Troublante photographie

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(Indice énergumène chapitre VI)

À la charnière de l’indice et de l’icône naissent ainsi deux types bien différents d’images. Peirce rattache en effet le domaine des icônes à la priméité : l’esprit y demeure seul avec ses apparitions, ses fantasmes ou ses phénomènes ; les images du rêve, celles de la peinture autant que les gribouillis d’enfants n’exigent pour leur tracé aucune réalité préalable, ou extérieure, l’imagination traitant avec elle-même y suffit. 

Le domaine des indices en revanche relève de la secondéité : la représentation n’y est pas seule ni autonome, elle indique et atteste l’intervention d’un facteur extérieur qui la cause. Dans la peinture ou la figuration classiques (priméité), chaque trait est soigneusement mentalisé par l’artiste, rien n’arrive à la représentation finale qui n’ait été mûrement pesé par lui ; du côté de la photographie en revanche (achiropoiète ou « qui ne résulte pas du travail de la main »), l’opérateur fait avec un état actuel du monde. Le peintre travaille per via di porre, il apporte entièrement la figure déposée sur la toile, le photographe per via di levare (distinction empruntée par Freud à Vasari) ; cousin du sculpteur, le photographe enlève ou dégage son motif hors d’un magma physique dont l’image finale montre encore le résidu, ou fait rayonner la présence réelle.

En bref et pour le redire ici, on peut peindre ou dessiner des anges (priméité de l’imagination souveraine), on ne saurait les photographier (secondéité de l’empreinte qui exige un référent ou une réalité extérieure). L’indice ne vient jamais seul, comme l’apprend Robinson découvrant les pas de Vendredi sur le sable. Cette ligne de partage entre les images a d’immenses conséquences pour nos régimes d’information et de représentation en général (de mémoire, de croyance, de savoir…). Né aux environs de 1850 grâce à Nicéphore Nièpce, le nouveau dispositif clive le régime ancestral des images entre une fonction imaginaire (« intérieure ») où prime le dessein, l’idée ou le rêve, et une fonction indicielle d’empreinte, d’attestation d’une extériorité résistante où fourmillent des détails singuliers. 

Or, les premiers photographes ont méconnu cette distinction en s’efforçant, naïvement, de faire la courte-échelle à la peinture ; l’école pictorialiste, autour de 1860, voulut reproduire par la plaque sensible les touchantes compositions des tableaux religieux : une fuite en Égypte, Saint Jean le Baptiste prêchant au désert ou une annonciation démarquée de la Renaissance. Le résultat était bien différent de la peinture, ce que met en pleine lumière la distinction (forgée par Peirce) du type et du token : car la photographie saisit des tokens (des individualités empiriques, des états singuliers), là où le peintre comme le poète vise des types (universels, idéaux) en gommant le détail indésirable. La peinture ennoblit le regard et élève le débat ; documentaire par nature, la photo les rabaisse et les pulvérise inéluctablement, en apportant des données (des informations) qui ne peuvent que dégrader les monuments de la foi ou de la fiction. Sous le manteau de la Vierge ou les haillons de Jean-Baptiste, les photographes pictorialistes ne peuvent pas ne pas montrer la servante d’auberge, la prostituée ou le porte-faix qui ont loué pour quelques minutes leur corps à l’opérateur.     

D’où les griefs de Baudelaire reprochant à la photographie son réalisme, qui remplace le type par le token et l’idéal par la triviale prose du monde d’ici-bas. La photo, conclut Baudelaire, ne pourra devenir au mieux que « la très humble servante » des sciences et des arts. C’était mal anticiper les développements d’un art qui, tout au long du XXème siècle, ne cessera de chercher une saisie toujours plus immédiate du réel par les frottages, les collages, les ready-made, puis la généralisation d’une peinture appelée bien à tort abstraite, échantillonnage de pigments, de matières ou de gestes. L’empreinte photographique a traversé et travaillé les autres médias en passant du rôle de « très humble servante » à celui de modèle ou de paradigme, au point, pour le dire avec Philippe Dubois ou Rosalind Krauss, que la question n’est plus de savoir si elle est un art, mais de comprendre comment une bonne part de l’art, au fil du XXème siècle, est devenu photographique, c’est-à-dire indiciel. 

