Milliers de petits cœurs battants

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Le film de Vincent Munier couronné aux Césars, Le Chant des forêts, se présente comme une quête des « milliers de petits cœurs battants » qui attendent le visiteur au cœur des forêts vosgiennes, pourvu qu’il ait la patience d’attendre et surtout d’entendre, de discerner. La bande image est en effet des plus sombres, un camaïeu de ténèbres où se faufile, à la faveur d’un son, une silhouette furtive ; un décor fondu au noir, où nous nous tenons durant une heure trente immergés, conduits par la voix chuchotée ou le geste du grand-père, qui désigne à son petit-fils Simon le passage d’un rongeur, d’un oiseau…

Que de ruses, de précautions, de respect dans l’approche d’une bio-diversité en voie d’extinction il faut à nos deux explorateurs pour extraire de cette mêlée confuse une image reconnaissable, ou l’enregistrement d’un cri ! Ce film nous immerge dans un humus moite, une tapisserie de plumages ou de fourrures frôlés et de murmures, un marécage grouillant de vies abritées dans les troncs pourrissants des arbres, ou entre leurs racines ; à la recherche du grand Tétras, disparu de nos Vosges mais qu’ils retrouveront dans les marais de Norvège, nos deux chasseurs d’images et de sons s’émerveillent devant la débordante diversité des niches animales, tout ce qu’une forêt abrite de désirs, d’appétits tenaces ou de frayeurs obscures – devant les cycles sans fin des morts et des régénérations…

Nous demeurons avec ce film roulés dans l’obscur, au plus près d’une vie qui est partout, qui nous dépasse infiniment ou nous remet à notre place : que serions-nous, existerions-nous seulement sans cette énorme force de digestion des forêts, ce bariolé des espèces, ces échanges nourriciers, ces alternances d’extinctions et de résurrections ? Il est très émouvant de voir une chouette nous fixer depuis son trou dans le fût d’un arbre, de suivre au ciel le passage d’un vol ou plutôt d’une voile d’étourneaux, que d’énergies brassées, déployées à notre insu pour entretenir cet humus frémissant où le jeune Simon enfonce ses jambes ou ses mains !  Car cet humus est comme le fonds ou le foncier d’où nous-mêmes tirons notre humanité, les mots l’attestent ; par cet humus, où nous retournerons, nous cousinons avec la généalogie obscure des espèces, que ce film nous fait toucher du doigt.

La quête du grand Tétras, poursuivi jusqu’en Norvège, n’était pas vaine et c’est lui qui, d’abord saisi de biais ou dans le fondu obscur des arbres, finit par se détacher sur l’écran et y paraître en majesté, avec son cri rauque, son tintement de grelot ; le réchauffement climatique a chassé de France cette espèce, qu’il faut désormais chercher plus au nord. Cette leçon du film m’a surpris car nous avons ici à Chamrousse, quand on emprunte les chemins qui mènent au lac Achard, un espace protégé qui leur est réservé pour leur hivernage, et leur reproduction. Des panneaux nous enseignent la forme et les mœurs du gros oiseau, des rubans de couleur délimitent sa zone de confort. Mais je n’y ai jamais croisé de Tétras, malgré nos efforts pour l’apercevoir, et nous avons même protesté contre l’élargissement d’une piste de quads ou de motoneiges, qui labourent bruyamment ces arpents de neige au mépris de toute vie animale. 

Le film de Vincent Munier fera-t-il reculer les moteurs, pour rendre à nos forêts un peu de leur respiration ? Son plaidoyer en direction de tous ces petits cœurs qui battent à l’unisson du nôtre, à notre insu, sans que nous les remarquions, nous touche à l’intime, et ranime de très anciennes solidarités : à nous de protéger, de chérir ces sombres forêts, ces espaces dits sauvages qui, en retour, nous protègent.

P.S. Le nom de Munier me disant quelque chose, j’ai rouvert pour le retrouver le numéro 18/19 de la revue Silex, intitulé « La sensibilité écologique » daté du quatrième trimestre 1980, que je dirigeais alors. Non sans émotion, page 61, je tombe en effet sur une reproduction d’un tableau de Hubert Munier, intitulé Le grand pin contemplant la plaine, 1978, peinture 130 x 190, collection H. Bermay Paris. Un peintre qui serait le père ou le parent de Vincent Munier ? Je me souviens avoir échangé avec lui une correspondance riche de sympathies – quarante-six années ont passé, où retrouver tout ceci aujourd’hui ?                             

20 réponses à “Milliers de petits cœurs battants”

  1. Avatar de Dominique
    Dominique

    Chers amis citadins se rapprochant de la nature, bonsoir !

    Des films, des livres, documentaires, émissions à la mode et tutti quanti, ma foi pourquoi pas ?

    Pour goûter « l’humeur » des choses de la nature, c’est sans doute une autre histoire.

    S’aventurer vers les cimes avec toute l’armada en sachant que le soir venu, la chambre louée à prix d’or vous attend en bas des pistes, c’est bien pour les gens amoureux de la nature qui ont les moyens de financer l’escapade.

