Pour saluer Régis Debray

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Un colloque intitulé « Régis Debray tous azimuts » se tiendra, en présence de l’intéressé, les mardi 16 et mercredi 17 décembre dans la salle des conférences de la Bibliothèque Nationale de France, site Vivienne, 5 rue Vivienne 75002 – Paris (entrée libre, mais inscription obligatoire). J’y prendrai la parole le 17 au matin par un exposé centré sur le projet médiologique et l’aventure des Cahiers. Je publie ici l’essentiel de ce que j’ai préparé pour ce propos.

Cher Régis, Mesdames et Messieurs, il s’agit donc ce matin de faire court avec un t, en évoquant les points saillants de ce qui demeure pour moi une aventure intellectuelle, jalonnée d’une belle série d’ouvrages qui tous témoignent d’un projet de recherches majeur. Cette médiologie, mot forgé par Régis et apparu pour la première fois dans Le Pouvoir intellectuel en France (1979), prête le flanc à plusieurs malentendus, et exige donc explication. 

Notre médiologie n’est pas tout-à-fait une discipline, puisqu’elle n’a reçu l’onction d’aucune institution universitaire, mais c’est davantage qu’une curiosité ; elle relèverait pour ma part d’une sensibilité, ou disons d’un étonnement devant ce qui va de soi pour certains, et ne laisse pas d’en surprendre d’autres : l’énigme posée par les phénomènes de communication et de transmission, qu’est-ce qui fait qu’un message circule (ou demeure prisonnier de son énonciateur, sans passez la barre du je au nous) ; comment s’articulent ce je et ce nous, au sein de grands ensembles (d’ensembles jadis grands) tels l’Ecole, l’Eglise, l’Etat qui distribuaient par leurs canaux un surplomb symbolique garant de nos cohésions – mais que deviennent celles-ci, et qu’arrive-t-il par exemple à l’idéal de la République, à l’heure du morcellement démocratique, de l’individualisme consumériste, de la post-vérité, de la culture woke ou de l’émiettement de nos communs ?…

Les analyses disponibles dans nos dix-huit Cahiers de médiologie (suivis d’une soixantaine des numéros de la revue Médium) prennent en écharpe et labourent ces questions bien actuelles, que tu n’as cessé d’impulser et de relancer, cher Régis, en nous stimulant, en nous mettant au défi de débattre et de mieux comprendre. « La médiologie sport d’équipe », énonçais-tu modestement, alors que nous pensions sous ton impulsion, que c’est en empruntant tes mots que nos questions s’éclairaient un peu. Notre équipe aujourd’hui n’est plus, et l’aventure semble courue. Mais elle aura, en ce qui me concerne, formidablement compté, et je voudrais brièvement dire pourquoi.

La médiologie ne consiste pas, m’objecte Régis, à étudier la logique des médias (à faire par exemple la sociologie de la presse écrite, audio-visuelle ou numérique), elle examine comment s’articulent quatre M, comme tu le développes à l’ouverture de notre numéro 6 « Pourquoi des médiologues ? », le Message, le Medium, le Milieu et la Médiation. Très (trop ?) vaste programme, car ces mots recèlent bien des pièges, et des problèmes ! Voire des frustrations, ou des blessures narcissiques, pour le dire après Freud. Médias en effet est le nom d’un certain malheur, et nous ne cessons intimement de les maudire (à proportion que nous rêvons d’immédiateté). Médium de même, soit le milieu porteur, et formateur, que constituent nos outils pour le développement de nos pensées, nous inflige un décentrement, en nous rappelant que nous ne pensons qu’à plusieurs, façonnés par une langue, et qu’il faut pour penser s’équiper de prothèses techniques  (au premier rang desquelles l’écriture, donc des supports d’inscription et des canaux de distribution), sans lesquels nos traces s’évanouiraient. L’icône tant vantée du Penseur de Rodin n’est donc qu’un mythe, ou prend l’exact contre-pied de la médiologie : l’homme nu rêve, imagine ou désire, il ne saurait penser.

J’ai proposé, pour échapper à l’objection de Régis et faire une place à la médiologie dans nos programmes universitaires d’information-communication, de présenter celle-ci comme une extension bienvenue de la sémiologie : nous étudions avec elle le couple du message et du média, comme la sémiologie le couple du signifié et du signifiant. Le message, comme le signifié, constitue la face idéale, le média comme le signifiant sa base ou son revers matériels. Or cette face matérielle, dans le cas du signe linguistique comme dans celui de nos messages en général, demeure obscure ou fonctionne sous rature : les prothèses techniques qui garantissent nos échanges médiatiques en général ont tendance, le temps qu’elles fonctionnent, à se faire oublier ; j’ignore tout du hardware de mon ordinateur en tapant ce texte, je ne veux rien savoir du moteur de ma voiture tant qu’elle avale les kilomètres, etc. C’est la panne ou le bug qui suscitent la prise de conscience médiologique ; c’est quand je casse ma paire de lunettes, ordinairement invisible (puisque c’est par elle que je vois), que je mesure son efficace. Il y a donc, par définition ou par structure, un inconscient médiatiquequi mériterait qu’on lui consacre un peu de l’attention portée à l’inconscient selon Freud. Nos médias (pas seulement nos journaux) nous aident chaque jour à déployer et ouvrir le monde, ou plutôt notre monde – mais ce qui nous aide à voir, à raisonner, à penser, n’est pas lui-même clairement perçu.

L’essor chez nous d’une sémiologie (notamment portée par Roland Barthes) l’amenait à dénoncer tout ce qui entrave cette conscience sémiologique, soit la nature, ou la doxa (bêtes noires inlassablement pourchassées sous sa plume) ; la médiologie de même prolongerait heureusement cette chasse en traquant partout notre prétention spontanément idéaliste aux effets de présence, d’individualité ou d’immédiateté. There is no such thing as a free meal – la formule pourrait ajouter « as a free mail », il n’existe jamais d’envoi gratuit, toute communication a un coût caché dont nous devons acquitter le prix.

