Revisiter Hamlet…

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J’ai déjà protesté sur ce blog contre quelques tentatives « d’adapter » les classiques à la scène, dans l’espoir de séduire les jeunes générations pour lesquelles Racine, et a fortiori Shakespeare, parlent une langue définitivement étrangère. J’ai critiqué en particulier une interprétation détestable d’Isabelle Lafon montant à la MC2 de Grenoble un spectacle « d’après Bérénice », cette courte formule signalant le plus souvent une entreprise de dégradation à fuir absolument. Mais, à notre surprise ce soir-là, des enseignants nombreux dans la salle applaudirent chaleureusement, comme si cette lacération de Racine était le moyen bienvenu de mettre enfin ses alexandrins à la portée de nos étudiants.

Cette épineuse question de l’adaptation d’autre part est dominée pour moi par l’adage (tiré de Charles S. Peirce) selon lequel tout signe ou œuvre sémiotique se trouvent pris dans une chaîne d’interprétations, à laquelle on ne peut assigner de terme : un poème (par exemple d’Aragon) peut engendrer une merveilleuse chanson (comme les trente-et-une des deux disques de Jean Ferrat), ou un ballet (Le Fou d’Elsa), un film, un ouvrage critique, une conférence, etc. Aucune œuvre d’art, aussi parfaite soit-elle, ne constitue un terminus ad quem, mais plutôt une invitation à poursuivre, une relance, une généreuse émulation. Toute œuvre autrement dit demeure par définition inachevée, en attente de reprise ou de transposition (comme Valéry en eut vivement l’intuition) ; et c’est particulièrement évident des œuvres « allographiques », celles qui, comme un plan d’architecte, une partition de musique ou un livret de théâtre, attendent ou sollicitent d’être exécutées par un autre – avec tous les risques qui s’entendent dans ce mot d’exécution.

En matière d’adaptation, je n’aurai donc pas de position tranchée ni de principe ; je n’ajouterai pas mes cris à ceux qui, au sortir de l’Odéon-théâtre de l’Europe l’autre soir, protestaient qu’on y assassinait Shakespeare. Pour eux en d’autres termes, il existerait dans la Culture des textes sacrés, ou monumentaux, qui auraient reçu une fois pour toutes une interprétation canonique qu’on ne saurait que répéter, ou rejouer à la lettre. Malgré toute mon amoureuse admiration pour une pièce comme Hamlet, je crois que les textes sont faits pour évoluer, qu’ils vivent de nos successives interprétations, toute la question étant avec celles-ci de distinguer les bonnes des mauvaises, celles qui enrichissent (ou renouvellent, ou décapent, ou déconstruisent finement) le texte, et celles qui l’appauvrissent, le dégradent, irrémédiablement le défigurent… Délicate alternative, comment trier ?

Car certains metteurs en scène exagèrent, que de défigurations grotesques ! Venus trop tard (ils n’ont pas créé l’œuvre), ils s’en emparent rageusement (jalousement ?) pour la tordre, la défaire, y mettre à tout prix leur marque – comme on voit des épiciers signer leur nom aux pierres des pyramides. Mes amis me rapportent ainsi avoir vu à Bayreuth, temple de l’idolâtrie wagnérienne mais aussi de sa contestation, un Tristan et Isolde joué dans le décor de la ligne 11 du métro parisien, Isolde embarquait à Chatelet, buvait le philtre à République et mourait à Mairie-des-Lilas… Façon de recontextualiser l’histoire, ainsi remise au goût du jour ou à portée du pékin moyen ?

J’ai dû voir dans ma vie une bonne douzaine d’Hamlet, dont celui d‘un Bob Wilson seul en scène, où le génial interprète se dressait sur un lit (celui, « fétide », des accouplements de Gertrude et Claudius ?) que la scénographie transformait progressivement en pierre tombale, caveau du père, ou d’Ophélie, ou du « pauvre Yorrick », l’acte V s’ouvrant comme on sait sur le cimetière, que toute l’action de cette pièce nourrit, ou rétribue… Mais nous avons surtout, en mars 1977, accompagné à Grenoble la création d’Hamlet par Mesguich, sa cocasse, savante et très rusée mise en scène d’une traduction assez fantasque de son compère Michel Vittoz qui, à l’ouverture du numéro 3 de notre revue Silex, entièrement consacré à Hamlet, provoqua un mémorable affrontement entre Daniel et mes collègues Blattès et Derville, du département d’anglais de l’Université Stendhal. Je me rangeais moi-même du côté de Mesguich qui, en citant d’abondance Derrida, Duras, Cixous ou Lacan (dont quelques phrases farcissaient la neuve traduction), se faisait fort de « déconstruire » Hamlet, de retaper en quelque sorte cette vieille bête de somme pour un nouveau et rafraîchissant tour de piste…