    Mais le touriste de la montagne et des forêts n’est pas un paysan si tant est qu’il en restât, en contact journalier avec la nature et qui fait corps avec elle.

    L’autre jour, un professeur émérite et très actif, fumant sa pipe sur les bords de la Saône, me disait que son oncle dans les années sixties, féru des concours organisés par « Le progrès de Lyon », passait des heures à regarder la photographie d’un coq de bruyère pour savoir si c’était un grand tétras ou un un tétras-lyre.

    À des parsecs des paysans du « salon de la terre », nos intellectuels qui vont caresser le museau de Marguerite dans les allées dorées du salon de l’agriculture ! Oui, sans nulle conteste, il y a une distance, mais est-elle vraiment infranchissable ? Quel oiseau de basse-cour peut aimer une pendule sur le plancher des vaches ? Je parle de ces petits cœurs battants, au diapason d’un temps déployé enraciné dans les jardins du ciel; de ce je dans le nouage où parle la nature. Enquête écobiographique d’un côté et de l’autre en quête d’un petit bon heur…Quid de telles accordailles, sur les sentes escarpées de la vie ?

    Que savent-ils ce cette nature ou surnature, tous ces beaux parleurs des mille plateaux qui n’ont oncques fait pousser le moindre radis, dans un petit coin de terre de France ou d’ailleurs ? Les petits cœurs battants, hauts en couleur, de la galerie d’art d’Émile Munier, nous transportent et nous enchantent dans un temps qui revient.

    Oui, sur le grand lac enneigé de l’inconscient, on aimerait tant que les pleurs des oiseaux-lyres se changent en larmes de joie.

    Sait-on jamais !

    Dominique

    1. Avatar de Daniel Bougnoux
      Daniel Bougnoux

      Dominique, votre commentaire a une tonalité désagréable, pourquoi brocarder ceux qui découvriront à travers ce film à quel point l’approche de la nature est difficile, patiente, savante, exigeante… L’écran noir de ce film tranche sur la production courante, comment s’orienter dans l’image ? Dans la bande-son ? Nous partageons avec Vincent et Simon les épreuves d’une expédition un peu initiatique, nous touchons au point très sensible de notre implication dans les phénomènes, comment rejoindre ce monde grouillant et pourtant furtif, insaisissable, comment nous placer à la bonne distance, ni dans l’intrusion prédatrice ni dans l’indifférence ? Le public de la salle où je me trouvais a applaudi à la fin de la séance, signe que « Le Chant des furèts » n’est pas un film inutile…

  2. Avatar de M
    M

    Bonsoir !

    Beau billet.

    Qui a dit que la vie est plus belle, mais seul le cinéma parvient à le montrer ?

    Un érudit nous l’apprendra sans doute. Une heure trente-six de contemplation poétique, vivante, quasiment initiatique où le geste du réalisateur se fiance à la nature pour y développer sa nuance.

    Persuasif au point de susciter chez petite poucette, le désir de faire une balade en forêt pour s’y retrouver sans écran à tapoter ?

    Le chef d’œuvre de l’artiste, grâce suffisante pour la « génération Simon », invitée délicatement à franchir le pas ?

    Peut-être…L’avenir nous le dira.

    Je me souviens de ce département des Vosges et de ces échanges épistolaires avec le directeur départemental de la Direction départementale de l’Agriculture et de la Forêt. Il me parlait du loup, celui d’Alfred de Vigny, mais pas seulement…Il y avait aussi Newton et l’Apôtre Paul. C’était dans les années nonante et les paysans s’en allaient…

    Daniel, peut-on vraiment dissocier nature et culture, le mythe et l’histoire ?

    « Il court, il court le furet, le furet du bois, Mesdames, il court, il court, le furet, le furet du bois joli  » Et M.Serres dans ses « Banquets nocturnes » de poser la question : « Quel est cet objet, le furet ?

    Un chant, peut-être, celui des furets…dans la forêt vivante qui berce la forêt future.

    M

  3. Avatar de Aurore
    Aurore

    Bonsoir !

    En cette fin de semaine quadragésimale, je relis ce billet important et les commentaires.

    Je peux comprendre les réserves de Dominique qui me fait penser à un documentaire, très bien fait, haut en couleur, où l’émotion est de mise. C’est un film d’un jeune homme qui met en scène son grand-père dans sa vie quotidienne de paysan, en milieu agricole et rural. Ce film a été vu et revu par des milliers de personnes du cru.

    Des gestes, des mots, des silences, des peines qui se lisent sur les visages…On compatit, cela va de soi !

    Le rideau sur l’écran tombé restent la vie et ses réalités…Le brave homme ne dit mot mais il sait bien que tout ça, c’est du cinéma et que ça ne va rien changer à sa vie et, dans son coin, caméra éteinte, il reste triste et fatigué.

    Son petit-fils qui vit à Paris vient le voir, en vitesse, une fois par an.

    Lire en filigrane ce qui se donne à voir et comprendre peut-être…Un mal profond, le mal qui répand la terreur, le mal de l’âme.