Nous peinons à penser ce qui aide à penser, nous invoquons une efficacité symbolique ou un effet de performatif sans toujours bien comprendre, ni tenter d’approfondir, la raison des effets ; Descartes postulait une « lumière naturelle » là où nous aimerions mieux comprendre la variété, et la complexité, voire l’ingéniosité de nos dispositifs d’éclairage (Cahiers de médiologie numéro 10, « Lux, des Lumières aux lumières » ) ; un théologien de l’âge classique invoquera de même « l’admirable propagation de la foi », comme si les missionnaires dans leur évangélisation n’avaient pas été encadrés par les militaires et les marchands (Cahiers de médiologie numéro 17, « Missions »)  ; mes camarades de l’UJC-ML de même, en 1968, n’hésitaient pas à déployer à l’entrée du pot de l’ENS une fière banderole idéaliste proclamant « La théorie de Marx est toute-puissante parce qu’elle est vraie », comme si ces phénomènes, la lumière, la foi, la doctrine d’un intellectuel avaient une énergie causa sui, efficace sans autre adjuvant…

La médiologie aime mettre en évidence ces adjuvants cachés, souvent triviaux, de sorte que l’enquête ironiquement semble rabaisser le débat ; petites causes, grands effets. Ou encore, less is more. Nous aimons citer à l’appui la phrase du diacre Frollo dans Notre-Dame de Paris, brandissant face à la cathédrale la bible fraîchement imprimée par Gutenberg et pronostiquant, lugubre, « Ceci tuera cela », la presse à imprimer rongera l’édifice de pierre, le papier (matériau si fragile) renversera le Pape – et les guerres de religion, de fait, ne sont pas étrangères à la diffusion ainsi multipliée des textes sacrés.

On ne sait pas très bien ce que recouvre la fonction média, la population des objets ainsi désignés n’est pas dénombrable, et leur efficacité, capricieuse, aléatoire, semble recéler une part de sorcellerie. Qu’est-ce qui fait qu’un message (un roman, un film, une image, une doctrine) émergent ou circulent ? Quel plan de com assurera la réussite électorale de tel candidat ? Quelques spin doctors voudraient nous faire croire à une efficacité presse-bouton dans des domaines, la relation pragmatique de sujet à sujet, où aucune efficacité technique n’est de mise : l’action du sujet sur l’objet est simplement technique, donc triviale (le sujet en principe domine l’objet), alors que la relation pragmatique de sujet à sujet demeure aléatoire, et non maîtrisable : le sujet reste opaque au sujet. Une opération de communication, le lancement d’un livre, d’une lessive, d’un candidat, peut donc toujours brillamment réussir, ou tristement échouer sans raisons évidentes.

Je demeure frappé, si je résume notre parcours, par la proximité du champ médiologique avec la sensibilité écologique, et je regrette par exemple que le dialogue ne se soit pas mieux noué avec Bruno Latour, qui avait participé à notre premier Cahier, « La querelle du spectacle ». Média, médium, milieu, ces mots font la chaîne pour déplacer notre attention de l’être sur l’entre : la médiologie n’engendre pas d’ontologie particulière, elle remet tout acteur, tout sujet en situation d’interaction – autrement dit, d’un mot majeur dans la pensée de Régis, en relation d’incomplétude.

Jean-Yves Chevalier a traité hier ici du théorème d’incomplétude, qui inspire et domine l’ouvrage princeps de Régis Critique de la raison politique, ou l’inconscient religieux (1981). Un groupe humain ne peut se clore et faire parti, église, nation ou bande que par l’appel à quelque infini fondateur ; un idéal, une légende, un Grand Récit (en amont) mais aussi peut-être une tâche à remplir, une projection, le rêve d’un futur indéfiniment à venir…, sont des opérateurs indispensables pour stabiliser le groupe, et assurer sa consistance. La mystique ne déchoit pas en politique, elle l’anime en sous-main, et demeure son indispensable carburant. Je ne m’étendrai pas sur la querelle que Sokal et Bricmont firent à Régis, pour l’emploi indû ou par métaphore d’une formulation empruntée au mathématicien Gödel ; à la même époque, le magnifique Gödel Escher Bach de Douglas Hofstadter montrait tout le bénéfice de ces métaphores quand elles sont judicieusement maniées. Je voudrais seulement préciser qu’il y a au cœur de la réflexion médiologique deux types d’incomplétude, que l’homme né prématuré ou en état de détresse, comme le souligne le mythe d’Epiméthée développé par Bernard Stiegler (après Derrida) ne survivrait pas sans une multiplicité de prothèses, techniques, affectives, institutionnelles, autant de suppléments sans lesquels notre espèce ainsi prothésée ne grandirait pas.

Comment nous incorporons-nous ces prolongements de nous-mêmes, depuis le silex taillé jusqu’à, par exemple aujourd’hui, l’Intelligence artificielle ? Comment rejouons-nous, à chaque étape ou mutation technique, ces successives incarnations ? Savons-nous où s’arrête un corps ? Je laisse en suspens ces questions, mentionnées pour ne pas conclure, mais pour souligner l’originalité d’une œuvre qui n’a cessé de mêler l’enquête (matérialiste) sur les objets techniques et l’éclairage religieux qui conduit et inspire, sans aucunement verser dans le spiritualisme, cette exigeante, cette rayonnante pensée.                        

18 réponses à “Pour saluer Régis Debray”

  1. Avatar de M
    M

    À l’attention de l’écrivain « Tous azimuts »

    Au correspondant ami

    en séminaire, au site Richelieu de la BNF

    Salutations provinciales

    Tel est le titre de ce petit mot à la « vedette du jour » dans l’espace d’une fenêtre ouverte sur le large.

    En mil neuf cent soixante-dix-neuf, on trouvait le mot « médiologie », à la page 154 du « Pouvoir intellectuel en France » avec la « résonance », écrite sans consultation du Littré.

    Vingt-quatre ans plus tard, je me retrouvais dans cette salle des fêtes où j’irai danser demain, dix-sept décembre, autour de la bûche de Noël.

