À l’ombre des Bouddhas en fleurs

Publié le

Nous visitons depuis cinq semaines Odile et moi un pays, la Thaïlande, où les représentations du Bouddha sont omniprésentes (au moins dans la partie nord, puisque le sud est majoritairement musulman). Une ville comme Chiang-mai, en particulier, recèle dans son périmètre historique une surprenante quantité de temples, qu’on découvre au hasard des rues, et dans lesquels la statue de l’Eveillé, représenté dans la posture du lotus, attire le regard du visiteur, et les prosternations du fidèle ; or ce n’est pas une mais dix, voire une forêt de statues de différentes tailles, le plus souvent dorées, certaines très hautes, qui nous accueillent, nous déconcertent et parfois nous subjuguent.

Quel peut être l’effet d’une pareille omniprésence sur la formation de la conscience des enfants, ainsi exposés à cette icône du recueillement méditatif ? Que leur disent de pareilles statues ? Je me pose cette question en songeant que, dès notre âge le plus tendre et de l’autre côté du monde, nous avons été assaillis très tôt par les images du Christ en croix. Quelle distance, quelle différence entre les messages de ces deux icônes pareillement multipliées ! Et avec quelles conséquences ?

 L’image du crucifié est tellement répandue, chez nous, qu’on ne songe plus en la voyant à l’atrocité du supplice ainsi exhibé. Et pourtant ! J’ai dû passer des heures, enfant, à tenter de me figurer quelles inimaginables souffrances avait endurées le Christ, ce que fait le poids d’un corps à des poignets ainsi percés de clous ? Et la couronne d’épines qui empêche la tête de nulle part reposer ? Or ces reconstitutions du Calvaire édulcorent nécessairement un pareil supplice, qu’on peut en revanche contempler (si ce verbe est permis) dans toute son horreur en visitant le retable d’Issenheim, où le pinceau de Grünewald s’est efforcé de décortiquer, de détailler chaque cellule de la souffrance, et cela fait à Colmar quelque chose d’assez insoutenable à voir – épreuve prolongée par un texte halluciné de J. K. Huysmans sur ce tableau, dont je recommande ici la lecture. D’une façon générale, les crucifixions nous montrent une agonie, la glissade d’un corps nu sucé, aspiré vers la terre ; une figure qui, si nous tentons un peu de la fixer ou d’y réfléchir, écrase nos facultés de représentation. 

Le Christ en croix descend ; Bouddha mystérieusement s’élève, ou nous propose une ascension. Son corps parfait a la fluidité ou la souplesse du lotus, une fleur sur laquelle il est précisément assis. Je ne saurais, à mon âge, en reproduire la posture, mais j’épouse mentalement sa vertu de détachement, de souverain repos, et son message d’épanouissement : la fleur du lotus s’enracine dans la vase, elle pousse en eau fétide, métaphore de nos passions, mais elle s’arrache à celle-ci pour se déployer fièrement à l’air pur. Le coussin couronné des pétales de cette fleur, sur lequel repose Bouddha, nous met aux antipodes du mystère ou de cette folie de la Croix. Que contemple Bouddha entre ses paupières mi-closes ? À la fois le dehors et le dedans, je sais à regarder sa face que l’Eveillé ne dort pas, à preuve l’arc de ses sourcils écarquillés qui expriment la surprise, ou le surgissement d’un événement intérieur – l’événement colossal mais peu visible d’une conversion, d’une transformation silencieuse, pour emprunter ce terme à François Jullien. Nous voyons quelqu’un s’abstenir apparemment de rien faire ; mais ce rien contient tout !

Quels éléments de pédagogie contrastés peuvent engendrer ces deux figures ? Je connais trop peu le bouddhisme, et nous n’avons Odile et moi encore lu ni Odon Vallet, ni Frédéric Lenoir sur une confrontation de Jésus et Bouddha. Tout ce que je peux dire dans ce premier billet, où je me borne à transcrire quelques souvenirs ou impressions d’abord reçues, c’est que le message chrétien de la Croix demeurait, pour l’enfant que j’étais et en dépit des séances de catéchisme, des chemins de croix, des cantiques chantés à la messe, parfaitement incompréhensible. Pourquoi avoir ainsi torturé à mort un homme aussi bon, aussi exceptionnel ? Comment Jésus a-t-il pu consentir sans révolte à un pareil supplice, au nom de quelle rédemption ? Que veut dire ce mot difficile et qu’y avait-il à racheter ? Le « péché originel » ? Que signifie ce galimatias ?