    M…qui cite Michel Serres va bondir et j’anticipe sa réaction : »Ton âme, la caissière, c’est du vent ! »

    Peut-être, mais quand le zéphyr se prend dans une petite harpe éolienne, que savons-nous de sa composition ?

    Le billet du maître nous oriente dans l’univers des atomes discrets où la pensée chante, à l’écoute des sonorités des êtres et des choses.

    Et pourtant, ici-bas, grondent le bruit et la fureur sur le champ de « Mars » et « Vénus » laisse faire…

    Écrite à Potsdam, le 30 juillet 1932, la lettre de celui dont les lettres transposées de ses prénom et nom montrent que « Rien n’est établi » à celui censé « décoder le futur » qui, par ce même jeu lexical, fait apparaître « Le docteur Freud », ne nous a pas, hélas, délivrés du mal.

    Vers quelle pharmacie, nous dirigerait J-F R, si cette même lettre lui serait, ce jour, destinée ?

    Pour l’heure, autant rêver d’une île mystérieuse habitée par un tétras, « gros comme une poule, et dont la chair vaut celle de la gélinotte ».

    Mais pour l’attraper, c’est un autre beau roman, une autre belle histoire, palsambleu !

    Et la Norvège, c’est loin, à dos d’âne.

    Bonne nuit

    Aurore la caissière

    1. Avatar de Annouchka
      Annouchka

      Non, ce n’est pas le film d’un petit-fils censé rendre visite à son grand-père une fois l’an ! C’est le travail d’un professionnel de la photographie formé par son père, lequel devient le protagoniste de son film avec Simon le petit-fils et donc troisième de la génération. Amoureux de cette nature qu’il arpente au quotidien, le réalisateur prête son regard d’initié au spectateur et lui communique ses angoisses, ses appréhensions et ses émotions lorsqu’il réussit à pénétrer l’intimité de ce que nous ne savons pas voir. Ce n’est pas un coup de pub, une chronique occasionnelle ou autre accroche-cœur pour divertir d’un monde trop matérialiste et démoralisant. Les images ne vendent pas du rêve mais invitent à réagir pour attraper ce qui reste encore à notre portée avant sa disparition annoncée et que nous négligeons en lui tournant le dos. C’est une invite à saisir l’accessible et si cela passe par le rêve, après tout, pourquoi pas ???

      1. Avatar de Daniel Bougnoux
        Daniel Bougnoux

        Splendide protestation, bravo Annouchka ! (à ne pas confondre avec Annetchka, qui va sûrement intervenir…)

  4. Avatar de Kalmia
    Kalmia

    Bonsoir, chers amis de si loin !

    Oui, j’espère, que notre « Nils » du blogue va bientôt intervenir pour nous parler du droit de rêver, en linguiste qui sait des choses.

    J’apprécie le commentaire, tout empreint de justesse de Madame Annouchka.

    Quelque part, elle apporte de l’eau à mon « moulin » , un moulin sans oripeaux culturels.

    On aimerait l’entendre au fin fond de la France profonde, quelque part, à l’abri des caméras, nous parler de la technique « image » anagramme du mot « magie » en capacité de donner du corps à nos rêves.

    Bien sûr, sans déroger à l’inévitable question : « Annouchka, croyez-vous vraiment, au tréfonds de votre être, que « Sambizanga » a changé quelque chose dans la brousse angolaise ? »

    Au delà sans doute, un autre questionnement pour une impossible réponse…

    « Impossible » n’est pas français, dit-on !

    Bonne soirée

    Kalmia

  5. Avatar de Anetchka
    Anetchka

    Tiens, je réagis de façon pavlovienne à l’apparition d’Annouchka (avec 2 n!), autre sobriquet sans géminée que l’on m’accorde depuis l’enfance…

    J’ai vu ce film simili documentaire à sa sortie, cher Daniel, et je l’ai immédiatement associé à celui de Microcosmos, le Peuple de l’herbe, si poétique …On y rêve un peu, certes, on reçoit le message écologique aussi, et on s’attendrit sur la douce relation entre grand-père et petit-fils, transmission éternelle entre générations.

    Mais rien ne surpassera à mes yeux la magie littéraire du chef d’œuvre de Tourgueniev, Mémoires d’un chasseur, qui a ressurgi aussitôt lors du visionnage.

    Ce formidable écrivain, ethnobotaniste, ethnozoologue avant la lettre, ayant sillonné la vaste Russie, réconcilie les deux versants évoqués par Dominique: il vit au long cours dans sa chair la nature, sa flore et sa faune, l’observe comme un entomologiste le décrit comme nul autre, et l’aime passionnément. Il rencontre les paysans, les chasseurs, les pêcheurs, tout un monde. Je cite le préfacier au nom prédestiné, Pierre Moinot (tiens tiens, une certaine homophonie avec Munier) :

    « Tourgueniev est un voyeuriste. Il est à l’affût d’un gibier inlassablement guetté, scruté, examiné: sa propre espèce. Dans cette sorte de chasse, le fusil et la gibecière qu’il promène deviennent des alibis pour aller n’importe où, s’approcher du premier être rencontré au hasard des bois, frapper à la première porte venue. Tourgueniev entre en chasse. Témoin discret, visiteur furtif, il se glisse près des feux de nuit dans les champs, sur un banc reculé dans un coin d’auberge, il s’assied sans mot dire près d’un groupe de pêcheurs, ou relance d’une réplique un paysan qui raconte sa vie. Il aime surprendre la vérité des êtres qui se croient seuls, ou presque seuls (…). Il est « tous yeux tous oreilles ».