    En ce même lieu, avec un ami archevêque, j’ai débattu de façon fort civile du rapport sur l’enseignement du fait religieux dans l’école laïque. Le ministre préfacier s’est plu à donner la bénédiction républicaine à cette initiative.

    Et passent les années et reviennent les flonflons du bal…chez Temporel.

    À quelques encablures des notules de Monsieur Louis Poirier, l’auteur vénéré, jardinier à ses heures dans son exil à domicile, va-t-il s’amuser, en écoutant parler ses disciples, à griffonner quelque chose sur les parties et le tout, comme il le fit naguère sur la nappe d’une table de ferme, où bien des années plus tôt, des hommes d’ouvrages mangeaient la soupe, le jour des battages. À ses côtés, ce jour-là, point de professeur de mathématiques en classe préparatoire aux grandes écoles, pour citer Thomas d’Aquin, Mc Luhan ou G.Cantor.

    À armes inégales, au fin fond de la France profonde ? Pas sûr…

    Oui, cher Daniel, dans vos Cahiers de médiologie, il y a les quatre M…Manque un autre : M comme Mésologie ou l’étude des milieux.

    À la question sur les « résistances » au chapitre du rapport susmentionné, le penseur de Rodin n’envoie pas promener au loin le Livre saint d’un coup de pied négligent.

    Pensez au bronze du musée Rodin où s’extasie « l’éternelle idole » qui a dans ses lettres « Elle…Elle et Rodin »

    Le corps nu désire et rêve mais il pense aussi, Monsieur notre randonneur.

    Quid de ce nu-être où le temps travaillé sait mettre l’écho avant la voix et le refus dans l’aveu ?

    La réponse est peut-être dans un droit où le rêve est force de la nature.

    Quant au devoir de l’incarner…

    À l’ombre des lumières, l’incomplétude est dans « les empires érudits » où un « esprit des lumières » se découvre en leurs lettres transposées, précisent nos anagrammatistes.

    L’inconscient est bien un lac profond qui nous laisse sur un blanc, telle la photo de l’impétrant dans « L’œil naïf ».

    Au lieu de vous donner une intersidérale poignée de main et vous souhaiter ni Dieu ni maître, je vous exhorte, chers amis de loin, à vous livrer à vos occupations jardinières, à l’approche du solennel adagio de l’hiver, comme disait une dame du Berry.

    Bien fidèlement à vous, cher ami.

    M

  2. Avatar de Anetchka
    Anetchka

    Quel vaste sujet, quasi océanique, cher Daniel! De mon tout petit phare linguistique, à faible lueur, je pointe ici et là, quelques éléments flottants sur les vagues.

    1) Comment passe un message d’un émetteur à un récepteur. André Martinet avait coutume de dire (en substance), avec un brin d’ironie, dans ses séminaires de l’EPHE à la Sorbonne, que si les malentendus étaient presque la règle, la communication parfaite était l’exception. Ceci a été repris par Jean-René Ladmiral (Aphorismes, Les paradoxes de la communication et du langage, 2011), et bien d’autres depuis. Chose normale dans la mesure où la langue est un système dynamique en perpétuelle évolution, et qu’en outre mille paramètres modulent et perturbent la compréhension dans l’instance de la parole. De sorte que les ambiguïtés et ajustements successifs sont inévitables. Le locuteur procède par essais et erreurs (comme l’homme en général, cf. Jean-Pierre Changeux ). Une fois cela posé, rien d’étonnant à ce que le paramètre Médias vienne encore un cran de plus biaiser la communication, tout en la diffusant. Un nouveau paradoxe!

    2) C’est dans la panne, dans le bug qu’on prend conscience des mécanismes à l’œuvre dans la communication langagière. L’échec de la communication permet de « lever le capot », et aiguiser notre curiosité analytique sur tous les conditionnements et les écueils, à chaque étage.

    L’étage de la structure d’une langue lambda, où la prise de conscience est la plus difficile, tellement le prêt-à-parler est ancré depuis l’enfance comme une vérité : ce que la langue autorise et contraint de dire par son agencement même (le bilingue, le polyglotte ou le poète a cette perception assez aigue) son découpage particulier dans le continuum du réel, qui est une vision du monde parmi d’autres…

    L’étage de l’instance de la parole – la concrétisation, l’actualisation de la langue- en situation dialogale. Là, entre les deux pôles énonceurs / récepteurs, que de brumes ! Aptitude culturelle, degré de connaissances présuppositions, statuts sociaux, conditionnements économiques et politiques, circonstances ponctuelles de la communication, sans parler de l’intentionnalité, et des signifiances inconscientes de l’émetteur etc. Bref toute la toile de fond des interlocuteurs vient parasiter le message. De sorte que cela tient du miracle quand il y a vases communicants ! Oui, on peut bien parler d’ « énigme posée par les phénomènes de communication et de transmission », et bien en amont des médiations …

    3) Comment passer du Je au Nous, demandes-tu? Les linguistes arpentant la planète s’amusent beaucoup de ce « Nous » aussi foisonnant que la voûte étoilée. Alors que le Je , l’Ego se manifeste formellement de manière écrasante dans les langues du monde, comme un pivot, le Nous prolifère. Claude Hagège, qui a bien bourlingué, a relevé des pépites (Que Sais-je La structure des langues, 1982). Dans une unique langue, le kwakiutl (Colombie britannique), un Je se voit suffixé par la marque obligatoire du « visible » ou de « l’invisible ». Il faut choisir. Une autre langue unique en son genre , le sikuani (Colombie Britannique) présente une forme fusionnée de « je-te », « tu-me » qui aurait bien plue à Aragon. Des « Nous » inclusifs (je + tu+ ils, incluant l’auditeur) et des Nous exclusifs (excluant l’auditeur; langues algonquiennes, Ontario), des Nous duels, des Nous homogènes et des Nous hétérogènes, etc. Une unique petite perle relevée par notre arpenteur en chef est un Nous comme collection de Je (littéralement : Je-Je) en boshiman (Afrique du Sud). Tout cela bien sûr encodé, grammaticalisé. Pour ce qui du français, n’ayant pas balisé de marques formelles, d’indices les divers Nous, la brèche de l’ambiguïté est creusée. Alors quel commun peut on atteindre? Enquête de terrain..,