L’obsession du salut, son calcul, ses voies tortueuses pour les chrétiens n’ont jamais pour moi été claires et je m’en débarrasse de bon cœur. Comme la chose en revanche semble évidente, et invitante dans le message de Bouddha ! Il est patent que nos attachements nous enlisent, nous aliènent ; qu’il semble reposant, face à ces statues, d’envisager ne serait-ce qu’un moment la voie inverse du détachement, du non-vouloir saisir, d’une volonté et d’un désir qui ne se fixent plus, d’une pensée qui ne rumine plus ?

La libération proposée par le bouddhisme n’implique aucune théologie, Bouddha n’est pas un dieu et son chemin est à la portée de chacun ; son éveil par étapes exige un rigoureux colloque avec soi-même, mais le surnaturel n’a pas lieu d’être, et le renoncement, la sobriété, une méditation soutenue peuvent, à chaque moment de notre vie, proposer une bifurcation et nous séduire. 

Nous sommes frappés, au cours de notre périple, par la gentillesse thaïe, par le sourire des gens ; nous visitons un pays hautement civilisé, ou de vieille culture. Il serait hasardeux sans doute de chercher une corrélation entre ce caractère et une éducation bouddhiste, cette religion n’engendre pas mécaniquement la non-violence et dans la proche Birmanie, ou voici quelques décennies dans la partie nord du Sri Lanka, des majorités bouddhistes ont infligé à leurs minorités de lourdes exactions ; il s’en faut que cette religion apporte à tous et partout la paix ! Mais le chemin de la fleur substitué au chemin de croix laisse songeur, et le choc reçu ici du bouddhisme mérite d’être médité. 

9 réponses à “À l’ombre des Bouddhas en fleurs”

  1. Avatar de Jean Claude
    Jean Claude

    Beau sujet de méditation, merci Daniel de ce regard. Découvre « Jésus Bouddha » un livre magnifique de partage de pratiques spirituelles écrit en lettres alternées par Dennis Gira et Fabrice Midal. Si le dualisme cartésien a coupé l’homme de la nature et a permis de générer une technoscience conquérante, la tendance s’inverse. La culture asiatique s’infiltre en douceur dans la civilisation occidentale grâce à des passeurs comme François Jullien ou Mathieu Ricard pour en citer deux. Aussi par des penseurs comme David Abram (Devenir animal) ou Jean Pierre Pierron « Je est un nous » qui s’éloignent de la vision dualiste occidentale. D’une façon sans doute plus brutale et économique, le monde oriental, la chine (mais pas que), la sortie du dualisme (opposer) par une autre façon de penser (apposer, hybrider) met en tension les concepts plutôt que de les opposer et va imposer vraisemblablement sa domination du monde. Jean Claude

  2. Avatar de Roxane
    Roxane

    Chers amis, bonjour !

    Avec un tel billet du randonneur et un si fin commentaire de Monsieur Jean-Claude, comment ne point essayer d’en dire quelque chose sur les erres enchantées de nos heureux voyageurs ?

    J’aime le titre proustien de ce billet qui nous rappelle le Goncourt mil neuf cent dix-neuf, précédant celui d’un instituteur du coin. Il n’y a, à ma connaissance, que René Girard pour mettre au singulier le mot fleur dans le titre du livre de Marcel Proust ( Voir Mensonge romantique et vérité romanesque, pages 283, 285).

    On ne peut donc parler de bouddhas en floraison. Soit.

    L’avis éclairé de Madame Anetchka sur ce singulier tractocapillaire serait ici le bienvenu.

    J’imagine notre couple français émerveillé, regardant la rivière Ping dans la vallée de Mac Kampong.

    Comment pourrait-il ne point penser à la fin d’une introduction générale, de notre ami, Monsieur Edgar Morin, branché sur ce que le Tao appelle l’Esprit de la vallée ?

    Comment ne point ressentir dans la transparence d’un matin, ce sentiment que « la vraie vie est ailleurs » quand dans ses lettres transposées « la rivière suit sa vallée » ?

    Ce billet est une leçon de choses pour le lecteur qui s’attache à la topographie proustienne qui fut, naguère, analysée par un médiologue bourguignon.