    Je poursuis avec tout petit extrait du chapitre VIII « Le pré Béjine », qui fait écho aux scènes le plus souvent nocturnes du film :

    « Je m’engageais à droite à travers les taillis. Entre-temps la nuit arrivait, progressant comme une nuée d’orage ; l’obscurité semblait surgir de toutes parts avec les vapeurs du soir, et même tomber du haut du ciel. Je trouvai enfin un sentier envahi par les herbes; je m’y engageai avec précaution. L’ombre et le silence allaient croissants; seul le cri des cailles s’élevait encore par intervalles. Un petit oiseau de nuit, au vol bas et silencieux, me frôla presque de ses ailes et se rejeta de côté tout effrayé. (…) Ce que j’avais pris pour un bois se révéla un sombre mamelon. « Mais où suis-je donc ? « m’écriai-je? …

    À travers 564 pages magnifiques écrites en 1849, et un nombre impressionnant de notes, l’auteur prend ainsi congé de nous, lecteurs :

    « Mais il est temps de finir. J’ai parlé fort à propos du printemps…Au printemps, les séparations sont faciles; au printemps, les gens les plus heureux aspirent aux rives lointaines… Adieu lecteur; je vous souhaite un bonheur éternel. »

    Quel beau Sacre du Printemps, n’est-ce pas?

  6. Avatar de Anetchka
    Anetchka

    Tiens, je réagis de façon pavlovienne à l’apparition d’Annouchka (avec 2 n!), autre sobriquet sans géminée que l’on m’accorde depuis l’enfance…

    J’ai vu ce film simili documentaire à sa sortie, cher Daniel, et je l’ai immédiatement associé à celui de Microcosmos, le Peuple de l’herbe…On y rêve un peu, certes, on reçoit le message écologique aussi, et on s’attendrit sur la douce relation entre un grand-père et son petit-fils, éternelle transmission entre générations.

    Mais rien ne surpassera à mes yeux la magie littéraire du chef d’œuvre de Tourgueniev, Mémoires d’un chasseur, qui a ressurgi aussitôt lors du visionnage.

    Ce formidable écrivain, ethnobotaniste, ethnozoologue avant la lettre, ayant sillonné la vaste Russie, réconcilie les deux versants évoqués par Dominique: il vit au long cours dans sa chair la nature, sa flore et sa faune, l’observe comme un entomologiste et le décrit comme nul autre, et l’aime passionnément. Il rencontre les paysans, les chasseurs, les pêcheurs, tout un monde. Je cite le préfacier au nom prédestiné, Pierre Moinot (tiens tiens, une certaine homophonie avec Munier):

    « Tourgueniev est un voyeuriste. Il est à l’affût d’un gibier inlassablement guetté, scruté, examiné: sa propre espèce. Dans cette sorte de chasse, le fusil et la gibecière qu’il promène deviennent des alibis pour aller n’importe où, s’approcher du premier être rencontré au hasard des bois, frapper à la première porte venue. Tourgueniev entre en chasse. Témoin discret, visiteur furtif, il se glisse près des feux de nuit dans les champs, sur un banc reculé dans un coin d’auberge, il s’assied sans mot dire près d’un groupe de pêcheurs, ou relance d’une réplique un paysan qui raconte sa vie. Il aime surprendre la vérité des êtres qui se croient seuls, ou presque seuls(…). Il est « tous yeux tous oreilles ».

    Je poursuis avec tout petit extrait du chapitre « Le pré Béjine », qui fait écho aux scènes le plus souvent nocturnes du film:

    « Je m’engageais à droite à travers les taillis. Entre-temps la nuit arrivait, progressant comme une nuée d’orage ; l’obscurité semblait surgir de toutes parts avec les vapeurs du soir, et même tomber du haut du ciel. Je trouvai enfin un sentier envahi par les herbes ; je m’y engageai avec précaution. L’ombre et le silence allaient croissants; seul le cri des cailles s’élevait encore par intervalles. Un petit oiseau de nuit, au vol bas et silencieux, me frôla presque de ses ailes et se rejeta de côté tout effrayé. (…) Ce que j’avais pris pour un bois se révéla un sombre mamelon. « Mais où suis-je donc ? « m’écriai-je. (..,) Je m’engageais à droite à travers les taillis. Entre-temps, la nuit arrivait, progressant comme une nuée d’orage; l’obscurité semblait surgir de toutes parts avec les vapeurs du soir, et même tomber du haut du ciel. Je trouvai enfin un sentier envahi par les herbes ; je m’y engageais avec précaution. L’ombre et le silence allaient croissant ; seul le cri des cailles s’élevait encore par intervalles. Un petit oiseau de nuit, au vol bas et silencieux, me frôla presque de ses souples ailes et se rejeta de côté tout effrayé. »

    Après 564 magnifiques pages de récit écrit en 1849, ainsi qu’un nombre impressionnant de notes, l’auteur prend ainsi congé de nous, lecteurs :

    « Mais il est temps de finir. J’ai parlé fort à propos du printemps…Au printemps, les séparations sont faciles; au printemps, les gens les plus heureux aspirent aux rives lointaines…Adieu lecteur; je vous souhaite un bonheur éternel. « 

    Quel beau Sacre du Printemps, n’est -ce pas?