    4) l’hypothèse de la médiologie comme extension de la sémiologie est intéressante. Avec l’analogie postulée: message// signifié (face idéale); média// signifiant (face matérielle).
    Juste quelques mises au point malgré tout.
    Les langues sont des systèmes sémiologiques ET des instruments de communication, ayant à la fois une aptitude à symboliser et à signifier. La chose la plus importante en outre est le lien de nécessité, indissociable entre signifiant et signifié, les deux faces d’une même pièce, qui résulte d’une pure convention, d’un consensus social. Comme l’énonçait Saussure:
    « L’entité linguistique n’existe que par l’association du signifiant et du signifié (…) ; dès qu’on ne retient qu’un de ces éléments, elle s’évanouit (…). Une suite de sons n’est linguistique que si elle est le support d’une idée; prise en elle-même, elle n’est que la matière d’une étude physiologique. Il en est de même du signifié, dès qu’on le sépare de son signifiant. Des concepts tels que « maison », « blanc », « voir » etc. considérés en eux-mêmes appartiennent à la psychologie; ils ne deviennent entités linguistiques que par association avec des images acoustiques. » (Cours, 1972, Paris, Payot, p.144).
    Est-ce que le lien entre message et média est du même ordre?
    Autre ambiguïté, de vocabulaire cette fois, dans ce parallèle, consiste en ce que pour les linguistes: « la langue est le code, l’organisation qui permet la rédaction du message et ce à quoi on confronte chaque élément d’un message pour en dégager le sens , à la différence du discours, des actes de parole », « concrétisation de l’organisation de la langue » (Martinet, Éléments de linguistique générale).
    Pour nous, les médias constitueraient une situation particulière de l’interlocution, au même titre que la rue, le bistrot, le bureau, l’estrade, la table familiale, avec une seule différence d’échelle.
    Mais comportant les mêmes écueils: grilles d’interprétation diverses, canalisation du sens via biais cognitifs variés. Contextes et situations pour tenter de lever les ambiguïtés de la parole, avec ajustements successifs. Plus les médias sont libres et diversifiés, plus les locuteurs et auditeurs relativisent l’information véhiculée et se la re-présentent, comme les polyglottes relativisent les découpages.

    5) L’homme nu a l’image de la sculpture de Rodin ne se contente pas de rêver et de sentir: il pense aussi, d’accord avec M. ! Des expériences scientifiques opérées sur des bébés attestent qu’ils ont une capacité d’abstraction et qu’ils comptent donc qu’ils pensent! De plus, perçoivent avec satisfaction la musique, même intra-utero, ce qui active aussi les aires de la pensée. Une pensée multiforme …

    Merci Daniel, et bon colloque en tout cas avec le passionnant Régis Debray!

  3. Avatar de M
    M

    Apostille

    Un séminaire « Tous azimuts » Régis Debray.

    Pour quoi faire ?

    Je reviens d’un petit colloque où nous avons regardé, ce matin, dans une école abandonnée, sur écran géant, la rediffusion d’une émission télévisée avec le tribun vendéen, auteur de « Populicide » où Régis Debray fut mentionné en référence.

    Sur la route du trajet, j’ai vu des immondices, fumier, arbre mort qui jonchaient la rue devant les permanences parlementaires. Un spectacle de désolation qui détonne avec les salutations d’une province de la sensibilité.

    Icelles ont été lues et écoutées ce jour même en cette classe buissonnière du maquis vendéen.

    Quelqu’un a réagi en prenant la parole :

     » Tout ça c’est du verbiage d’intellectuels qui sont à côté de la vraie vie.

    C’est quand même leur politique quelle qu’elle soit qui a permis à une petite bonne femme de 50 kg toute mouillée de gérer une entreprise publique qui accumule les déficits.

    Et cette personne touche 400 000 euros par an, alors que des agricultrices réduites à la misère n’ont pas un sou à la fin du mois. »

    Et votre serviteur de lui répondre en ces termes, sans sortir du sujet :

    « Si Madame Delphine Ernotte venait sans micro et sans caméra partager mon brouet, je lui demanderai de « débrayer » pour changer de vitesse.

    La vitesse de la lumière » qui, par anagramme, « limite les rêves au delà ».

    Et dans cet autre monde, descendre fissa au jardin pour lui donner, la pauvre, plein de navets, en nombre cette année. »

    Et la classe tout entière de rester muette…Allez donc savoir pourquoi !

    M

  4. Avatar de Roxane
    Roxane

    Merci pour ce cours magistral, Madame Anetchka

    Ce n’est pas rien que ces bâtons flottants de la linguistique vus de près.

    C’est en 1979, l’année de la publication du « Pouvoir intellectuel en France » où Régis Debray parle de médiologie, que les « Théorèmes pour la traduction » (J-R Lamiral) sont parus et dans la grise théorie où s’envolent les lexèmes et morphèmes dans le ciel de Monsieur Martinet, on cherche désespérément la plume qui chante dans l’herbe verte.

    Je ne sais si la forme fusionnée du « Je / tu » de M.Buber eût plu à Louis Aragon, mais cet effort de vouloir unir le singulier à l’universel, l’instant à l’éternité a su enchanter l’auteur du « Rationalisme appliqué » et du « Droit de rêver ».

    On comprend Monsieur Hagège, grand défenseur devant l’Éternel de notre belle et difficile langue française quand il s’emporte contre un système qui voit les petits, esclaves des profiteurs qui gagnent des sous sur leur dos?

    On le comprend moins quand il accepte de ce même système qu’il combat, les honneurs, les médailles et autres privilèges sous les ors de la république.

    Quid des anagrammes qui étonnent toujours notre randonneur pensif ? Un sens caché du monde, précise le physicien qui a pignon sur rue du côté de la maison de la radio.

    Mon œil Ferdinand qui a travaillé la chose et préféré n’en rien publier !

    Nous reste à contempler l’idée de l’homme neuronal avec les lentilles de Monsieur Spinoza.