Je m’étais moi-même, accompagnant cette création, fendu d’un article plutôt dense, « Répéter Hamlet », que j’ai repris plus tard en tête de mon ouvrage Le Fantôme de la psychanalyse, critique de l’archéologie freudienne (PUM 1991), où j’insistais surtout sur les effets de miroir, de dédoublement ou d’inquiétante étrangeté dont regorge ce texte fertile, véritable terre promise de l’interprétation psychanalytique…  Tout ceci, aujourd’hui histoire ancienne, alimenta un cours de fac, puis un débat en Avignon, nous ne plaisantions pas Daniel et moi avec la déconstruction, chose à nos yeux sérieuse et digne d’applications… Mais l’histoire a tourné sur ses gonds, ou ses talons de verre, et je me demande devant l’actuelle traduction, ou faut-il dire adaptation, du chef d’œuvre par excellence de la scène théâtrale par Christiane Jatahy (dont le nom sur le programme figure à la même taille que celui de l’auteur) ce que sa mise en scène lui ajoute, ou retire ?

La metteuse en scène a allégé le texte, résolument dépouillé de ses longueurs, ou de personnages encombrants (Laertes et Horatio ont disparu, Polonius existe à peine) ; une représentation du texte original dure quatre heures, ici un peu plus de deux heures. Il semble donc inexact d’écrire comme pour nous rassurer, en tête du programme, que « 85% du texte est celui de Shakespeare » : 85% de ce qu’il en reste ! Mais ne chicanons pas : l’abréviation est l’âme de l’esprit, et chacun sait qu’il faut généralement, pour bien jouer notre auteur, retrancher dans son texte… Le coup d’audace, certains diront de génie, est évidemment d’avoir fait d’Hamlet – une femme ! Ce qui ne manque pas d’appuis dans la psychologie de ce Prince de l’ombre, « fragilité ton nom est femme », etc. Et, corollairement, d’avoir arraché Ophélie au cliché de la jeune fille soumise, chlorotique puis rapidement folle. Ici on entend au contraire dans sa bouche, comme dans celle d’Hamlet, des propos d’un féminisme bien balancé : et il faut saluer l’interprétation par Clotilde Hesme de cet Hamlet trans-genre, énergique et fragile, perspicace, émouvant par sa solitude et la connaissance qu’il a, d’avance, de toute l’histoire : comment faire pour qu’elle ne se répète pas ?

Je n’ai rien retrouvé, sur cette scène, de mon « Répéter Hamlet » ni les fantômes de tous ceux, et ils sont nombreux, qui ont disséqué après Freud le texte et les gestes du Prince. L’intérêt de Christiane Jatahy semble ailleurs : vers la figuration du spectre, et plus largement d’une conscience intérieure ou rêveuse ici développée dans le mariage (réussi) du cinéma ou des écrans de gaze, espaces du rêve, avec les corps réels en mouvement sur la scène.

Mais je donne la parole à mon ami Jean-François Rabain, qui a écrit sur cette mise en scène un commentaire plein de finesse, et d’équilibre entre les parties : « Le son, également, fait de langues différentes et de mélodies variées, ouvre vers un ailleurs déstabilisant, entre réel et imaginaire, entre réalité et fiction. On peut reconnaitre Sinead O’Connor, Prince, Nina Simone, Stealers Wheel, David Bowie, Gilbert Bécaud, Michel Legrand, Amalia Rodriguez, Mozart et Juliette Greco. Les éclairages et les vidéos découpent et organisent des images très réussies, notamment au premier acte, avec l’apparition du spectre du roi Hamlet et une scène de rave-partie, lors du remariage de la reine Gertrud avec Claudius, où l’on se retrouve presque à danser avec les comédiens. (…) Une grande idée traverse cet Hamlet revisité, cet Hamlet verbessern, cet Hamlet amélioré. Pour faire barrage au système patriarcal, à la violence qui conduit à la guerre et à la mort, une femme peut changer le cours des choses. Le doute qui envahit Hamlet et qui l’empêche d’entrer dans le cycle des vengeances, d’écouter le fantôme de son père assassiné lui ordonnant de tuer Claudius, ce doute est devenu, pour lui, pour elle et pour nous, un doute salvateur. Il n’est plus l’expression d’une pusillanimité, d’une procrastination ou d’une lâcheté particulière, ce doute peut et veut changer le monde. Hamlet-devenu-femme propose donc une relecture de la pièce ».