  7. Avatar de Jacques
    Jacques

    Bonsoir !

    Formidable commentaire d’Anetchka, qui invite, incite à la méditation.

    Je pense à la poésie « Le villageois qui médite » écrite le 9 de l’aprilée mil huit cent trente-sept, à Moscou, par Alexis Koltzov.
    Ah, les mystères de la solitude !

    J’ai conservé une très belle lettre manuscrite du préfacier des « Mémoires d’un chasseur ».

    Une médiathèque du département où il est né porte son nom dans une ville peu appréciée de Michel Houellebecq.

    J’ai quelque remembrance de l’émission « Radioscopie » de Jacques Chancel. Le chanteur Dave, son invité, parlait de la difficulté de communiquer vraiment avec les gens.

    « J’aimerais m’arrêter sur le bord d’une route et de parler avec un paysan, toucher la vraie nature des êtres par le contact simple, si loin des considérations intellectuelles des gens conditionnés par les médias et l’école »

    C’est à peu près ce qu’il a dit ou ce qu’il a voulu dire.

    Imaginons l’artiste, de retour de gala, rencontrant par hasard un paysan du cru, qui descend de son tracteur et le salue, à l’entrée du champ. L’homme de la terre lui demande de l’instruire sur l’origine hébraïque de « Vanina » et de lui raconter un amour de Swann.

    Chose aussi improbable que la rencontre d’un loup-garou sur le bord de la route.

    Mais que savons-nous réellement de l’improbable, à part les essais savants qui chassent la petite bête, comme on dirait d’un rare gibier ?

    Je retiens le finale haut en couleur du commentaire illuminé par « Le sacre du printemps » dont les lettres transposées appellent un chant nouveau « empli de purs nectars » là où les faiseurs d’anagrammes entendent dans le vacarme, les « cris d’un temple épars ».

    Dès que le printemps revient, on rêve d’une suite…enchantée.

    Jacques

  8. Avatar de Anetchka
    Anetchka

    Merci à Jacques pour cette belle entrée en résonance, et bravo pour les virtuoses anagrammes consacrant Le Sacre du Printemps!

    En quittant Stravinsky, (et Tourgueniev), et revenant près de chez nous, quel musicien Français consacre-t-il les chants d’oiseaux du monde en une partition d’orchestre éblouissante, (dédiée à la mémoire d’un ornithologue) tout en l’associant aux grandes valeurs spirituelles et aux états d’âme si humains sinon Olivier Messiaen?

    Son monde, associé à son tour du monde, ce sont le chocard des Alpes, le courlis cendré, le traquet stapazin, l’alouette lulu, la chouette hulotte, le cossyphe de Heuglin, l’hypolaïs polyglotte…
    Constantes inventions de ce compositeur- randonneur qui incitait ses musiciens aux promenades en forêt au printemps, dès potron-minet. Partitions truffées de trilles, d’accents, de glissando, d’annotations du type « sonorité pincée », « « suppliant », « miaulement féroce », « un peu irrité », ou d’onomatopées diverses. On découvre ici un chant de la nuit, là un solo de rossignol, un babillage d’oiseaux au gai dialogue, un réveil de huppe, pic-vert, rouge-gorge, moineau, une « joyeuse cacophonie » pour accueillir religieusement le lever du soleil…
    La formidable vitalité de cette écoute et de sa restitution métamorphosée, fait dire à Messiaen, mi-malicieux mi-authentique: « Dès que j’entends un chant d’oiseau, je récupère mes forces et j’oublie mes soucis. Je peux être mourant, si j’entends un chant d’oiseaux, je suis guéri ! »

    Ce qui me fait revenir en écho vers la littérature russe, encore. Car la forêt-refuge, forêt-miroir, forêt mystère et forêt -mystique s’étend au delà de Tourgueniev : Tchekhov, Dostoïevski, Tolstoï. Pour ce dernier notamment, loin d’être un décor, la forêt est un personnage à part entière, doté d’une âme, d’une mémoire, d’une sagesse et d’une dimension spirituelle et symbolique. L’auteur qui lui porte, lui aussi, une attention quasi-scientifique, la manifeste à travers des héros clés tels qu’Olénine (dans Les Cosaques) découvrant la forêt du Caucase, espace de transformation intérieure, ou Pierre Bezoukhov (Guerre et Paix) en proie à des doutes existentiels, errant dans une forêt de chênes centenaires, entre obscurité et révélation. « Même ces sons ne rompaient pas le silence; ils en faisaient partie, comme le battement d’un cœur [écho au titre du blog] dans la poitrine d’un homme endormi. (…). « Les arbres ne jugeaient pas, poursuit l’auteur, n’espéraient pas, ne désespéraient pas, ils étaient. Et cette simple existence lui apparut soudain comme une réponse, bien que mystérieuse, à toutes ses interrogations ».