    Est-ce bien raisonnable, cher Monsieur Debray, à l’honneur, ce jour, à la Bibliothèque nationale de France ?

    Roxane

  5. Avatar de Anetchka
    Anetchka

    À mon tour merci, chère Roxane. Et tout en allant dans votre sens pour les trois personnalités évoquées plus haut: André Martinet, Claude Hagège et Ferdinand de Saussure, je viens un peu moduler votre sévérité.

    Ayant longtemps côtoyé AM, le contraste entre ce chercheur et professeur à la rigueur scientifique indubitable et son insensibilité en matière poétique et musicale a toujours été un sujet d’étonnement… « Sous le ciel de Martinet, point de plume qui chante dans l’herbe verte », même si le Maître cultivait son jardin comme un bon Savoyard! À sa décharge, la peinture et l’architecture avaient tout de même grâce à ses yeux…

    Pour CH, le virtuose des langues et de leur décryptage n’est pas exempt de paradoxes et de contradictions, je vois l’accorde ! Ardent défenseur du français, et des langues du monde (hormis l’anglo-américain dominateur), surtout celles en voie d’extinction, anti-système en diable mais gravissant fièrement les marches des grades et honneurs.
    C’est que le petit Tunisien déjà polyglotte avait une revanche à prendre…Et puis, à l’image de l’autre Claude, l’ethnologue entrant costumé sous la Coupole et multi-décoré sur son habit, il aurait pu lui aussi déclarer : « Messieurs, pareil à ces vieux Indiens que j’ai connus, résolus jusqu’à la fin pour la culture qui les a faits, même si celle -ci est ébranlée et surtout si d’aucuns se plaisent à la dire condamnée… » (Discours de réception de C.Levi-Strauss à l’Acad. fse, 27 juin 1974) . Bref pourquoi refuser rituels et honneurs chez soi quand on les admire et étudie chez les autres?

    Quant à F. de S, là, c’est par scrupule et exigence scientifique qu’il n’a pas publié ses formidables anagrammes, ouvrage resté inachevé. Sans bonne assise et reconnaissance, et entouré de tristes sires, savants de son époque, voyant d’un mauvais œil ses idées « spéculatives » et « fantaisistes », il abandonna la partie. D’ailleurs, Les mots sous les mots, et même son fameux Cours furent publiés par ses élèves post mortem!

    D’accord avec vous sur l’allusion à Changeux : son Homme neuronal aurait pu bénéficier des lentilles de Spinoza. Ces lentilles, Antonio Damasio les a bien utilisées, lui, dans son magnifique livre sur les émotions: Spinoza avait raison …

  6. Avatar de Jfr et l’IA
    Jfr et l’IA

    Voici ma réponse à Mme Anetchka qui évoque le malentendu dans la communication en citant Martinet. Je confie à l’IA le développement que je voulais faire en bon psychanalyste lacanien . Cela va beaucoup plus vite que d’écrire tout cela moi même et c’est beaucoup plus clair. Bonne lecture Mme Anechka : « « Chez Lacan, la formule
    « l’émetteur reçoit son message sous une forme inversée »
    est une thèse centrale de sa théorie du langage et de l’inconscient.
    Je vais l’expliquer progressivement, sans jargon inutile.

    1. Le sens général

    Pour Lacan, quand je parle, je ne maîtrise pas complètement ce que je dis.
    Le sens de mon message me revient par l’Autre (l’interlocuteur, le langage, l’inconscient), et souvent à l’envers de ce que je croyais dire.
    👉 Autrement dit :
    je découvre ce que je dis en entendant la réponse que cela produit.

    2. Pourquoi « inversée » ?
    Parce que le message :
    • n’est pas reçu tel que l’émetteur croit l’avoir envoyé,
    • révèle un désir inconscient, une vérité refoulée,
    • apparaît souvent par le malentendu, le lapsus, l’effet produit chez l’autre.

    Exemple simple
    Quelqu’un dit :
    « Je dis ça pour ton bien »

    Ce que l’autre entend (et renvoie) :« Je veux te contrôler »

    L’émetteur reçoit alors son message renversé :
    non comme intention consciente, mais comme vérité inconsciente.

    3. Le rôle de l’Autre (capital A)

    Chez Lacan, l’Autre n’est pas seulement la personne en face :
    • c’est le langage lui-même,
    • le lieu des signifiants,
    • l’inconscient.

    Quand je parle :
    • je crois être le maître du sens,
    • mais le langage me précède,
    • et le sens me revient depuis l’Autre.

    👉 Je parle, mais ça parle en moi.

    4. En psychanalyse

    Dans la cure analytique, cette formule est essentielle :
    • le patient parle librement,
    • l’analyste ne « explique » pas,
    • il renvoie au sujet ce qu’il dit sans le savoir.

    Le patient reçoit alors son propre message :
    • non plus comme récit,
    • mais comme vérité subjective.

    Exemple clinique

    « Je n’ai aucun problème avec l’autorité »

    Après quelques séances, le sujet se heurte toujours à l’analyste.
    Ce comportement lui renvoie son message inversé :

    « L’autorité est un point de conflit majeur pour moi »

    5. Résumé en une phrase

    Nous ne savons pas ce que nous disons tant que l’Autre ne nous l’a pas renvoyé.

    Ou, plus lacanien :

    Le sujet reçoit de l’Autre son propre message sous une forme inversée.

    Si tu veux, je peux :
    • relier cette formule à Saussure (signifiant / signifié),
    • l’expliquer à partir d’un texte précis de Lacan (Séminaire I ou III),
    • ou la comparer à Freud (lapsus, retour du refoulé).

  7. Avatar de Anetchka
    Anetchka

    Merci JFR + IA, pour ce versant lacanien des vases non communicants ou mal communicants entre émetteur et récepteur.

    Sans consulter le Chat, je peux juste observer que Lacan, de par sa discipline, met naturellement tout le focus sur le paramètre inconscient de la toile de fond globale que je rappelle plus haut, via nos maîtres.