Cet Hamlet est assurément relu, mais est-il devenu pour autant plus lisible ? Les musiques, les effets d’éclairages comblent les jeunes auditeurs, mais suivent-ils ou comprennent-ils une intrigue particulièrement embrouillée ? Saisissent-ils l’arrivée des comédiens et le stratagème du théâtre dans le théâtre, pour « piéger la conscience du Roi », dispositif crucial mais ici presque escamoté ? La fameuse « closet scene », où Hamlet frôle le matricide envers Gertrude (Servane Ducorps), ici remplacée par une pulsion de boustifaille, mais aussi tout l’acte V, dont l’action est évacuée au profit d’un simple récit…, ne servent pas l’intelligence de l’action, dont le fil s’évanouit ou se perd. On voit en revanche notre Hamlet féminin, dans sa cuisine, battre les œufs d’une omelette, on ne fait pas d’Hamlet sans casser des œufs ?

Revisité s’écrit sur les cartes des restaurants, et Madame Jatahy aura beaucoup cassé dans sa cuisine pour nous servir cette pièce, mais qui s’en soucie ? Les applaudissements ne manquèrent pas aux sept comédiens du plateau, et ma voisine que j’interrogeais, élégante jeune femme qui me dit travailler comme consultante, se déclara enchantée de cette belle soirée : non elle ne connaissait pas la pièce, oui tout cela lui parut intéressant, et « bien joué » – j’aurais aimé prolonger une discussion qui s’arrêta aux marches du parvis, que demander du théâtre, qu’attendre de plus ?

23 réponses à “Revisiter Hamlet…”

  1. Avatar de Nadine Eid
    Nadine Eid

    …De pénétrer la nef, et au delà du choeur, aller jusqu’au transept pour rencontrer l’inouï.
    La croix est l’instant, le théâtre, l’immédiat en intra-veineuse. Daniel Mesguich et William eux, sont des orants à son office. Castelluci un « frondateur « de mythe. Mes nuits sont encore aujourd’hui embellies par son Orestie , comédie organique ?
    Belle soirée cher Daniel, et si vous le souhaitez, bienvenus à Avignon pour le OFF et le IN.

    Nadine Eid Boissonnet

  2. Avatar de xavier b. masset
    xavier b. masset

    Heidegger taille, avec ses longs couteaux d’imprecateur grec, un costume à ce surgissement de « l’intéressant », décrété par votre audacieuse et élégante spectatrice (mais que sommes-nous prêts à dire d’important nous-mêmes au sortir d’une représentation ?).
    Pour lui, ce n’est que la faiblarde manifestation de la dernière mode, un patron dessiné pour régénérer la coupe habituelle mais qui s’avère trop court ou trop long une fois sur le dos du nouveau modèle, un splendide mannequin souvent.
    Reviennent à la mémoire le Sartus resartus de Carlyle, et le Deformed-Transformed de Byron, pour rester dans le théâtre qui n’attendit personne pour sécréter sa propre avant-garde, sa propre relecture, et cela dès le Folio original.
    Cours, camarade théâtreux, le vieux monde du Poioumenon est derrière toi, déjà en train de te doubler.
    Ça ne me dérange pas qu’on change le sexe d’Hamlet, il y a longtemps que Laurence Olivier lui-même joua à fond la carte de la « part féminine de l’acteur » (même Depardieu en fut l’un des adeptes) face à Jean Simmons, plus jamais en pétard contre « la fausseté des femmes ».
    Ainsi va la Commedia.
    L’important est le texte, le respect des paroles et des actes, comme vous nous le rappelez.
    Bientôt, à ce train-là, dans Hamlet revisité, à mort marionnétisé, Le crâne de Yorick se remettra à parler, ses os à marcher, « Everyone in the audience now, ready to mock Shakespeare with your own revived grinning. »
    Alors que tout cela est, d’une certaine façon infiniment plus subtile, déjà dans la pièce.
    La Verbesserung de votre ami critique est une pure Weltanschauung, une soumission au moment — creux — qui passe.
    Comme passe la mode (bien moins futile dans le monde du textile que ne le pensent certains).