    Ce lieu qui fait lien, en sera-t-il question, les 16 et 17 décembre, à la Bibliothèque nationale, autour de Monsieur Régis Debray, dans un séminaire qui lui est consacré, organisé par un sénateur charentais, loin des redondances et des banalités à dormir sur son siège ? On verra bien.

    À des parsecs du sourire de là-bas, nos vies crucifiées par d’autres attitudes.

    Rien n’y fait, ni le contrepoint d’une écopoétique bachelardienne, apprécié par la journaliste d’origine tunisienne, auteur de « Reconquérir le sacré » et qui, demain soir, sur une chaîne de télévision de résistance, recevra l’auteur de « Populicide », écouté par tout un petit peuple qui en a par-dessus la tête de l’impéritie des élites au pouvoir.

    Le Christ, le Bouddha sont comme des fleurs, écrit Monsieur François Midal qui pose une question sur ce que c’est l’amour. Et de citer finalement M.R Rilke, comme de bien entendu !

    Très bien, mais comment, les amis, une fleur condensée en sourire, peut-elle devenir plénitude de fruit ?

    Il faut donner la réponse aux gens qui n’ont pas les moyens de dépenser des milliers d’euros pour aller méditer dans les séminaires, en position lotus, pour se donner le droit de rêver.

    Ulysse en Thaïlande sait que le « Je est un Nous », et le « Je et tu » une réciprocité.

    Et sonnent les cloches de Lisbonne ou de Bâle sans pourtant réveiller notre âme endormie.

    Rendons grâce au Dieu pantocrator, dit un agent de la révélation quantique, avec un point d’interrogation.

    L’un des grands des écoles qui l’a mis au monde nous donne son adresse électronique, celle de cet agent qui

    s’appelle ou se fait appeler Madame Marie Quantique.

    Et continuent les livres, les conférences et autres messages dans l’Ethernet.

    Plonger dans la Siloé et guérie notre cécité.

    Divine rédemption, selon Gaston Bachelard…

    En attendant Godot !

    Roxane

    Donné le jour de vigile de l’Immaculée conception

  3. Avatar de Aurore
    Aurore

    Bonjour !

    Oui, bien sûr, c’est un beau et bon billet…Qui peut dire le contraire ?

    Jean-Claude et Roxane s’en donnent à cœur joie et Anetchka l’érudite, reste pensive dans son coin du Sud.

    Dans un commentaire daté, je lis « L’immaculée conception », dogme proclamé le 8 décembre 1854 par le pape Pie IX dans la constitution apostolique Ineffabilis Deus.

    Je sais qu’on aime beaucoup les anagrammes en ce blogue et j’en ai une que j’ai vérifiée pour « L’immaculée conception ».

    Je laisse aux professionnels du divan qui la connaissent sans doute, le soin de nous la donner.

    Moi, je ne veux pas perdre ma place au supermarché, vous comprenez !

    Nos braves Jean-Claude et Roxane, intellectuels de profession, je n’en doute pas, seraient bien inspirés de nous instruire sur cette présence obombrante de l’esprit chez le Nobel Roger Penrose, par exemple, et ce que nous, pauvres gens du quotidien et du petit peuple silencieux qui reste chez lui, pouvons en retirer.

    Monsieur de Villiers que j’ai vu et écouté, hier, sur une chaîne TV de résistance s’est plu à citer Régis Debray pour donner du poids à sa manière de voir les choses.

    J’ai pensé à l’Armée des ombres du cinéma et à cette réplique de Louis Jouvet « Entrée des artistes » que j’ai trouvée ce même jour, en rentrant du boulot, sur mon vieil ordinateur, dans un message adressé par un physicien théoricien :

     » l’éternité ça n’a qu’un temps… »

    Laissons la mer allée avec le soleil et revenons au pays du sourire avec Odile et Daniel « où l’âme artiste » se déploie en arrangeant ses lettres pour y découvrir « Maître Lao-Tseu ».

    Sommes-nous si loin du temps où par ce même jeu de lettres transposées, on dira qu’avec « la foi en Notre-Dame » – « On a refait le monde » ?

    Nous sommes tous, pauvres humains, dans l’attente, mais de quoi, au juste ?

    Et tout à l’heure, à ma caisse, je penserai à Godot.

