaustif », comme vous dites, du Séminaire Régis Debray.

    Le billet de Monsieur Bougnoux est passionnant et recèle quelque chose de caractère heuristique.

    Puissions-nous nous rassembler au delà de tout ce qui nous sépare ou nous différencie pour trouver ce » royaume », (le mot est dans le dernier chapitre du « Hasard et la nécessité ») où tout le reste nous sera donné par surcroît.

    Pour ce faire, il nous faut un chef. Oui, mais qu’est-ce qu’un chef, mes bons amis ?

    Treize intellectuels diplômés, écrivains et consorts, ont répondu à la question dans le n° 12 de la revue « Médium » en ce troisième trimestre deux mille sept où je recevais chez moi et dans la salle des fêtes de mon village, un autre intellectuel qui posait la question : « Notre existence a-t-elle un sens ? »

    Et ce même jour, je recevais une lettre d’un professeur aux champs savoyard en vacances à Toulon, un mousquetaire nommé Robert Dumas.

    Aujourd’hui, c’est qui le chef ? Je vous en donne mon billet, c’est l’ami Daniel.

    Joyeuses fêtes de la Noël et de la Saint-Sylvestre.

    m

  3. Avatar de Anetchka
    Anetchka

    Sans avoir vu ce film, cher Daniel, l’histoire rappelle un peu, en version moderne, les relations ambiguës, mi- fascinées mi-intéressées, entre la Marquise de Montespan et le Marquis de Lauzun. La favorite officielle de Louis XIV, riche, influente et vieillissante comme Dame Bettencourt s’ennuyait ferme dans son milieu guindé; et le jeune noble insolent et impertinent, passablement charmeur et pas trop sot tomba à point nommé pour divertir la Marquise de sa routine de cour. Au passage, il tira profit de sa protection, apparemment, en gravissant l’échelle sociale…Un binôme qu’on doit bien retrouver à chaque siècle, non?

    On pense aussi à la Comtesse de Ségur et ses jeunes admirateurs…

    Et pour passer au monde des gueux (mot ressuscité récemment), en réagissant à la réplique de Jacques, mes associations me mènent cette fois vers Gogol. Qui mieux que lui pour exprimer l’essence d’une bureaucratie comme machine à broyer le sens ? L’Europe dont on a rêvé prend un drôle de profil d’Empire Tsariste, ces dernières années…
    En rebondissant sur les faits en cours, comme dans un air de déjà vu, revient le fantôme du Revizor, recenseur muni de sa liste, débarquant dans un village et sous couvert de recension fait subir aux moujiks des questionnaires aussi absurdes qu’incompréhensibles. Pimen ne comprend pas l’utilité des questions et le Revizor ne s’intéresse pas à la réalité, tout ce qui importe est de nourrir la machine bureaucratique pour l’illusion d’un contrôle. Un véritable dialogue de sourds…
    -Revizor : Nom, patronyme, âge, enfants? Bétail?
    – Pimen : Ah ça oui, une vache, deux chèvres et trois poules, mais la vache, elle est malade, et une poule, le renard l’a mangée la semaine dernière…
    – R. Nombre de têtes de bétail. Pas d’histoire!
    – P. Trois… enfin deux et demie.
    – R. Vous devez signer pour attestation. (…)
    – P. Et si je fais une croix, ça va me porter malheur?
    – R. C’est pour le gouvernement. Allez, une croix!! »

    Mieux vaut en cette fin d’année s’en retourner sur les sentiers de montagne sous le grand vent qui se lève…

  4. Avatar de Alicia
    Alicia

    Bonjour !

    Chers amis du blogue, j’ai le sentiment que Mme Anetchka nous transporte…d’allégresse.

    Autant en emporte « le vent d’orages lointains » sur le sommet de sa montagne alpine et c’est l’anagramme

    de ces « ondes gravitationnelles » dédiée quelque part à Albert Einstein, qui vient de ce pas au delà se prendre dans la

    harpe éolienne de notre Dame.