  3. Avatar de Anetchka
    Anetchka

    Mon commentaire
    Au risque de venir en contrepoint de ces développements élogieux, et en ma qualité de spectatrice bien moins érudite, je ne peux réagir qu’avec ma sensibillté propre, devant cette représentation d’Hamlet.
    Mon œil comme mon oreille musicale en sortent sans émotion, ou si peu. Seule la performance de Clothilde Hesme (une femme interprétant Hamlet, personnage à l’identité indécidable, cela se défend tout à fait ), en certains passages, fait vibrer le public. Tout comme faisait vibrer le magnifique Hamlet noir de Peter Brooks.
    Mais pour qui est attaché à la substance sonore de la langue , au signifiant, à sa saveur, sa force, et au rythme, au souffle des vers, au phrasé, quelle déception! Aucun code switching français-portugais un peu plaqué, et aucun anglais chanté moderne ne saurait combler ce peu de relief des signifiants proférés.
    Je citerai ici Mesguich dans son admirable préface à Hamlet (Albin Michel, 2012): « Le Shakespeare n’est pas l’anglais » (…) C’est que j’imagine davantage le théâtre comme un tissage et un enchevêtrement d’écriture et, disons, de présence, ou comme le surgissement – spectaculaire – d’un écrit dans les gorges (…) que comme je ne sais quel simple espace de parole. » Le « Shakespeare poète » vécu par l’acteur, metteur en scène et traducteur exalte « une forme forgée de force par la tragédie », où « les néologismes », les « moments d’humour ou de poésie folle » [dans les mots, pas dans la scène] , fusent , où « les niveaux de langues » et les strates temporelles s’entrelacent [encore dans la langue elle-même, pas dans la seule scène]. Pour les oreilles de la spectatrice que je suis un texte tronqué et les additifs modernes n’ont pas octroyé de frémissement sonore. .
    Quant aux yeux, cette fois, la mise en scène surchargée et plastifiée vient quelque peu perturber la poésie tour à tour noire et spectrale, le tumulte intérieur des personnages. Il ne s’agit pas de prôner une mise en scène classique figée dans le marbre, l’œuvre est infiniment ouverte, mais faire du neuf n’autorise pastout.
    Citons encore Mesguich : « Mettre en scène Hamlet, ce n’est pas (…) profiter des résonances que le texte pourrait avoir en notre époque, et produire quelque mise en scène « analogique » (qui jamais ne manque de réduire un texte, si grand soit-il, a quelque univoque scénario contemporain ). Non il ne s’agit pas de procéder, semble nous dire le texte génial de Shakespeare, à quelque lecture (…) au sens du résultat (lectura), mais à une lecture active, en direct, dont chaque élément n’en finit pas d’engager le tout du théâtre et du monde (lectio). »

  4. Avatar de Roxane
    Roxane

    Bonjour !

    Je viens de lire les commentaires de ce présent billet et ceux du billet précédent, tous teintés de grande érudition et de réelle connaissance des œuvres musicales et théâtrales.

    J’ai le sentiment que ces billets et commentaires s’orientent vers une certaine idée du bonheur, une sorte de synthèse spirituelle.

    J’ai donc relu ce passage trouvé dans « La terre et les rêveries du repos » de Gaston Bachelard :

    « Si l’on consent à donner une réalité première à l’image, si l’on ne limite pas les images à de simples expressions, on sent soudain que l’intérieur de la noix porte la valeur d’un bonheur primitif. On y vivrait heureux si l’on y retrouvait les rêves primitifs du bonheur, de l’intimité bien gardée. Sans doute le bonheur est expansif, il a besoin d’expansion. Mais il a besoin aussi d’une concentration, d’une intimité. Aussi quand on l’a perdu, quand la vie a donné « de mauvais rêves », on éprouve une nostalgie de l’intimité du bonheur perdu. Les premières rêveries attachées à l’image intime de l’objet sont des rêveries de bonheur. Toute intimité objective suivie dans une rêverie naturelle est un germe de bonheur. »

    Comment ne point penser à l’ostinato de la caisse claire du Boléro, 69 fois répétés, dont parle judicieusement M. Xavier B. Masset ?

    Le soixante-neuf où enfin l’extase se donne à voir. Quésaco ? « Le soixante-neuf » est l’anagramme de « Où enfin l’extase ». Vérifiez, c’est juste !

    C’est tellement vrai, ne pas charger trop la barque « légère à l’infini » comme « la lingerie fine », dit encore ce jeu de transposition des lettres.

    Ne point troubler cette onde mystérieuse, s’exclame le poète, cité par le physicien. Soit !

    « La plus belle femme du monde sera toujours moins belle qu’un jet d’eau », « écrit le Pr Henri Laborit qui termine son livre « Dieu ne joue pas aux dés » par cette question : « Mais qu’est-ce que la beauté ? »

    Oui, qu’est-ce donc que la beauté dans ce monde d’appas rances, de pièges et de sacrilèges ?

    Et votre humble servante de répondre sans trop réfléchir :

    Une bombe. Celle de l’âme atomique.

    Autrement dit « Rien » ou le cantique du vide.

    J’attends son éclat.