    Aurore la caissière

  4. Avatar de Anetchka
    Anetchka

    Le randonneur zigzaguant à l’ombre des Bouddhas en fleurs, cela fait rêver les Parisiens, même adeptes du Musée Guimet (dont je suis)…

    Jolie formule! Et la nuance entre singulier ou pluriel en français est amusante, comme s’interroge Roxane. « Jeune fille en fleur » pour la fillette fleurie (flower girl) , demoiselle d’honneur des cortège de mariés, fine fleur distinguée, beauté très juvénile un peu aristocratique? Et « jeunes filles en fleurs » (bien avant la « fleur de l’âge »!) façon Proust où le pluriel accentue bien le collectif de ces jeunes filles indivisiblement séduisantes pour l’auteur…

    Je n’oserai me risquer dans le comparatif si vaste du Bouddha serein face au Christ en croix, le laissant aux éminents spécialistes.

    Ce qui me frappe, c’est que le bouddhisme (une sagesse, et non une religion) ne repose pas, comme le christianisme, le judaïsme, et bien d’autres religions sur un mythe d’origine. D’ailleurs, pas de création du monde attestée, mais plutôt une vision cyclique (samsara), sans début ni fin, cycles de destruction et de récréations de l’univers (kalpas). Petit clin d’œil à Aurore qui évoque Penrose (il me semble que le physicien disait : « tout ne serait qu’un éternel recommencement » ) et qui cite le mot d’esprit (Penrose en est-il l’auteur?) : «  l’éternité, ça n’a qu’un temps »…

    De plus, pas de catastrophe initiale, dans le Bouddhisme, comme dans beaucoup de religions, avec des épisodes tels que la Chute, Caïn et Abel,
    la Crucifixion. Sans parler des tragédies intestines de la Bagavad Gîta.

    Pourtant le drame humain de la souffrance est bien au centre du Bouddhisme (dukkha), comme dans le christianisme, véritable catastrophe initiale. La manière de la surmonter ou de s’en libérer diffère, voilà tout. Chacun sa trajectoire dans le sacré de sa vision.

    Et pour revenir à la non-violence ( ahimsa) – idéal central consistant à s’abstenir à détruire tout être sensible- assortie de la compassion (karunā) et de l’amour bienveillant (mettā) comme dans la christianisme , et sa transgression évoquée par Daniel, oui, les faits sont là…

    Mais j’apporterai une nuance en faveur du bouddhisme. La violence offensive est exceptionnelle dans cette mouvance spirituelle. Elle a toujours été condamnée par les textes et non nombre d’autorités. Le concept de « guerre juste » n’existe pas. Alors la persécution anti -Royingyas de Birmanie – vus comme menace contre l’identité bouddhiste- a été une dérive bel et bien critiquée tant par les courants très stricts de la non-violence (Theravāda), que par les deux autres courants à l’interprétation pourtant plus flexible : le Mahāyāna, et le Vajrayāna aux divinités courroucées, (symboliques néanmoins). De plus, la violence majoritaire a été perpétrée par l’armée birmane, il ne faut pas l’oublier…

    Toujours est-il que certains moines zen Japonais ont soutenu l’effort de guerre durant la 2e GM, et au Sri-Lanka, des moines nationalistes ont parfois versé dans la violence contre les minorités…

    Mais si on regarde l’histoire longue, aucune comparaison avec les conversions forcées violentes, les crimes d’apostasie, et surtout les bains de sang de masse qui ont jalonné les siècles au nom de la religion, et qui n’ont pas cessé.

    La statue aux jambes croisées, talons vers le ciel, aux yeux en amande, et au sourire impénétrable peut tout de même continuer à fleurir..,

    Bonne fin de voyage exotique, cher Daniel!

  5. Avatar de Jacques
    Jacques

    Bonjour !

    Merci Anetchka pour ce florissant commentaire qui m’incite à me reporter à un numéro de la revue « Médium » consacré à « Matières à penser  » ou plus précisément à « Un Maître à penser » anagramme de « Un ami à présenter » pour lequel, par le même jeu de lettres « La matière » est « Ma réalité ». ( Numéro 48 consacré à François Dagognet, constellé de citations de Gaston Bachelard )

    À chacun ses éloges ! Voici les dernières lignes de celui de la fuite du Pr Henri Laborit :

    « À quelques temps de là, perçant le tapis bariolé dont il l’avait recouverte, on vit lentement poindre une tige qui s’orna bientôt d’une fleur. Mais il n’y avait plus personne pour la sentir.  »

    Ce biologiste qui a introduit dans la thérapeutique le premier tranquillisant n’a pas choisi les bouddhas en fleurs mais une foi avec une image, celle du Christ qui s’est construite en lui. Il cite Wiener et Costa de Beauregard mais n’oublie pas Marthe et Marie.