    Et comme dans un leitmotiv Tolstoïen, on pense à la scène de Lévine, en proie à des doutes sur le sens de la vie, qui trouve un apaisement dans la fameuse forêt de bouleaux (Anna Karénine), «claire et lumineuse comme un temple aux colonnes d’argent » où le lecteur découvre l’infinie délicatesse et subtilité le des chants d’oiseaux : fauvettes, rouge-gorges, mésanges, pic-verts, geais, symphonie désordonnée et parfaite ». Il découvre encore les insectes stridulant, le chevreuil surpris par le promeneur. « Levine sentit son cœur se serrer. Ce n’était pas la peur, mais une émotion plus profonde, presque religieuse: la certitude que cette forêt, ces animaux, cette lumière existaient indépendamment de lui, de ses doutes, de ses petits bonheurs et de ses chagrins. Ils étaient là avant lui, ils seraient là après lui. Et cette pensée, au lieu de l’attrister, lui apporta une étrange consolation. »

    En guise de point d’orgue sylvestre…

  9. Avatar de Roxane
    Roxane

    Bonsoir amis du blogue !

    Un point d’orgue sylvestre, certes, un point d’orgue comme un relais dans un état d’âme, qui est une forêt précise Gaston Bachelard.

    Pour m’y retrouver comme je peux, je suis allé chercher une publication que j’ai conservée dans un grenier.

    Le n° 1941 (24 février 1984) de « France Catholique Ecclesia » où deux pages (16 et 17) sont consacrées à

    Olivier Messiaen dans les hymnes et les chants d’oiseaux. Mme Anetchka a tout dit merveilleusement bien.

    Ajouter des citations n’apporterait rien de nouveau.

    J’ai dans la tête ces mots d’Alexandre Pouchkine : »En pays étranger fidèle au vieil usage, j’ouvre aujourd’hui la cage à cet oiseau léger »

    Ce sont des écrivains qui parlent, des gens de lettres qui font des livres. Ont-ils ce rapport journalier, singulier, à une terre qui colle à la peau ? On sait la réponse.

    Là où il n’y a plus de lapins, de lièvres, de chardonnerets, de mésanges, de perdrix rouges, les hardes de sangliers qui vermillent défoncent les pacages et c’est presque général dans nos campagnes.

    En tel contexte, quel rapport discret existant avec la plume qui chante ?

    Comment dire ce « quelque chose » qui semble tenir d’une paradoxale stratégie entre êtres vivants?

    Comment exprimer cette ouverture quasi scientifique ou scientifique, ce geste libre, sans pouvoir apporter une explication ? Je ne sais.

    Juste rêver d’une petite lumière en la sombre forêt des mille et un petits cœurs battants.

    J’ai décidé d’y croire dans le maquis des intuitions raisonnées.

    Bonne nuit

    Roxane

  10. Avatar de Anetchka
    Anetchka

    Ces vers de Pouchkine, du célèbre poème Ptitchka « L’oiseau-prophète », merci de le rappeler, Roxane…Avec cette connotation d’espoir au milieu des tourments, que l’on retrouve chez les auteurs Russes évoqués plus haut…Le poète en exil forcé dans les contrées moldaves ayant le mal du pays, se référant peut-être au phénix et à la libération de ses idées….

    Votre questionnement est joliment formulé, sur le lien ténu entre « la plume qui chante » et le « contexte » des lapins, lièvres » ayant détalé, « chardonnerets et autres perdrix rouges envolés » désertant maintes terres au profit de « hordes de sangliers qui vermillent, défoncent les pacages de nos campagnes ». Bref que peut encore chanter un barde au cœur de cette dérégulation dans la chaîne des espèces, et pour les très pessimistes, au beau milieu d’une prochaine extinction des espèces annoncée ? Eh bien que le barde chante tout simplement, sur le mode « encore une minute monsieur le bourreau », comme les violonistes sur le pont du Titanic, avec brio nostalgique…Que peut-il faire d’autre?

    Un astrophysicien émettait, avec un brin de recul ironique, voilà une quinzaine d’années (« Terre et Cosmos », en référence à l’un de ses propres livres en co-auteurs) certaines réflexions à l’adresse de « tous les prophètes de malheur qui tous les cinq ans nous annoncent une nouvelle fin du monde et ceux qui les croient ». Il rappelait les « 15 vagues d’extinction majeures [sur la planète] dont 5 détruisirent plus de la moitié des espèces vivantes » et ce que l’on sait de leurs causalités, volcanisme, collisions avec des astéroïdes ou comètes, et autres plaies et calamités. A la question comment s’en protéger? il répondait par quelques scientifiques stratégies d’évitement dans l’ordre du possible, en prévention à long terme. Mais par une pirouette, il indiquait au passage que les prophètes de malheur
    « commettent une erreur partagée par la plupart des joueurs de Loto: ils surestiment énormément les probabilités » (Didier Jamet & Fabrice Mottez, 2012, Scénarios pour une fin du monde, Belin, Pour la Science)

    La voie semble encore libre pour les poètes, musiciens et peintres pour nous émerveiller en sillonnant les forêts du monde, et faire chanter les oiseaux, d’ici les calamités. Au gré des « estimations basses de 500 millions d’années, ou les estimations hautes de 1, 5 milliards d’années qui nous laissent plus de répit », avant que de « rôtir sous un Soleil devenu géant », ou plus probablement « bien avant, par cuisson à la vapeur » [évaporation des mers sous circa mille degrés ] !!