    Notre discipline de linguistique générale, pour sa part, découpe son territoire propre (Voici mon « objet langue », et voici quelle est mon champ d’analyse) qui comporte un noyau (système, structure de la langue commune, vus soit en synchronie dynamique soit en diachronie) et une périphérie limitrophe d’autres disciplines (la psycholinguistique, la sociolinguistique, l’ethnolinguistique, la poétique, la linguistique appliquée à l’enseignement, etc.). En l’occurrence, elle tente de présenter TOUS les paramètres susceptibles de perturber le message. Signifiances inconscientes et intentionnalités explicites et implicites de l’émetteur parmi eux. Mais pas que. Aptitudes culturelles et degré de connaissances des deux pôles, présuppositions et préjugés, y compris idéologiques, statuts sociaux relatifs, conditions économiques et politiques, circonstances ponctuelles de la communication, contexte étroit et large…Sans parler du signifié des signes qui diffère de la signification émergeant de la phrase et du paragraphe d’oralité, et bien sûr de la sémantique de la syntaxe
    (la syntaxe n’étant qu’une sémantique fossilisée par l’usage historique).

    Là où Lacan met à juste titre l’accent, c’est sur le sens comme EFFET. Bien moins étudié que le sens comme représentation-description. Et ce qu’il nomme « le message inversé » offre un champ intéressant de discussion.

    On pourrait l’appliquer aux médias qui agissent comme amplificateurs et ont des effets sur le public, qui lui-même débat de ces effets et les module…Processus dialectique sans fin…

    Dans tous les cas de figure, l’émergence du sens s’effectue de façon plus ou moins satisfaisante par l’ajustement dialogal entre émetteur et récepteur, par progression du discours , dans cet aller-retour en effets miroir.

    Même dans les langues spéciales des sciences dures, comme les maths, censées être univoques, le recours à la langue commune est inévitable pour mettre du liant, ajuster. Les formules algébriques étant largement insuffisantes. De plus, la toile de fond des locuteurs matheux n’est pas neutre, elle non plus …

  8. Avatar de Aurore
    Aurore

    Bonjour !

    C’est un vrai plaisir de vous lire Madame Anetchka, Monsieur J-F R, vous les spécialistes de la chose, les langues pour l’une et la psychanalyse pour l’autre.

    Mes petites références à côté de ma caisse sont ridicules par rapport à vos connaissances qui nous aident à penser et à vivre.
    Miroir, mon bon miroir, me dit que vous êtes
    la gloire de ces lieux bénis là.

    Sur ma table, un essai et un roman d’une personnes que vous connaissez, bien sûr !

    « Le langage, cet inconnu » et « L’horloge enchantée ».

    Et puis cette petite lettre glanée quelque part dans le champ des « Écrits » :

    « Pour m’inspirer, j’ai relu de Saussure, et je dois dire qu’à la seconde lecture, j’ai été moins enthousiaste, et de loin. En gros, je trouve relativement peu de choses valables dans cette masse de vieux bric-à-brac. Même des choses valables sont terriblement abstraites et peu concrètes. Ce qui fait comprendre la direction qu’ont prise ses disciples. En général, ils pérorent sur le système, mais (…) aucun d’eux n’a su décrire le système d’une langue vivante, même pas du français. » (Lettre de Troubetzkoy à Jakobson du 17 mai 1932)

    Puisque le chat s’invite à notre table, voyons de ce pas – celui du minet artificiel – l’anagramme de « Ferdinand de Saussure » :

    « Ferdinand de Saussure :

    « Le redressement de sa finitude »

    Anagramme exacte », dit le chat.

    *

    Vous appelez cela une anagramme, bonnes gens ?

    Il se peut que le chat tutoyant « usa de ruses » pour en arriver là, palsambleu !

    « usa de ruses » est l’anagramme de « de Saussure »

    Brisons là.

    Parlons maintenant de ce passage du Livre des Juges XII, 6 où apparaît le mot « schibboleth » sur lequel revient avec sapience Mme Anetchka.

    Bernard Pivot dans sa dictée de la finale nationale des Dicos d’or en 2004, à l’Académie Fratellini Saint-Denis, a intégré ce mot dans son texte sur les bienfaits de la gymnastique, en écrivant « schibboleth ».

    Or, Régis Debray qui fit partie plus tard, de l’Académie Goncourt, présidée par B.Pivot a lui aussi utilisé ce mot dans son livre « Rêverie de gauche » où il écrit « shibboleth », à la page 67.

    N’ayez crainte, chers amis, on ne va pas le jeter pieds et mains liés dans le Jourdain pour cette cette faute commise !

    Confidences pour confidences, même à la caisse du supermarché, on n’en parle pas.

    Oui, la fin de « L’homme neuronal » se termine bien par une citation de l’Éthique IV :

    « se construire dans notre encéphale une image de « l’homme, une idée qui soit comme un modèle que nous puissions contempler » et qui convienne à son avenir. »

    « Benedictus de Spinoza » qui, pour l’anagrammatiste « dit peu, donc bien assez » aimait chasser les démons des passions … »et les perles d’illusion » qui ont dans leurs lettres transposées le « Polisseur de lentilles ».

    Alors, autant prendre une fine loupe pour essayer d’explorer dans « l’espérance folle » les énigmes qui, avec le temps, trouvent quelque part une solution.

    Qui l’eût cru, braves et honnêtes gens ?

    Je vous laisse car il me faut retourner à ma caisse.

    Bonnes fêtes de la Noël à tous.

    Aurore la caissière

  9. Avatar de Roxane
    Roxane

    Bonjour !

    Elle nous en met plein la vue Mademoiselle Aurore, mes bons amis !

    Et notre caissière du supermarché du coin, de donner dans le lapsus, palsambleu !

    Voyez plutôt :

    « Sur ma table, un essai et un roman d’une personnes que vous connaissez, bien sûr ! »

    Personne au pluriel, tiens-donc !

    Au secours Madame la linguiste et Monsieur le psychanalyste !

    Mes bons seigneurs, à qui donc se fier ?

    « à personne » nous dit le physicien au chapitre de ses « Regards ».

    Je vous laisse méditer sur ce qu’il écrit plus loin au sujet de ladite personne…

    J’imagine qu’entre deux chariots passant à sa caisse, Aurore, va y réfléchir.