    Allez savoir pourquoi, cette si belle et vivante image me fait penser à une petite balade ludique, naguère, sur un chemin de campagne d’un bocage de la dolce France. Fin connaisseur de François-René de Chateaubriand, Régis Debray était des nôtres.

    Mais c’est Anne-Marie, aide soignante , qui au bout du sentier, a trouvé l’erreur dans la citation de Lewis Carroll (Alice au pays des merveilles) mise en exergue dans l’épilogue d’un livre de Messieurs Kasner et Newman sur « Les mathématiques et l’imagination ».

    En ce même livre, il y a un chapitre orthographié dans la politesse de la langue, intitulé : »Au delà du googol »

    Aucun rapport avec le poète et critique russe mentionné et cité à bon escient par Mme Anetchka.

    Icelle, sur le chemin des sarrasins trouve sa grotte pour se protéger du vent mauvais.

    On peut quand même se demander en son for intérieur, si la fine intellectuelle saussurienne imagine sur l’allée sarrasine, au pied des lettres, une métamorphose soufflée par un doux zéphyr.

    Revenons à nous, sur le plancher des vaches.

    Du haut de sa tour, sœur Anne ne voit que Revizor. Enlevez le Z et ce n’est qu’un revoir !

    Alors peut-être, en regardant de nouveau l’horizon dans le soleil et l’herbe de cet hiver, apercevra t-elle se profiler dans la poussière, une fantastique chevauchée… libératrice.

    Il serait temps…

    Bonne et heureuse vigile de Noël.

    Alicia

  5. Avatar de Jfr
    Jfr

    Magnifique Le Revizor, Madame Anetchka. Ou comment la machine publique extorque les pauvres gens. On comprend, grâce à vous, et grâce à ce film, ce qui fascine dans cette affaire. La femme la plus riche du monde, autant la piller, l’extorquer, elle a de quoi payer de toute façon avec ses ors et ses rubis. La femme la plus riche du monde me fait penser à cette France que l’on dépouille de ses plus beaux atours, de ses usines, de son industrie partie en Chine et de ses joyaux de la couronne envolés par la fenêtre du Louvre. Pour votre serviteur, cette affaire ne le fait pas du tout rire et le plonge dans la tristesse (ou la colère) la plus noire. L’histoire de Liliane Betancourt est pour lui comme le casse du Louvre, un vol pur et simple par un malfrat sans scrupules. Il n’y a rien de plus méprisable que l’abus de faiblesse..Extotquer les personnes âgées et fragiles de leur maigres ressources ou de leur immense fortune est du même ordre, Cela s’appelle l’abus de faiblesse en droit et combien de personne en souffrance de par l’âge ou le manque de reflexion sont-elles victimes de ces extorsions sur le Net ou ailleurs… Abuser est un viol et je n’aimerais pas apprendre que ma mère âgée a donné toute sa maigre retraite ou sa vache au Revizor ou au bonimenteur, menteur et prédateur, qui ne songe qu’à la dépouiller.

    1. Avatar de Daniel Bougnoux
      Daniel Bougnoux

      Oui cher JFR, j’approuve ta saine colère ! Mais as-tu vu le film ? Ce qui m’a retenu pour en faire l’éloge, c’est que Liliane (ou Marianne) est complice de son prédateur, qu’elle l’approuve et qu’elle aime s’encanailler grâce à lui… Il lui ouvre des fenêtres, des perspectives insoupçonnées. Vertiges de ce couple !…

  6. Avatar de Jfr
    Jfr

    Je courre aller voir ce film qui m’a l’air bien divertissant. Bravo pour la fiction et les nuits fauves de Marianne/Liliane. Et vive le Palace et les Bains douches oú le tout Paris s’amusait. Nous y fûmes dans notre jeunesse (dorée bien sûr)… Tristesse pour Liliane devenue Alzheimer et Françoise, sa fille face aux escrocs…

  7. Avatar de Roxane
    Roxane

    Chers amis Daniel et J-F, j’essaye de vous comprendre.

    Je ne cours pas pour aller voir ce film mais si l’occasion se présente dans les alentours, j’irai à pas mesurés avec plaisir.