    De retour au bercail, notre randonneur exotique va découvrir notre réalité : des paysans qui se battent en Ariège pour ne pas voir abattre leurs troupeaux. Il y a ceux de droite et ceux de gauche, comme ils disent, brandissant ensemble le drapeau français en chantant la Marseillaise.

    Et une petite dame qui doit peser environ 50 kg toute mouillée, interrogée par des représentants de l’hémicycle bourbonien sur les comptes calamiteux de son entreprise publique où se trouve « France Culture » qui a dans ses lettres interverties « Le cancre du futur ». Faut dire que Madame Delphine Ernotte gagne 400.000 euros par an et ses courtisans du service public, roulent sur l’or avec moult privilèges, réceptions princières, vacances de luxe au bout du monde. N’en jetons plus, la coupe est pleine ! Mais qui paie ? Les contribuables dont beaucoup tirent le diable par la queue pour pouvoir acheter à manger à la fin du mois.

    Les cloches de Bâle et la rose pourpre du Caire ne changent rien à l’affaire et restent une image.

    La science ne sait pas guérir la dermatose des bovins donc on les tue ! Les paysans, on les élimine aussi mais autrement…Alors que faire ? Comment franchir le mur de l’argent et changer de peau ?

    Peut-être dans une science, celle de la conscience… Penrose, le Nobel, a t-il trouvé la « réponse » en toutes lettres dans son nom ?

    Monsieur Penrose, Madame Anetchka, avait 7 ans quand Monsieur Louis Jouvet prononçait sa célèbre réplique sur le temps dans « Entrée des artistes ».

    Je me souviens d’un jour de fin d’été. Régis Debray sur le bord d’une plate-forme à fumier, scrutant l’horizon sans mot dire, face aux prairies verdoyantes.

    Quels mots en écho devra-t-il ouïr, jeudi prochain, à la Bibliothèque nationale, pour qu’il retourne en son domicile eurélien, joyeux et confiant et non bougon et sceptique ?

    Une résonance qui aurait du chien, autrement dit un goût d’infini et d’éternité.

    On devrait alors écrire « résonnance » avec deux n, n’en déplaise au chat expert de l’intelligence artificielle.

    « n » comme symbole et ruban.

    Résonnance. On trouve cette graphie entre parenthèses dans un très bel article signifiant, Intitulé « À armes inégales », page 103 du numéro de la revue susmentionnée.

    À chacun son exil …pour aller danser !

    Jeudi prochain, à quatre-vingt lieues du site Richelieu, ce sera avec la bûche de Noël.

    Jacques

  6. Avatar de Aurore
    Aurore

    Bonsoir !

    Je comprends ou j’essaye de comprendre, cher Jacques, et je compatis.

    Peut-être aussi, savoir résister aux médias tout en gardant l’œil ouvert.

    Refuser de passer pour faire passer quelque chose…

    Vous avez dit Schibboleth ?

    Aurore

  7. Avatar de Anetchka
    Anetchka

    Merci, cher Jacques, de me rappeler à la chronologie : Penrose, en dépit de son génie, n’était tout de même pas un Winderkind émetteur du fameux mot d’esprit sur le temps (pardon Monsieur Jouvet!)

    Pour passer à votre remarque sur résonance / résonnance, voilà un cas de fluctuation orthographique, comme il en subsiste en français. De longue date déjà, pour le verbe: resoner au XIIe s, resonner au XVIe alors que le latin n’a pas de géminée: resonare. A croire que « renvoyer des sons, répéter en écho » aurait entraîné une forme expressive iconique avec redoublement de la consonne? Mais consonance, assonance avec un seul n aurait par analogie exercé une force attractive contraire vers un seul n. Les fluctuations gardent leur mystère…

    En guise de résonance, c’est plutôt un coup de gong que notre randonneur exotique a dû en effet recevoir en rentrant dans l’Hexagone. Après les éléphants chéris du pays Thaï, voici l’hécatombe sur le plancher des vaches, et leur « dépeuplement, selon l’euphémisme langue de bois des petits hommes gris. Les paysans quitteront -ils le paysage et le païs, à leur tour, dans un « infini temporel futur » pour parler dans le langage (hermétique et poétique aux oreilles du profane) de Penrose, Schwartzchild et consort ?