    Bonnes fêtes de la Noël à tous

    Roxane

  10. Avatar de Anetchka
    Anetchka

    On rêverait, chère Aurore, que toutes les caissières de France et de Navarre aient le don d’ associer les espèces sonnantes et trébuchantes heurtant le tiroir-caisse à la musicalité et la phonématique! Et de rappeler qui plus est à notre bon souvenir la correspondance de Nicolas Troubetzkoy et Roman Jakobson en 1932! Eh oui, les deux figures de proue de la linguistique échangeaient passionnément comme savent le faire les scientifiques de tous bords…
    Le temps a plutôt donné raison sur ce point à Jakobson. Quelques décennies plus tard, des milliers de descriptions ont été effectuées sur une kyrielle de langues, dialectes (pas de différence pour les linguistes) voire d’idiolectes. L’analyse du système phonologique du parler d’Hauteville (franco-provençal) de Martinet établi sur sa propre mère avait fait mouche…Phonétique et phonologie y étaient distingués: le système phonologique prenait corps (l’organisation des sons dans une langue donnée).

    Notons que les bons observateurs ont pu ici et là relever qu’un Japonais apprenant le français dit Louen pour Rouen (phonème intermédiaire en japonais), qu’un Français apprenant l’anglais confond mouth et mouse croyant zozoter, (deux phonèmes distincts en anglais), qu’un espagnol dit Balance pour Valence (phonème intermédiaire en espagnol). Et puis, les humoristes, eux, n’ont vraiment pas besoin de connaissance des systèmes pour épingler les phonèmes pertinents des langues et en jouer: tel Thierry le Luron imitant Marchais prononçant CapitaLLL en piquant le phonème du l dur du russe (opposé au l mouillé, dit palatalisé de lyoubov par ex. « amour ») ; ou encore Michel Leeb imitant les apprenants Chinois ou Africains…Ce qui est simple variante dans une langue est phonème pertinent (deux sens distincts) dans une autre (à supposer déjà que le phonème soit attesté…) Alors, pas si abstrait notre Saussure!

    Comment sonder le pluriel de Personnes, Roxane? Deux en un comme Gary et Ajar? Ulysse et Personne? Conscient et inconscient? Visible et invisible ? Allez savoir…

    En tout cas Joyeux Noël à tous de mon petit village perché et encore un peu patoisant …

  11. Avatar de Aurore
    Aurore

    Quelle science, Anetchka !

    Puisque vous citez les sommités de la linguistique dont vous êtes, bien sûr, pourriez-vous nous dire, à nous gens d’en bas, ce que vous savez des travaux entrepris par Messieurs Jakobson et de Saussure sur « les chats » de Charles Baudelaire dans « Les fleurs du mal » ?

    Je vous pose la question car en regardant bien votre joli nom, je trouve dans ses lettres transposées le « chat à Ken ».

    Et dans les langues celtiques que vous connaissez, vous savez bien mieux que nous, pauvres béotiens, que le prénom Ken est très beau et qu’il exprime la noblesse et la pureté.

    Alors, grâce à vous, allons ça-voir…

    Bonne et belle veille de Noël…en descendant de la montagne.

    Aurore

    1. Avatar de meister benjamin
      meister benjamin

      la définition d’Aurore, est ce : vent frais qui dissipe les odeurs de renfermé de l’entre-soi ?

  12. Avatar de m
    m

     » Le Vent Se Lève publiera gratuitement, au printemps prochain, un court documentaire revenant sur les grands thèmes de l’œuvre de Régis Debray  »
    Je viens de recevoir ce message à l’instant même de cette association de bénévoles qui demande de l’aide financière.
    C’est la mode maintenant !
    Vive le vent…
    Vous connaissez la chanson.
    Bonne nuit

    m

  13. Avatar de Anetchka
    Anetchka

    Au détour du chemin, je tombe sur cet agréable commentaire d’Aurore, avec une surprise : l’anagramme de mon surnom concentrant tout à la fois mes origines slavo–bretonnes, et mes affinités pour les chats, jolie trouvaille!
    Il est vrai que cen (prononcé ken), en vieux breton, renvoie à « la tête », au « chef » avec les connotations évoquées de pureté et de noblesse…D’ailleurs quelques prénoms et patronymes ont été formés sur cette racine: comme MacKean ou Kenan (irlandais et écossais), Kervenn (breton) etc.

    Et pour répondre à votre question sur Les Chats de Baudelaire joliment analysés par Saussure et Jakobson, il semble qu’ils aient bondi sur cet exemple éclairant pour leurs démonstrations respectives.

    Pour Saussure, le poème illustre sa distinction langue/ parole, et dans la 2nde, les connotations culturelles et individuelles émanant duchat : mystère, grâce…ainsi que les polarités, les oppositions chères au maître du Cours, ex. lumière et ténèbres, douceur et violence; et puis les associations phoniques : chats, chastes, sphynx, étincelles avec la belle série des sifflantes…

    Pour Jakobson aussi, il y avait visiblement une forme de jubilation pour les rimes suscitées, les allitérations, métaphores, métonymies parallélismes, oxymores et autres procédés poétiques émergeant dudit félin; on se souvient de passages comme : « étoilent vaguement leurs prunelles », rêves obscurs mystiques », « ils sont des serviteurs des sorcières »…

  14. Avatar de Jacques
    Jacques

    Bonjour !

    Grand Dieu du ciel, nous voici maintenant avec les chats des sorcières de Charlotte Grossetête, entre intellectuels qui ne s’en laissent pas conter !

    Mais dans quelle marmite êtes-vous tombées, gentilles Aurore et Anetchka !

    Attention, notre grand et vénérable maître du blogue, prend la chose au sérieux et d’adorable randonneur pensif pourrait bien se métamorphoser en terrible inquisiteur et dresser un bûcher sur la place du marché de son village.

    Comptez sur votre humble serviteur pour vous défendre Mesdames, mais vous savez, par les temps qui courent, il ne faut jurer de rien, palsambleu !