    Roxane

  5. Avatar de JFR
    JFR

    Mon commentaire Et oui, on reconnait Shakespeare dans cette joyeuse comédie musicale qui passe actuellement au Théâtre de l’Odéon sous le nom de Hamlet. Mais sans le tragique de la pièce, sans sa poésie, sans sa profondeur. Le questionnement sur l’être et le désir, les jeux de miroirs et les fantômes sont assurément présents, mais la mise en scène au départ nous plonge en pleine crise d’ado, le jeune Hamlet interrogeant son identité et sa place dans la famille d’aujourd’hui. La mise en scène est enlevée, avec d’excellents comédiens : Clotilde Hesme, superbe Hamlet et Mathieu Sampeur, remarquable Claudius. Gros plans, images-vidéos, miroirs et fenêtres, le cinéma envahit la scène du théâtre comme sur un écran de télévision. Les scènes et les images-vidéos se déroulent simultanément avec une cadence et un rythme assuré. Pas de temps mort, impossible de s’ennuyer ou de s’interroger. La dramaturgie théâtre-cinéma fonctionne à plein feux. Cependant la vidéo-cinéma peut-elle remplacer le théâtre ? Le son, également, fait de langues différentes et de mélodies variées, ouvre vers un ailleurs poétique, entre réel et imaginaire, entre réalité et fiction. On peut reconnaitre Sinead O’Connor, Prince, Nina Simone, Stealers Wheel, David Bowie, Gilbert Bécaud, Michel Legrand, Amalia Rodriguez, Mozart et Juliette Greco. Les éclairages et les vidéos découpent et organisent des images très réussies, notamment au premier acte, avec l’apparition du spectre du roi Hamlet et une scène de rave-party, lors du remariage de la reine Gertrud avec Claudius, où l’on se retrouve presque à danser avec les comédiens. To be or not to be, est-il devenu Let it be ?
    Une grande idée traverse cet Hamlet revisité, cet Hamlet amélioré. Pour faire barrage au système patriarcal, à la violence qui conduit à la guerre et à la mort, une femme peut changer le cours des choses. Le doute qui envahit Hamlet et qui l’empêche d’entrer dans le cycle des vengeances, d’écouter le fantôme de son père assassiné lui ordonnant de tuer Claudius, ce doute est devenu, pour lui, pour elle et pour nous, un doute salvateur. « La conscience fait de nous des lâches », écrivait Shakespeare. Ici, le doute d’Hamlet, qui le poussait à s’interroger, à ne pas agir, n’est plus l’expression d’une pusillanimité, d’une procrastination ou d’une lâcheté particulière, ce doute peut et veut changer le monde. Hamlet va-il alors se changer en Lysistrata (littéralement « celle qui licencie l’armée », en grec) ? Les femmes avec lui/ avec elle, se révolteraient contre la domination des hommes et éradiqueraient la guerre et la violence… Belle idée que celle de la grève du sexe privant les hommes de leur superbe et de leur pouvoir. Mais n’est pas Aristophane qui veut et d’ailleurs Eva Braun à la place de Hitler ou la femme de Poutine à la place du maître du Kremlin ne nous rassurent guère. Hélas, Christiane Jatahy ne pousse pas le dé aussi loin et nous sommes davantage face au drame d’une transidentité et d’une crise d’ado que devant une inversion des sexes et des pouvoirs. Que vaut la relecture de la pièce par cette Hamlet-devenu-femme ? « Être ou n’être pas, telle est la question ». Le fameux dilemme sur l’Être ne renvoie plus ici à la dissociation entre l’élément masculin et l’élément féminin qui caractérisait Hamlet dans la pièce de Shakespeare. La question interroge désormais le féminin en nous. Le féminin renvoie à l’Être, au maternel premier, au maternel singulier, et le masculin au « faire », à la pulsion. « After being, doing, and being done to. But first being», écrit Winnicott. « Après être, faire, et accepter que l’on agisse sur vous, mais d’abord être ». Dans la mise en scène de Christiane Jatahy, ce renversement féministe veut détruire les frontières. Mais comment se défaire des frontières et des assignations ? Hamlet sur scène est-il/est-elle vraiment une femme ? Hamlet y apparait en pleine transition, en pleine transidentité. Freud et Lacan y perdent leur latin. « Il y a plus de choses dans le ciel et sur la terre que n’en rêve votre philosophie », énonce encore une fois Hamlet à Horatio. L’être comme le temps apparait ici « disloqué ». Le prince du Danemark se dévoilait à Freud comme un Œdipe inhibé, hésitant à passer l’acte, oscillant entre l’amour et la haine pour la femme, exprimant son horreur de l’inceste face à Gertrude puis Ophélie, transformant la scène shakespearienne de parricide en scène de matricide… Que devient Ophélie dans le spectacle de Christiane Jatahy ? Ophélie est victime d’un féminicide, elle n’est plus la naïve et romantique Ophélie. Elle n’accepte plus d’être l’objet de la violence patriarcale. C’est ainsi que Christiane Jatahy la décrit dans l’entretien édité dans le livret du spectacle. Un spectacle très applaudi par la jeune génération, moins peut-être par les amoureux de Shakespeare qui se retrouvent à mille lieues de Stratford-upon-Avon.