    Et puisque Henri Laborit, médecin anesthésiste et philosophe – né à Hanoï- a été évoqué poétiquement par Jacques, à propos de la tige perçant le tapis et fleurissant inopinément , renchérissons par sa phrase précédente: « Les plantes et les fleurs asphyxiaient, les espèces disparurent et l’homme se retrouva seul au monde. Il se dressa orgueilleusement, face au soleil, trônant sur ses déchets et sur ses oiseaux morts »…

    Comme nous entrons demain dans la Fête des Lumières et approchons de Noël, restons malgré tout sur des résonnances harmoniques et chassons dissonances et cacophonies …

  8. Avatar de M
    M

    Merci chère Madame Anetchka pour ce fin commentaire qui invite, incite aux aurores à réfléchir une suite enchantée.

    Vous avez raison et en plein accord avec Littré, j’écris résonnance avec deux n.

    «  »De sa douce voix la tendre résonnance Me rappelle à moi-même et me montre Laurence », Lamartine, Joc. III, 115″

    Régis Debray a vu juste dans son article « À armes inégales » en écrivant le mot avec les deux bosses du chameau.

    Icelui va nous parler de l’image dans quelques heures à la BN, autrement dit de « magie », anagramme du mot « image ».

    Il y a dix ans à peine, il attendait des échos de sa parole dans le vide…

    Le séminaire qui lui est consacré orra-t-il celle du chercheur d’or qui ne répugne pas à affronter la petite bête en mettant les pieds dans la boue ?

    Notre randonneur, si loin des caudataires, sera là, j’en suis sûr, pour dire justement son mot, un mot de passage, celui du livre des juges d’un testament ancien.

    À cent lieues de l’aréopage de nos estimés médiologues, en province où l’on danse autour de la bûche de Noël, je penserai à n’en point douter à ces trois mots gravés des physiciens préférés de la reine de la fête des lumières, la fée Dragée des commentaires du présent blogue.

    Je suis sûr qu’elle sera là, sur la piste, autrement dit chez « Temporel » où la chanson « l’emporte ».

    Oui, Messieurs dames, il faut lire et relire « L’espérance folle » de l’ingénieur-chanteur pour y découvrir les secrets du bal.

    « L’espérance » a dans ses lettres « la présence ».

    Bonnes lectures.

    M

  9. Avatar de Anetchka
    Anetchka

    En cet Adagio de l’hiver, le scintillement des anagrammes et des petites énigmes du jongleur de mots top one du blogue apporte un peu d’allégresse!

    Magie Image
    L’espérance La présence [et l’espérance folle de Guy Béart]
    (Chez) Temporel (où la chanson l’emporte.
    Il ne reste qu’à chanter et danser sur la neige…

    Quant au « mot de passage d’un testament ancien » : Shibboleth ! Attention à la « paire minimale » fatale Sibboleth…

    Et vive « l’infini temporel futur » d’un certain physicien poète !

Répondre à Roxane Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

À propos de ce blog

  • Ce blog pour y consigner mes impressions de lecteur, de spectateur et de « citoyen concerné ». Souvent ému par des œuvres ou des auteurs qui passent inaperçus, ou que j’aurai plaisir à défendre ; assez souvent aussi indigné par le bruit médiatique entretenu autour d’œuvres médiocres, ou de baudruches que je…

    Lire la suite

À propos de l’auteur

  • Daniel Bougnoux, professeur émérite à l’Université Stendhal de Grenoble, est ancien élève de l’ENS et agrégé de philosophie. Il a enseigné la littérature, puis les sciences de la communication, disciplines dans lesquelles il a publié une douzaine d’ouvrages.

    Lire la suite

Les derniers commentaires

  1. Petite précision lexicale. Le dictionnaire « Littré » est très clair. Les locutions prépositive et adverbiale « au delà » ne prennent pas le…

  2. N’étant pas une littéraire, j’ose une simple incise linguistique, dans ce blogue préambule à la réunion prochaine, qui soulève tant…

Articles des plus populaires