  11. Avatar de Jacques
    Jacques

    Bonsoir !

    Il fait froid de dehors où souffle une bise d’hiver à l’approche du printemps.

    Le poêle à bois, en cette chambre, prodigue doucement sa chaleur.

    J’avoue que le commentaire de Roxane me laisse perplexe et je demande des éclaircissements, si c’est possible.

    Je ne mets pas en doute nos relations par capillarités secrètes avec la nature, mais qu’en est-il vraiment ?

    Je me suis plu à relire un texte que l’auteur, Monsieur Jean-Philippe Pierron a bien voulu m’envoyer, intitulé :

    « Merleau-Ponty/Bachelard : La grande vertu de l’imagination dynamique verticale  »

    Pour ses étudiants dans un milieu où le bachelor est plus connu que Bachelard, ce bon professeur leur demande non de parler de la nature, mais « d’être des vivants à qui la nature aurait parlé »

    Est-ce une raison de taire ce langage de la nature quand il nous touche ?

    En telle région étrangère, où va l’oiseau libéré par un geste d’ouverture ?

    Je sollicite, ici même, l’éclairage d’Anetchka capable de nous en dire quelque chose.

    Quid de cette interdépendance avec le vivant qui se dévoile sans dévoiler ?

    Merci de votre attention soutenue.

    Au plaisir de vous lire

    Jacques

  12. Avatar de m
    m

    Dans la fournaise médiatico-politique du moment, un « appel de la forêt » est-il encore imaginable ?

    Pour s’en tirer justement…

    m

  13. Avatar de Anetchka
    Anetchka

    En guise de réponse un peu indirecte à Jacques et m, et en relisant Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson (carnet de bord de son voyage de près d’un an vers et sur le Baïkal) je suis tombée sur ce passage au hasard des pages. Qui s’interroge sur la relation de l’homme à la nature, à l’échelle du plus connu au moins connu, voire à l’inconnu complet:

    « L’amour vrai ne serait-il pas d’aimer ce qui nous est irrémédiablement différent? Non pas un mammifère ou un oiseau, qui sont encore trop proches de notre humanité, mais un insecte, une paramécie. (..,) Aimer, c’est reconnaître la valeur de ce qu’on ne pourra jamais connaître. Et non pas célébrer son propre reflet dans le visage d’un semblable. Aimer un Papou, un enfant ou son voisin, rien que de très facile. Mais une éponge! Un lichen! Une de ces petites plantes que le vent malmène ! Voilà l’ardu: éprouver une infinie tendresse pour la fourmi qui restaure sa cité. » (p. 218)

    Sylvain T au prénom prédestiné semble rejoindre par ses réflexions d’anciennes mythologies, visions du monde, ce faisant.

    Découvrant tout récemment La Vallée des Reines et des Rois, et cette incroyable célébration des animaux multiformes, humains incorporant leurs images à même la peau sur leurs costumes, parures, attributs, les intégrant à leur superbe écriture hiéroglyphique mi-symbolique mi-phonique, embaumant leurs corps pour l’éternité, je retrouve une certaine continuité. Dans les tombeaux éblouissants, apparition d’une très jeune femme au profil doux bras ouverts un petit oiseau perché sur la tête (comme les Mongols partant à la chasse, aigle sur l’épaule qu’ils caressent comme des chats, puis libèrent à la fin de la saison), là une série de cartouches avec tendre abeille, scarabées colorés, ibis, et chouette aux traits incisifs et élégants. Bas-reliefs de lions, chacals, serpents, et omniprésence de ces derniers à même le front des hommes et femmes, brandis fièrement. Partout, Jaillissement comme naturel des hybrides en bas-reliefs, en sculpture, à toutes les échelles. Et puis que dire de ces innombrables momies de chats, de babouins, de crocodiles accompagnant l’humanité outre-tombe…L’Arche de Noé viendra plus tard…

    À leur vue, arrêt sur image: le petit Sapiens d’aujourd’hui ne sent pas les millénaires passés…

  14. Avatar de Aurore
    Aurore

    Bonjour !

    « Le printemps est arrivé, sors de ta maison Le printemps est arrivé, la belle saison ! L’amour et la joie sont revenus chez toi Vive la vie et vive le vent, vive les filles en tablier blanc ! Vive la vie et vive le vent et vive le printemps ! Dépêche-toi, dépêche-toi, ne perds pas de temps Taille ton arbre et sème ton champ, gagne ton pain blanc L’hirondelle et la fauvette, c’est la forêt qui me l’a dit L’hirondelle et la fauvette, ont déjà fait leur nid  »

    Bien sûr, ce n’est qu’une chanson et une hirondelle, ça ne fait pas le printemps.