    À la quarantaine, Madame Bettencourt vit « les années soixante » – « sonnant le sexe aisé » par l’anagramme.

    Toujours les mêmes ritournelles, vécues parfois différemment en divers milieux, chez les riches et chez les pauvres.

    Comme devenir libre, être libre, résister aux séductions et aux bruits du monde, par delà la nature et la culture sans être obligé de passer par les voies du système ou en les dépassant dans une incertaine mesure ?
    Autrement dit, en prenant une autre route, une sente qui bifurque, peu fréquentée par les braves gens honnêtes.
    Oui, mais où sont les aventuriers qui s’écartent aujourd’hui en ce monde désenchanté ? Où trouver le souffle dans l’écart ? Oui, bien sûr, dans la métahorèse d’un érudit luspascien pour qui, le poète n’explique pas, il « métahorèse ».
    Métahorèse comme respiration du monde, danse silencieuse.
    Cette alchimie intérieure intéresse des personnes instruites qui savent pertinemment que ce qui se ferme finit par s’ouvrir.
    Au séminaire de Régis Debray où je ne suis pas allée pour des raisons évidentes, j’eusse aimé entendre des mots qui sortent de l’ordinaire. J’aurais sans doute apprécié l’intervention d’un médiologue s’exprimant en toute liberté sur cette terra incognita où doit s’accomplir une forme encore inconnue de notre puissance, un art d’aimer et du vivre ensemble. Ces rades inconnues de l’érotisme, ça veut dire quoi, au juste, pour une jeunesse dorée maintenant aux commandes et qui se limite dans son honorable retraite à écrire des livres et à courir voir des films ?
    Les gens de la base, ici même, imaginent ou peuvent imaginer un plasticien, spécialiste de Flaubert tenir débat à la BNF sur un sujet aussi délicat et essentiel qui nous concerne tous, sous-smicards et milliardaires.
    Si réponse existe, j’en connais plus d’un qui serait prêt à faire le voyage à Paris ou ailleurs pour exploiter tel filon.
    Il ne faut pas désespérer…Peut-être, en quelques jours, un compte rendu sur une chaîne de l’inquiétante extase, va-t’il
    nous dire quelque chose comme une folle espérance qui aurait du corps.
    Il faudrait bien ça, palsambleu, pour sauver nos âmes.
    En tout cas, je vous souhaite une belle et douce nuit.
    Ite missa est

    Roxane

  8. Avatar de Anetchka
    Anetchka

    Véridique, Madame Alicia, il existe bel et bien une empreinte sarrazine en mon village perché : les ruines d’un Château Sarrazin au sommet, et des ruelles, allées sarrazines – ce joli nom générique se référant à tout envahisseur un peu bronzé venu du Sud…Mais je peine hélas à anagrammer avec ces termes…Chapeau pour
    « le vent d’orages lointains » métamorphosé en « ondes gravitationnelles », qui nous mène vers des sentiers inconnus un peu transcendants ! Ils sont assez recherchés, par ces temps parfois oppressants, finissant l’année…

    Et pour revenir à ces étranges binômes tels que Dame Bettencourt – Sieur Bannier, Marquise de Montespan – Marquis de Lauzan, ils ne se réduisent pas vraiment, selon mon sentiment, cher JFR, aux pôles riche/ pauvre, abusée/ abuseur car chacun semble curieusement trouver son attrait particulier. Daniel a raison de mettre l’accent sur ce mystère apparent. Une association pas très orthodoxe et passablement choquante aux yeux de la société, sûrement!

    Dame Bettencourt en son âge honorable n’étant plus à une décimale près dans le chiffrage de sa montagne d’or, et ravie d’être cajolée et amusée de l’aube au crépuscule, retrouve du peps à l’existence (vu le mortel ennui de sa vie de représentation) . Tandis que le jeune arriviste insolent, fier de donner le bras à une statue mondiale, jadis jolie, et toujours classe, paraître en mondanité, se la jouer puissant par ricochet, profite du ruissellement…

    Dans le binôme Marquise-Marquis , c’est l’influence, l’aura, la montée des grades sociaux qui est le moteur pour le jeune impertinent, non la richesse, mais l’analogie demeure, il me semble…

    Bon je retourne à mes préparatifs de réveillon dans ma grotte, et non chez le chef étoilé du coin que prise le Prince Albert.,,

  9. Avatar de Jacques
    Jacques

    Bonjour !