    On pense au Seigneur Étienne Pascal et à la maladie mystérieuse de son petit Blaise…Oui, enfin vous connaissez !

    On peut quand même se demander, en toute sérénité, si ce ne sont pas des « boniments de bonnes femmes saoules », comme on disait autrefois dans nos villages pour désigner ce genre de coquecigrues.

    Esprit critique es-tu là ? Dans « Médium » la revue qui fut dirigée par Régis Debray, la sorcellerie a voix au chapitre et ce n’est pas notre ami Daniel qui dira le contraire, le brave !

    Pour l’heure, le chat noir, dort sur le siège du tracteur de l’abbaye et un autre, celui de l’artiste Georges d’Espagnat, est là, calme, dans la bibliothèque de la salle capitulaire, sur la couverture d’un beau livre de son fils, physicien.

    Je regarde, par la fenêtre, tomber la neige matutinale dans le parc glacé et j’imagine un gentil minet sur l’arbre d’à côté…

    J’ai envie de lui poser une question et, bien sûr, chères amies inspirées du blogue, vous en connaissez le contenu.

    Puissiez-vous me donner la réponse, si le cœur vous en dit !

    Bon réveillon, loin de la quincaillerie électronique avec ses matous qui savent tout…ou presque.

    Recevez, je vous prie, toutes mes félines amitiés.

    Il est l’heure de sonner les matines.

    Jacques

  15. Avatar de Alicia
    Alicia

    Réponse à Frère Jacques

    Bonsoir Monsieur l’abbé !

    J’ai lu et relu votre commentaire.

    Je me permets de vous répondre avec la politesse et la rigueur qu’il ne messied pas d’utiliser ici.

    Pourquoi interrogez-vous en les sommant de répondre, la gente dame Anetchka et la damoiselle Aurore ?

    Ne pensez-vous point qu’il serait plus opportun de vous adresser au lapin blanc, en l’occurrence, Monsieur le docteur J-F R, qui a pour lui, la science qui lui confère la possibilité, la liberté et la responsabilité de répondre.

    Permettez-moi de saluer au passage, M.Régis Debray qui, vous avez raison, dans sa revue Médium n° 4 donne la plume à un professeur de philosophie qui nous explique ce que la science doit à la sorcellerie.

    Notre lapin blanc du blogue saura, j’en suis persuadée, éclairer votre chemin, notre chemin dans « Le fruste désordre du vécu » dont l’anagrammatiste nous dit qu’il révèle par ses lettres transposées « Les rêves du Docteur Freud ».

    Et sur votre trente et un, je vous souhaite un bon réveillon au réfectoire du monastère.

    Alicia

  16. Avatar de Anetchka
    Anetchka

    En lisant Jacques et Alicia au retour sur le tapis neigeux parisien, je remarque des traces entêtantes de chats.

    Évocation des Chats de Baudelaire aux «  rêves obscurs mystiques » et « serviteurs des sorcières », avec bifurcation vers «  Ce que la science doit à la sorcellerie », article de Bruno Lavillate dans Médium 2005 de Régis Debray. Il y était question je crois de la coexistence entre la raison scientifique et la croyance…Et puis le chat de Georges d’Espagnat ; par suite peut-être celui de Schrödinger mi-vivant mi-mort? Le chat noir qui dort sur le siège du tracteur de l’abbaye…

    Dans cette ambivalence, comment ne pas penser au burlesque et déjanté « Chat noir Chat blanc » d’Emil Kusturica, qui renvoyait à une expression populaire des cultures balkaniques et tziganes signifiant: au diable les détails superficiels -comme la couleur des chats- et les moyens, pourvu que les choses fonctionnent! Chat noir chat blanc, pourvu qu’il attrape des souris! Chez Kusturica, au diable les conventions et les moyens orthodoxes, ce qui prime, c’est la survie, la famille, la musique ! Bref, les deux chats de la métaphore sont unis par une même énergie. Comme celui du physicien, en quelque sorte, avec un peu d’ironie..,L’émergence de de la science moderne trimbale encore pas mal de croyances, ou coïncide ici et là avec elles?

    Sur ce, je grimpe, tel le chat de la fable musicale de Prokofiev, à toute allure sur mon arbre, la capitale est givrée…

  17. Avatar de Alicien
    Alicien

    Dites-moi, gentil Yvan, sur votre arbre perché, quel chemin je dois prendre ?

    Le chemin des lointains enchantés, chers à « L’inconnue » d’Alexandre Blok que vous avez apprise, sans doute, au temps de vos humanités, peut-il mené par des sentes escarpées à ce castel des songes, qu’il me semble apercevoir dans la brèche des temps, étudiée à l’atelier des penseurs de la crise de la culture ?

    Je n’ai pas la réponse et nous savons bien qu’à la fin de la nouvelle énigmatique de Balzac, la marquise finalement resta pensive. Et au début de SZ, c’est une référence à l’ascèse où tout un paysage se voit dans une fève.

    Il sera bientôt minuit en ce fond de village ignoré, si loin de l’horloge de L’Élysée-Bourbon et du phare alpin où vous regardez la mer.

    Je pense à une chanson mythique et à la fin du livre qui en parle :

    « Y en a même qui disent qu’ils l’ont vu voler… »

    À mil sept cent quarante-quatre km de l’arbre de votre ami du Cheshire, puissent vos jolis et justes mots ricocher sur le lac blanc et jusque-là entrer par la fenêtre ouverte !

    Alicien

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À propos de ce blog

  • Ce blog pour y consigner mes impressions de lecteur, de spectateur et de « citoyen concerné ». Souvent ému par des œuvres ou des auteurs qui passent inaperçus, ou que j’aurai plaisir à défendre ; assez souvent aussi indigné par le bruit médiatique entretenu autour d’œuvres médiocres, ou de baudruches que je…

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À propos de l’auteur

  • Daniel Bougnoux, professeur émérite à l’Université Stendhal de Grenoble, est ancien élève de l’ENS et agrégé de philosophie. Il a enseigné la littérature, puis les sciences de la communication, disciplines dans lesquelles il a publié une douzaine d’ouvrages.

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