    Marcel Jullian, quand il dirigeait une chaîne nationale de télévision, demandait au président de la république de nous donner le printemps (Courte supplique au roi pour le bon usage des énarques)

    Printemps y es-tu ? Que fais-tu ? Entends-tu ?

    Ah, Anetchka, notre rapport à la nature, quel beau et difficile problème !

    Dans « Sylvie » (Les filles du feu) Gérard de Nerval en appelle finalement à l’inspiration naïve de nos aïeux.

    Quid aujourd’hui d’un Sylphe ou d’une Ondine, roi des forêts et reine des poissons en ce monde devenu stone ?

    Parler de fin du monde en citant un astrophysicien des temps modernes sans oublier le détour que fera le lecteur, par l’astrologie avec Constant Félix Guyot qui avait prévu, paraît-il, la chute d’A.Hitler, ce n’est pas relier ciel et terre.

    On est toujours dans l’analyse et c’est bien ce que je suis en train de faire dans la ronde des commentaires du billet de maître Daniel.

    Eh bien, ce jour, on va lui faire une fleur au randonneur, en sortant du lot, sans aller la chercher dans une peau de vache ! Cette fleur, je vais de ce pas au delà, la quérir dans l’anagramme de cette assertion discutée par Anne du haut de sa tour pyrénéenne, à savoir « La fin du monde est pour demain ».

    C’est un « Arôme fou d’un matin splendide » que je vous laisse admirer et sentir.

    Aurore

    Donné le premier jour du printemps deux mille vingt-six

  15. Avatar de Anetchka
    Anetchka

    Quel joli et percutant anagramme que celui d’Aurore :
    « La fin du monde est pour demain » ——« Arôme fou d’un matin splendide ». Condensant à lui seul tout le développement de l’astrophysicien sur la question, tel un défi !

    En décrivant la prouesse en termes d’illustres figures de patinage artistique ou de danse classique, aux appellations animalières, serait-ce un Triple Lutz (triple Saut de Carpe), un Camel Spin (Pirouette Chameau : pas mal je trouve), un Bunny Hop (Saut de Lapin), un Monkey Glide (Glissade du Singe), ou encore d’aériennes Pigeon Wings (Ailes de Pigeon)?

  16. Avatar de Alicien
    Alicien

    Bonjour !

    Un petit mot, telle une coda qui viendrait chanter l’espace forestier comme un espace ontologique.

    Une certaine manière d’y recourir pour y trouver dans la solitude d’une hutte improvisée quelque chose

    comme une consolation.

    Bien à vous

    Alicien

  17. Avatar de Jacques
    Jacques

    Bonsoir !

    La belle anagramme retenue par Anetchka qui en fait un véritable ballet et pose question, me fait penser à celle mentionnée par l’astrophysicien, dans une émission littéraire, hier soir, avec Michel Houellebecq et compagnie.

    Par transposition des lettres de « l’origine de l’univers » « un vide noir grésille » aime à préciser Jean-Pierre Luminet.

    Brisons là.

    Et revenons sur la piste d’un jour nouveau, d’un commencement enchanteur où les fables de Monsieur de La Fontaine mènent la danse. Un chameau, un lapin, un poisson, un singe et un pigeon.

    En telle compagnie, on apprend de certaines choses qui, de loin, c’est quelque chose et de près, ce n’est rien.

    Une autre nous montre que les esprits-corps pétris de matière, rois et sujets, vont à leur perte par manque de prévoyance. Et quelque part un rets dont la puissance fait tout et laisse aux pieds d’Annette la pêche miraculeuse. Quant au magot qui prend le nom d’un port pour un nom d’homme, le dauphin en rit encore !

    Enfin deux volatiles s’aimant d’amour tendre, l’un voulut partir pour voir du pays. Et le voici en son lieu retournant, déplumé mais encore vivant.

    De la théorie élémentaire des relations à une longue théorie de relations, telles les feuilles printanières qui s’expliquent en se développant, disait « Monseigneur Bossuet, l’Aigle de Meaux » dont la merveilleuse anagramme honore « les gouteux sermons, diable ! Une magie ! »

    Et votre serviteur de vous laisser sur cette « image », ce dernier mot.

    Jacques

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À propos de ce blog

  • Ce blog pour y consigner mes impressions de lecteur, de spectateur et de « citoyen concerné ». Souvent ému par des œuvres ou des auteurs qui passent inaperçus, ou que j’aurai plaisir à défendre ; assez souvent aussi indigné par le bruit médiatique entretenu autour d’œuvres médiocres, ou de baudruches que je…

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À propos de l’auteur

  • Daniel Bougnoux, professeur émérite à l’Université Stendhal de Grenoble, est ancien élève de l’ENS et agrégé de philosophie. Il a enseigné la littérature, puis les sciences de la communication, disciplines dans lesquelles il a publié une douzaine d’ouvrages.

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