  6. Avatar de xavier b. masset
    xavier b. masset

    Harold Bloom a toujours dit qu’Hamlet était plus grand que n’importe quelles de ses représentations critiques, psychanalytiques ou littéraires fussent-elles.
    Cela malgré les louables efforts de Freud (sa vision du personnage comme consumé par un narcissisisme-roi, accablé d’une névrose obsessionnelle indistinguable d’une mélancolie choyée pour elle-même, pour le coupable plaisir qu’elle induit) et de Lacan (qui voyait Hamlet psychiquement se faire bouffer par l’autre Hamlet, son propre père).
    Tous les deux estimant que la personne d’Hamlet luttait contre lui-même, incapable, en dernier lieu et entre deux monologues, de justifier sa future accession au trône.
    Doctrines très matérialistes, bien que Feud appuyât beaucoup en faveur des émotions reçues par le Danois junior, de ses rêves, de sa sentimentalité.
    Un homme paralysé par la nature d’un acte promis au fantôme de son père, mais capable d’envoyer ad patres à sa place deux sbires lancés à ses trousses, de mettre une rouste à Laërte dans un cimetière.
    Je crois que cette version théâtrale transgenrée doit pas mal de choses aux nouveaux films tirés de la saga Star Wars, dans lesquels apparut le personnage de Rey, pilleuses d’épaves, future madame Skywalker.
    « A girl empowerment » (qui oulblie tout ce qu’on doit à la Femme, depuis la nuit des temps), un peu normatif, d’une poétique minimale, syndicale, un comble.
    Cette dame Rey me fit immédiatement penser au côté obscur de certaines rares Ophélies, comme celui de Florence Rey et sa violence spectrale, un soir d’octobre noir dans le Paris de 1994, en compagnie de son petit Audry.
    Des Florent et des Audrey en devenir, qui ne perdent rien pour attendre.

  7. Avatar de M
    M

    Bonsoir !

    Rencontrer l’inouï, nous dit la dame de théâtre du premier commentaire.

    Des connaisseurs de cet art se sont exprimés longuement dans la foulée avec grande érudition.

    Mais c’est qui, c’est quoi Hamlet, au juste, pour ces millions de gens qui ne vont pas au théâtre ?

    Et quand bien même, ils auraient vu cent fois la pièce, qu’est que cela eût changé pour eux ?

    Ils sont comme vous, honorables gens de lettres, de l’étoffe dont leurs rêves sont faits.

    N’est-ce pas en débordant notre expérience, comme nous y invite François Jullien, en ouvrant une brèche dans leurs cadres constitués et normés, qu’ils pourront l’aborder cet « in-ouï » ?

    Sur le pont d’Avignon, faire un pas au delà, peut-être…

    Je trouve cette locution bien écrite dans ce premier commentaire. C’est si rare, de nos jours de faire la différence entre ladite locution prépositive ou adverbiale et le substantif « au-delà » qui prend le trait d’union.

    Merci Madame pour cette politesse.

    Bonne soirée de semaine sainte.

    M

  8. Avatar de NADINE Eid
    NADINE Eid

    Ici, en Avignon, le public consomme mais parfois vibre durant le IN voire le OFF.
    Les deux se sourient sans snobisme, sans clivage archaïque et les belles découvertes continuent à nous surprendre. J’assistais hier à la présentation du In à la Fabrica d’Avignon et, hors l’heure réservée aux innombrables et fastidieux remerciements d’usage, Tiago Rodrigues nous a réservé une prise de parole  » à sa façon » pour poser de beaux et solides contreforts à la légitimité et à la pérennité de ce Festival, unique au monde.
    Ce festival ira lui aussi au delà par les propositions hors des sentiers galvaudés ou éculés par le conformisme rassurant et sociétalement établi. J’aime Avignon même avec sa crasse aux remugles de merde de chien. Je l’aime parce qu’elle m’offre en intra -muros où je vis un calme de campagne et une vie citadine. Je l’aime pour sa beauté à découvrir au quotidien et pour toutes les rencontres qu’elle permet dans la plus incroyable facilité.

    Nadine Eid Boissonnet

    1. Avatar de Daniel Bougnoux

      Magnifique plaidoyer chère Nadine ! Je suis pour l’heure à Marie-Galante, bien loin des festivals et centres de théâtre, mais le spectacle de la nature est toujours fascinant, et cela vaut bien un internet difficile, voire intermittent…

  9. Avatar de Roxane
    Roxane

    Bonjour ! Bonsoir !

    « Vous, c’est l’eau, c’est l’eau qui vous sépare
    Et vous laisse à part, oh-oh »…

    comme on dit dans la chanson que vous fredonnez sans doute dans vos excursions marie-galantaises.

    À six mille cinq cents km, je vous écris ces mots que vous lirez peut-être, si vous avez le temps, très cher ami randonneur…

    Si l’aventure vous tente, allez de ce pas, à la rencontre de Daniel Marsin qui fut là-bas député et sénateur.

    Il vous parlera de « Marie-Galante » en vous citant ces mots de Sony Rupaire :

    « Marie-Galante, limace bleue, suant, voguant sans fin sur la face des eaux »

    Allez, dansons maintenant sur le pont d’Avignon avec « L’arôme des mots à l’infini » dont l’anagramme dit « Les éditions Flammarion ».