    En ce petit matin de Noël, je relis avec plaisir le dernier commentaire de Mme Anetchka.

    Ses binômes présentés avec tact et élégance me font penser à un autre couple, celui du croisé Renaud et de la magicienne musulmane Armide. Une amie, Christine Bonduelle, en a fait un drame baroque du 21 ème siècle dans un beau livre publié en 2021.

    Christine est aussi l’auteur d’une pièce de théâtre « Genèse, e i π +1 = 0″ où conversent Einstein et son ami Gödel dans un temps retrouvé. Côté jardin, dans l’été finissant, cette année, nous parlions  » pommes et citrouilles » mais point de fée, nonobstant la présence d’un savant professeur du monde quantique, pour les changer en carrosse doré.

    Je me souviens avoir découvert pour la première fois « Le hasard et la nécessité’, le célèbre essai de Jacques Monod, au début des années septante à vingt lieues de la grotte de notre cordon bleu du blogue.

    Nous ne sommes pas sortis de l’auberge, les amis.

    D’un prince Albert à l’autre, celui de la physique, on ajoute le nom (Albert Einstein) et l’anagrammatiste de lire que « Rien n’est établi ».

    Il en est un autre « Louis de Broglie » qui entre en piste avec le même jeu de lettres par ses « Guibolles de roi ».

    Qu’est ce que ça prouve, mes bons seigneurs? Un sens caché du monde, nous dit le physicien, bon centurion de la fonction publique, attaché aux grammaires de l’intelligence d’un médaillé d’or de l’Académie d’agriculture de Paris, spécialiste de l’agir communicationnel qui n’a oncques été paysan de sa vie, le brave !

    Je viens de mettre le nez dehors et je vois la campagne recouverte d’un grand manteau blanc. Tombe la neige !

    Mais si, mais si…Notre dame blanche est bien là, dans toute sa lucidité, celle de l’âme.

    « La messe de minuit » par ses lettres interverties se métamorphose et nous fait découvrir « Le matin du messie ».

    La vie comme un cadeau, peut-être…

    Jacques

  10. Avatar de Anetchka
    Anetchka

    Bravo encore au jongleur de mots pour ces anagrammes de vérité cachée :
    Albert Einstein — Rien n’est établi (pour ceux qui doutaient encore de la Relativité) et
    La messe de minuit —- Le matin du Messie (propre à convertir les Hébreux / les Juifs qui attendent encore indéfiniment ce dernier)….

    Pour ce qui est de Renaud et Armide, certains ne connaissaient que la pièce de Cocteau inspirée du chef-d’œuvre du Tasse « La Jérusalem délivrée » (1943) et la musique de Poulenc…Le musée de notre coin du Sud est là pour le rappeler…

    Quant au manteau blanc, à défaut de le contempler sous l’azur, il me ramène encore à Gogol et son Manteau qui lui était gris, mais devenu, par étranges métamorphoses, spectre blanc errant dans St Petersbourg après le mort-de-froid du possesseur à la pelisse volée…

    Mais je préfère rester sur la couleur azur et la vivifiante Tramontane!

  11. Avatar de Dominique
    Dominique

    « Vive le vent, vive le vent Vive le vent d’hiver Qui s’en va sifflant, soufflant Dans les grands sapins verts ~~Oh! Vive le temps, vive le temps Vive le temps d’hiver Boule de neige et Jour de l’An Et Bonne Année grand-mère ! »

    Refrain de circonstance à l’approche de la nouvelle année, dédiée bien évidemment, à vous lecteurs de ce blogue étonnant, et en particulier à notre Sœur Anne qui, du haut de sa montagne chante la Tramontane, patiente dans l’azur, regard porté vers l’horizon d’une profondeur bleue.