On mesure mal aujourd’hui, tant les photos nous environnent, le choc ou le scandale de leur introduction dans les façons de faire image, à partir de 1839. Le nouveau cours propagé par l’écriture de lumière a bouleversé la graphosphère ou le statut des écrits en général, mais aussi l’état des beaux-arts et, au-delà, nos régimes de vérité, de croyance, de mémoire, d’imagination et de visibilité. Le basculement d’une esthétique de l’icône à celle de l’indice recouvre le passage d’une mimesis analogique à une contiguïté, ou d’une re-présentation à la manifestation d’une présence réelle. On rattachera, avec Rosalind Krauss, cet art obsédé par le désir d’indice au nom de Marcel Duchamp ; cette évolution se laisse aussi déchiffrer comme un retour à des formes d’arts premiers, du côté de la magie, ou des cultes avec leurs reliques, empreintes, marques corporelles, et en général de contacts qui conservent aux phénomènes une action et une présence palpables. L’avenir commence toujours en mineur, en minable. Mais mineur est aussi ce qui mine. Indifférente aux imprécations de Baudelaire, la jeune taupe photographique creusait des galeries qui ne vont pas tarder à bouleverser le paysage.

La sémiotique indicielle ouvre une piste stimulante dans les études des médias, encore insuffisamment explorée. À l’écart d’une sémiologie logocentrique obsédée par les signifiants linguistiques, l’indice apporte cette présence réelle qui donne à quelques images leur mystérieuse efficacité – leur magie, dit joliment l’anagramme. Dans l’émouvante méditation de La Chambre claire, Roland Barthes a méticuleusement distingué le studium (l’intérêt poli qu’inspire une image) du punctum : il arrive que telle photo m’envahisse ou me « poigne ». Le vif du punctum tient à la position conjointe de réalité et de passé entraînée par l’indice. Son référent, obligatoire, me force à penser que Cela (un jour) a été tel ; dessinée ou peinte, jamais l’icône n’aurait le même impact. Une photo des cadavres s’amoncelant aux fosses des camps d’extermination peut faire reculer le bavardage révisionniste ; de même celle d’un supplice sera plus « poignante » que la peinture correspondante. La photographie s’adresse au tact autant qu’à la vue, sur elle nous touchons (et nous sommes touchés par) un état irrécusable du monde, nous vérifions une relation (message des photos de famille ou de voyage touristique : j’y étais…) ; par elle nous attestons la permanence « amoureuse et funèbre » d’un visage qui continue de nous atteindre au-delà de sa mort, comme les rayons attardés d’une étoile.

En un mot, l’épreuve photographique est une preuve, un certificat de réalité. Et son truquage éventuel n’est jamais qu’un hommage rendu à cette vertu constative, impérieusement référentielle (nul ne songerait, pour les mêmes raisons, à maquiller un tableau). Le premier message de la photo est donc moins de représenter l’objet (fonction descriptive) que de l’authentifier dans son être.

Signe par nature (et non par convention), l’indice semble du même coup pauvre en code. Car qu’est-ce qu’un code en général, sinon un principe d’élagage ? La présence d’un code sous-jacent à notre perception des phénomènes sert à stabiliser et à reconnaître ceux-ci : à travers la grille de l’alphabet, le lecteur sait par exemple déchiffrer un texte stable sous les fluctuations d’une graphie manuscrite. Une bonne part de nos expressions corporelles cependant nous échappent, et circulent sans le secours d’aucun code ; de même, l’explosion photonique captée par l’appareil vient se prendre bêtement sur la rétine de la chambre obscure – ce qui autorise Barthes à traiter la photographie d’image pauvre. Pourtant, c’est en court-circuitant le code et le temps de la re-présentation que « le photographique » déborde notre intention de voir ; la photo jette sur le monde un filet plus large, elle nous apprend à regarder ailleurs ou autrement, elle déborde notre intentionnalité et aiguise notre vue. D’où ses usages policiers, scientifiques et en général « l’effet Blow up » raconté dans le film d’Antonioni : un photographe croit, en inspectant un cliché de parc, découvrir dans le détail des fourrés l’indice d’un meurtre, mais l’agrandissement butte pour finir sur le grain de l’image, où la trace ironiquement s’évanouit. 