    Espace littéraire où notre ami commun s’est plu à mettre en scène sa divine colère, face à l’héritage liquidé de Jean Vilar.

    On se rappelle du billet de notre professeur des champs, Robert Dumas, page 178 du n° 5 de la revue « Médium », où vous comptiez parmi les membres du comité de lecture. Il était question de ce subterfuge consistant à cacher sa misère sous des oripeaux culturels. C’était il y a deux décennies à peine. En ce temps-là, vous plongiez dans la pensée mousseuse et légèrement aphrodisiaque de Peter Sloterdijk.

    Et maintenant ?

    Parlez-nous de cet au-delà où la sirène surgit de l’eau ! (Je mets le trait d’union, chère Mme Boissonnet)

    En toute amitié

    Roxane

  10. Avatar de Guillaume Bardou
    Guillaume Bardou

    #Roxane : « Oui, qu’est-ce donc que la beauté dans ce monde d’appas rances, de pièges et de sacrilèges ?

    Et votre humble servante de répondre sans trop réfléchir :

    Une bombe. Celle de l’âme atomique.

    Autrement dit « Rien » ou le cantique du vide.

    J’attends son éclat. »

    C’est juste.

  11. Avatar de NADINE
    NADINE

    « Rien »ou le quantique ? La Labilité des verbiages me fatigue.
    Je pose Kant et retiens kierkegaard, me réfère encore et toujours au Littré en ringarde assumée. Puis, d’un pas joyeux, pars au delà d’Avignon, sans tiret aucun, ramasser morilles et morillons en Savoie.
    Roxane, je garde en mémoire de Cyrano, le timbre et le souffle de Depardieu seulement.
    Cher Daniel, bel après-midi … même si je risque les commentaires facétieux de Roxane pour ce masculin et surtout, soyez heureux !

    Nadine Eid

    1. Avatar de Daniel Bougnoux

      Ce qui me rend surtout heureux ici à la Guadeloupe (Gloup !), Nadine, c’est la lecture toute fortuite de « La Promesse de l’aube » du cher Romain Gary, que je me reproche de n’avoir pas lu plus tôt !… Pour une obscure raison, dans les années de mes études (années 1960) Gary n’était pas au programme, Gary n’était pas « chic » ! Quelle injustice…

  12. Avatar de Jacques
    Jacques

    Chers amis de ce blogue, bonjour !

    On est bien chez vous, entre la pluie et le beau temps, et d’y trouver par hasard une cueilleuse de champignons qui nous fait la leçon, avec le sourire, sur la politesse de notre langue, est un bienfait tombé du ciel.

    Cette après-midi, j’en parlais au téléphone avec Roxane, une amie de longue date qui m’a fait connaître cet espace de liberté animé de main de maître par notre randonneur, à cette heure, en villégiature dans les Caraïbes.

    Rassurez-vous Madame Nadine, Roxane accepte votre masculin, à l’instar de notre Littré chéri qui mentionne les deux genres pour ce laps de temps où j’ai appris, hier, tant de choses !

    En forêt de Savoie, sur les pourtours des lacs alpins, vous rencontrer chemin faisant serait un bonheur.

    Dans ma cabane vous pourriez déposer votre panier et autour d’une boisson chaude, en cette aprilée frileuse, on pourrait à loisir parler de tout et de rien.

    Rien.

    C’est le dernier mot d’un travail profond sur « l’ironie du romantisme » qui se termine ainsi :

    « Dans Le Monde à l’envers, Ludwig Tieck place ainsi l’épilogue au début de la pièce, et le prologue à la fin. Deux ans plus tôt, il écrivait une préface à… rien. »

    Aller de ce pas chercher le sens du mot « labilité » dans une étude approfondie sur la chimie quantique et la relativité, ma foi, pourquoi pas ? Mais tout compte fait, la prudence est de mise et je serais bien inspiré de me souvenir de la tortue de la fable voyageant sur un bâton entre deux oisons. Autrement dit ne rien dire !

    Nos talentueux psychanalystes maison que nous pouvons lire et relire dans les commentaires de ce billet voient sans doute les choses autrement et les écouter tombe sous le sens.

    « Les promenades de Kant » dont l’anagramme nous montre de ce penseur qu’il fut une sorte de « Klee, Nadar de son temps » ont de quoi remplir le panier de nos intellectuels, certes ! Et dans nos chaumières de France et de Navarre, peut-on à pleines dents – pour ceux qui en ont encore – croquer l’aura du poète retenu par la dame d’Avignon et de Haute-Savoie ? Je n’en sais rien.

    Comme le gars complètement dingue de Romain Gary dans « Les racines du ciel », on peut toujours essayer et peut-être qu’à la fin on aura les organes nécessaires, par exemple celui de la dignité ou de la fraternité…

    Mais c’est à voir, chers amis !