    Cette anagramme de « Albert Einstein » fait dire à l’artiste et au physicien de nos jours, que jamais « Rien n’est établi » en matière de lois fondamentales. Nous le trouvons ce jeu de lettres et de l’Être dans la préface potagère et mystérieuse du livre « Théâtre » de Madame Bonduelle, mentionnée précédemment et qui s’intitule « Genèse ».

    Une préface comme un chapô que la bande à Éole ne fera pas s’envoler dans les oubliettes du temps ou les eaux du Léthé.

    J’ose imaginer notre provençale, là-haut, lectrice de Gogol, méditant à sa manière bleue, dans sa ligne d’horizon non humain, sur ce « quelque chose » évoqué par « les neiges d’antan », « l’errant dans Césarée » ou l’ « aurore en robe rose et verte ». Et il me semble ouïr sa réponse sereine et directe.

    « Ce sont là des impressions qui, en aucun cas, ne peuvent constituer une preuve et au vent des arguments scientifiques, elles sont balayées comme des fétus de paille »

    Et le physicien tel un écho lui répond : « Oui mais ce vent, gente dame, existe-t-il ? Nous sommes, aujourd’hui, revenus d’une certaine prétention. Autrement dit, le vent dont il s’agit tout simplement n’existe pas. »

    Alors, de grâce, recouverte d’une nuée bienfaisante, descendez de la montagne en pyjama ou en simla avec vos tables pour nous instruire, enseigner, éduquer, élever, sans nous casser les méninges avec Lévinas et Walter Benjamin.

    Sinon, en bas, nous retournerons à nos habitudes sans joie, prosternés devant nos veaux d’or, sans mousquetaire et sans dragon pour éviter le pire.

    Prière biblique ou conte de Noël ? Allez savoir ! Une réponse peut-être, au jour levant…

    Dominique

  12. Avatar de Anetchka
    Anetchka

    Le vent, la neige, l’éphémère,
    l’inaccessible, l’insaisissable, teintés de mélancolie, en métaphores, poésies et chansons, pour un passage symbolique d’une année à l’autre : plutôt bienvenus, en effet, Dominique!

    La royne Blanche comme ung lys/ Qui chantoit à voix de sereine (…) / Qu’à ce refrain ne vous remaine / : Mais où sont les neiges d’antan !

    Villon toujours vivant après 600 ans, repris par Brassens dont tout le monde fredonne les paroles mystérieuses…
    Comme si le Petit Âge glaciaire faisait un clin d’œil au réchauffement climatique, que les statues de glace des Dames du Temps Jadis venaient fondre sous nos yeux, que l’éphémère se représentait tout de même le temps d’une chanson, comme l’errant de Césarée, que le vent emporte…

    But where are the snows of yesteryear? demandait un traducteur anonyme du XIX e siècle ?
    Ce à quoi répondaient Joan Baez en duo avec Bob Dylan au siècle suivant:
    The Answer my friend is Blowin’ in the wind / The answer is blowin’ in the wind!

    Et voilà que surgit un mot du fond des âges et oublié – merci Dominique- celui de Simla, cette robe/ châle de lin blanc, rouille et noir (?) que portait Moïse en brandissant les Tables de la Loi du haut de son Mont, balayant le Veau d’Or et ses adorateurs …Que le vent les emporte! Et que vienne Ruah Elohim (= souffle, vent = esprit de l’Eternel)

    En attendant, rien ne nous empêche de faire un joyeux détour vers le Vent d’Hiver et Jinggle Bells…

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À propos de ce blog

  • Ce blog pour y consigner mes impressions de lecteur, de spectateur et de « citoyen concerné ». Souvent ému par des œuvres ou des auteurs qui passent inaperçus, ou que j’aurai plaisir à défendre ; assez souvent aussi indigné par le bruit médiatique entretenu autour d’œuvres médiocres, ou de baudruches que je…

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À propos de l’auteur

  • Daniel Bougnoux, professeur émérite à l’Université Stendhal de Grenoble, est ancien élève de l’ENS et agrégé de philosophie. Il a enseigné la littérature, puis les sciences de la communication, disciplines dans lesquelles il a publié une douzaine d’ouvrages.

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