Demeurant parmi les choses qu’il manifeste sans les re-présenter, le signe indiciel ne dédouble pas le monde. Cette immanence nous débarrasse de quelques idéalités superflues ; « le photographique » préfère Héraclite à Platon en nous montrant non l’essence immobile mais la transition, l’accident, l’événement ; non la durée uniforme mais ses moments, ses saisons ; non l’immortalité mais des figures gorgées de temps, des individus saisis dans leurs singularités ; non l’espace isotrope mais ses détails et ses failles d’une infinie diversité où le dispositif nous invite sans cesse à descendre… Contrairement au philosophe qui n’a que trop tendance à décoller, un photographe attache, il épouse la peau du monde.

Et cette valeur ou cette fonction d’attachement propre à l’indice peut faire chuter bien des idéalités : les premières couvertures des guerres par les reporters photographes, guerre de Sécession, guerre de Crimée, montrèrent des images bien différentes des fringantes chevauchées de l’iconographie traditionnelle, qui subordonnait la peinture à la gloire de ses commanditaires les Princes : ce ne sont pas des images d’héroïsme que rapportent ces premières photographies, réalistes par nature, mais la vision écoeurante ou démoralisante des charniers. 

Il arrive certes que la photo cherche à reconstituer l’eidolon en nous tantalisant avec la star, la marchandise publicitaire, la tentation inaccessible du luxe ou du nu… Les couvertures de Paris-Match peuvent ainsi provoquer un effet de sacralisation. La photographie mime dans ce cas la peinture, la sculpture, quand sa vocation semble ailleurs, vers le rattachement de la figure et du fond, pour une saisie métonymique des apparences. Philippe Dubois a parlé d’« acte photographique », il faudrait détailler sa valeur de pacte en vertu duquel, assez inexplicablement, le monde, l’événement ou la chance semblent affluer à la rencontre de certains photographes.

La photo comme la sculpture prélève les copeaux de ses images pelliculaires sur les réserves d’un monde toujours déjà-là, sur un fond(s) ou un foncier inépuisablement offert à l’œil mécanique. Toute photo se détache et s’emporte sur ce don originaire, elle fait avec ce don du monde, que son index pointe : Es gibt (Heidegger), « étant donné » (Marcel Duchamp, prince de l’indice et de l’immanence) – ceci. De la graphosphère à la photo-graphie, l’écriture et la représentation changent de régime et de sens. L’essor irrésistible de la photographie, celui de l’information qui perce parallèlement comme valeur et idée neuve dans la presse, et le réalisme indiciel en art vont de pair.

J’esquisserai, au terme de ce chapitre,  une division en trois catégories du domaine des icônes : les icônes-empreintes, dont la photo ou « le photographique » en art (selon Rosalind Krauss) est le modèle ; inversement, un bon nombre d’images religieuses ou mythologiques sont issues des Ecritures saintes ou de la lecture des classiques ; elles illustrent un texte extérieur, précédent et qui les domine, elles sont donc, au bord mitoyen supérieur de notre schéma, gouvernées par l’ordre symbolique. Un bon exemple de cette influence affleure dans les figurations classiques de l’Annonciations : s’est-on demandé pourquoi, sur ces tableaux religieux, l’ange Gabriel apparaissait très généralement à la gauche de la Vierge ? Parce qu’il lui parle, lui dicte une annonce dont le texte parfois, en lettres d’or, court entre les deux personnages – de gauche à droite donc, selon le sens de la lecture dans les langues occidentales. La distribution des deux acteurs, côté jardin et côté cour, obéit donc secrètement à la transcendance du texte, ou de la parole ; en bref la peinture pliée ici à l’Ecriture gravite dans l’ordre du symbolique. 