    Bonne nuit à tous, enfin ce qu’il en reste !

    Jacques

  13. Avatar de Gilles
    Gilles

    (Pourquoi les blogs la Croix ne s’ affichent ils plus depuis environ 2 mois ? )

  14. Avatar de Aurore
    Aurore

    Eh bien tout simplement, cher Gilles, parce que notre professeur randonneur s’en est allé…aux îles !
    Alors sans blogue, nous avons le temps de cultiver notre jardin et de penser à lui entre deux salades plantées, palsambleu !
    D’île en île, il nous reviendra, avec dans sa chemise, la carte de sa mentale géographie.
    C’est écrit quelque part…

    Aurore

  15. Avatar de Spartacus
    Spartacus

    Bonjour Aurore,
    Est ce à dire que la censure est temporairement abolie ?
    J’appelle censure déjà la simple validation d’un commentaire.
    Cela me glace et m’interdit certaine intervention que le professeur refuserait , sauf à être un peu maso.
    Cependant il serait tellement défendu sur ce site de flagorneurs…….
    Ni dieu ,ni maître,ni prof .
    Humour potache bien évidemment.

    1. Avatar de Daniel Bougnoux

      Oui, potache en effet… Pour votre information, je valide (avec des délais variables selon que j’accède ou non à mon ordinateur, comme ce fut le cas ces dernières semaines) la quasi totalité des « commentaires », excluant ceux qui me paraissent carrément hors sujet, ou parachutés pour parasiter le site… Mais en général, les commentaires sont assez civilisés ; à l’exception parfois des vôtres, Spartacus.

  16. Avatar de Aurore
    Aurore

    Merci Monsieur Spartacus de ce privilège que vous m’accordez en s’adressant directement à ma pauvre petite personne.

    Je peux comprendre l’agacement des lecteurs découvrant dans les commentaires des hypocoristiques flatteurs à l’endroit de Monsieur Bougnoux.

    Monsieur Notre randonneur, Monsieur le Premier de cordée, Monsieur le Professeur, Monsieur notre Maître et j’en passe…

    Humour potache ? Flagorneries insupportables ?

    Humour sérieux plutôt, des jeux de langage et d’inconscient, qui s’amuse et respecte.

    La césure peut-être, mais pas de censure en ce blogue, Monsieur Spartacus, fors peut-être si un étudiant de Sciences Po, comme ils disent, poste un commentaire bourré de fautes d’orthographe.

    Au plaisir de vous lire de nouveau, si vous voulez bien par votre verbe toujours direct, exhausser notre âme.

    Bonne nuit

    Aurore

  17. Avatar de Gilles
    Gilles

    Sur une autre tonalité , to be simplement synodal , c’ est en Fraternité comme amis et des orthodoxes aussi et de la Paix et des paix aussi et de la Seule Espérance , comme en journées d’ Assise d’antan et en Partage hors-les- murs aussi

  18. Avatar de Gilles
    Gilles

    Nota bene à un randonneur , comme à un-sien collègue mélomane de blog : les chemins de St-Jacques sont jolis il est vrai , infinis aussi dépassant les GR et tampons , simples Lectures parfois rudes ou lectures ou journées dites banales . Bon vent !

  19. Avatar de Michel L...
    Michel L…

    Entre la pluie et le beau temps, une césure s’installe dans le blogue. Un blanc, un champ blanc fait sa place.

    Au delà de tant et tant de mots, un silence, peut-être, qui fait sens.

    Le début d’un grand travail…

    And the rest is silence

    Michel L…

    1. Avatar de Daniel Bougnoux

      Bien vu cher Michel ! Car cela fait six semaines peut-être que je ne consulte plus mon blog, ni n’y ajoute de nouveaux billets. Après trois semaines radieuses passés (en avril) en Guadeloupe, j’ai été, dès mon retour en métropole, rattrapé par la dengue, une piqûre de moustique que je ne souhaite à personne… Dégringolade totale, extrême fatigue, dont je me remets peu à peu. Votre « commentaire » m’encourage à revenir aux affaires, et à reprendre le fil de ce Randonneur, merci !

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À propos de ce blog

  • Ce blog pour y consigner mes impressions de lecteur, de spectateur et de « citoyen concerné ». Souvent ému par des œuvres ou des auteurs qui passent inaperçus, ou que j’aurai plaisir à défendre ; assez souvent aussi indigné par le bruit médiatique entretenu autour d’œuvres médiocres, ou de baudruches que je…

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À propos de l’auteur

  • Daniel Bougnoux, professeur émérite à l’Université Stendhal de Grenoble, est ancien élève de l’ENS et agrégé de philosophie. Il a enseigné la littérature, puis les sciences de la communication, disciplines dans lesquelles il a publié une douzaine d’ouvrages.

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