Une troisième catégorie d’images, libres d’indices autant que de symboles, occuperait simplement le centre de notre pyramide ; ce sont toutes les images d’imagination, comme les bouffées du rêve qui nous traverse, les tableaux qu’un peintre compose à son gré à l’écart du monde, les figures, les scènes, les corps hybrides (sirènes, licornes…) assemblées par notre fantaisie. 

Il faut enfin préciser que ce chapitre est daté, et que j’aurais pu l’écrire en 1980, à l’époque où Roland Barthes rédigeait (l’année de sa mort) sa Chambre claire, sans y mentionner le terme d’indice, ni aucune référence à Peirce, alors que toute son argumentation tourne autour. L’invasion numérique, qui démembre et recompose à plaisir les textes mais aussi les images, les paysages, les corps physiques, les voix…, a bouleversé tout ce que nous avons avancé jusqu’ici sur l’indice. Aucune photo, aucun enregistrement (vus comme empreintes traditionnellement) ne sont plus sûrs, ne peuvent attester d’une précédente, solide ou extérieure réalité ; à l’heure de l’analyse et de la recombinaison numériques, le message photographique ne peut plus être « Ça a été ». Nous consacrerons un chapitre ultérieur aux dangers, très actuels, de la fabrication des indices par l’I.A.   

8 réponses à “Troublante photographie”

  1. Avatar de Roxane
    Roxane

    Bonjour !

    Grands dieux, quel billet !

    Le mot est lancé, voyons plutôt :

     » du côté de la photographie en revanche (achiropoiète ou « qui ne résulte pas du travail de la main »). »

    Ce mot « acheiropoïète », je l’ai découvert pour la première fois au Collège iconique dans un dialogue entre Messieurs Chamming’s et Bougnoux. Surnaturelle pour l’un et pas forcément pour l’autre, la photo.

    Dans « L’air et les songes », page 183, Gaston Bachelard en appelle à l’axiome de l’idéalisme nietzschéen :

     » l’être qui monte et descend est l’être par qui tout monte et descend. Le poids n’est pas sur le monde, il est sur notre âme, sur l’esprit, sur le cœur — il est sur l’homme. À celui qui vaincra la pesanteur, au surhomme, sera donnée une surnature précisément la nature qu’imagine un psychisme de l’aérien. »

    Vous l’avez vu voler dans les colloques et autres cénacles des grands prêtres des sciences de l’Homme, mes bons amis ?

    Comme on aimerait sur cette terrible question avoir l’éclairage de la princesse du collège de la dolce France traversant les airs sur son oison mythique, et aussi l’intuition raisonnée de J-F dont le beau nom exprime la science et la merveilleuse rigueur !

    Enfin bon, chacun fait ce qu’il veut et libre à nos savants esprits de garder le silence ou d’aller à la pêche !

    Et pourtant, telle Agar dans le désert, le petit peuple attend désespérément cette éthique qui tombe des cieux, une cruche d’eau salvatrice.

    Mais bon, il n’y a rien, si ce n’est, cette sorte d’appel à la mobilisation des ombres du dedans invoqué par l’Arlequin de ce blogue qui a « l’œil naïf » de Régis Debray dont la photo d’une blancheur absolue, illumine son contre-feu de plaisirs en même temps gratuits et réfléchis.

    Et ce ne sont pas les philippiques d’un autre J-F, dans une librairie huppée du XVI ème qui vont apporter de l’eau au moulin des pauvres gens qui ne votent pas comme eux et qui peuvent savourer le difficile bonheur de voir avec une autre loupe, autre que la « simple loupe » dont l’anagramme est « le populisme » dénoncé par l’auteur dont vous connaissez le nom.

    Il y a. Trois petits mots, trois petits tours et puis s’en vont dans le rien ?

    Le maître, ici même, nous invite à la réflexion avec le « Es gibt » heideggerien.

    Il y a. Est-ce un « il » indéterminé renvoyant au monde en général ? Ou bien est-ce un « il » métaphysique ?

    Faut-il, les amis, déployer sur notre table d’existence toutes les thèses de métier pour y comprendre quelque chose ?

    « ça donne » quoi au juste ?

    À la fin des IA (Intuitions atomistiques), l’auteur pose la question :

    « Comment des intuitions sensibles peuvent­-elles devenir peu à peu des intuitions rationnelles ; comment des faits peuvent-ils aider à découvrir des lois ; comment surtout des lois peuvent-elles s’organiser assez fortement pour suggérer des règles ? »

    Faut voir !

    Aller de ce pas interroger d’autres IA à la mode de chez nous !

    Oyez bonnes gens ce qu’elles nous disent !

    Voyez plutôt :

    « L’intelligence artificielle (IA) peut effectivement créer des images qui évoquent le surnaturel, mais il est important de distinguer entre la production d’images et la perception de ces images par les individus. L’IA peut générer des œuvres visuelles qui reflètent des thèmes mystiques, fantastiques ou religieux, en s’inspirant de styles artistiques, de symboles culturels ou de récits mythologiques.

    Cependant, pour qu’une image soit considérée comme acheiropoiétique, elle doit souvent être perçue comme ayant une origine divine ou miraculeuse. Les images créées par l’IA manquent de cette dimension sacrée ou de cet élément de croyance qui accompagne souvent les œuvres d’art traditionnelles considérées comme divinement inspirées. Les spectateurs peuvent ressentir une connexion émotionnelle ou spirituelle avec ces images générées par l’IA, mais cela dépendra de leur propre interprétation et de leur contexte culturel.

    En somme, l’IA peut produire des images qui évoquent le surnaturel sur le plan artistique, mais la reconnaissance de ces images en tant qu’acheiropoiétiques dépendra des croyances et des perceptions individuelles des observateurs. »

    Et maintenant, vous êtes plus avancés ?

    Autant demander au chat d’aller se divertir dans une herbe de mai pour y apprendre quelque chose, une sorte d’héroïsme esthétique incarné en son temps par K.Kraus qui nous invite à regarder un mot de près, car il répond de loin.

    Décidément, il n’y a pas photo !

    Bonne nuit sans trouble de l’onde mystérieuse.

    Roxane

    1. Avatar de Daniel Bougnoux
      Daniel Bougnoux

      Chère Roxane, Quelle lectrice je trouve en vous, incroyable ! Aller déterrer cet échange complètement oublié avec mon collègue Chamming’s dans les débats de notre défunt Collège icônique, en quelle année déjà ? Dans une autre vie. Mais des traces en demeurent… Merci de me les rappeler. Et tout ce remue-méninges autour de « L’oeil naïf » de Régis Debray, ou autour de notre chère Louise Merzeau qui a tant et si bien travaillé avec la photographie.

    2. Avatar de Guillaume Bardou
      Guillaume Bardou

      He bien douce Roxane,si vous savez nous souhaiter « Bonne nuit sans trouble de l’onde mystérieuse » c’est que vous percevez au moins un peu du mystère.

      Cependant vous nous dites « Et pourtant, telle Agar dans le désert, le petit peuple attend désespérément cette éthique qui tombe des cieux, une cruche d’eau salvatrice »

      Roxane est ou n’est pas dans le petit peuple ? Je sais que Roxane parle au nom du petit peuple.

      Mais Roxane goûte un peu du mystère et elle en veut davantage.

      Gourmande, va

      Palsambleu, il faut faire avancer le schmilblick !

      1. Avatar de Roxane
        Roxane

        Réponse à Monsieur Bardou

        Je suis flattée par votre propos à mon endroit, Monsieur le nouveau commentateur de passage ou non.

        Ma réaction sera plutôt douce-amère, si vous le permettez.

        Il est une fable de Monsieur de La Fontaine qui parle de la douceur qui fait mieux que rage.

        Mais dans ce monde où nous vivons, comment se défaire des rets qui nous oppriment ?

        Sans force, le petit peuple dont je suis, est mangé tout cru, mon bon Monsieur !

        Vous qui savez tant de choses et me croyez sans me voir plutôt bien assise, j’ai le sentiment que vous me regardez avec une simple loupe, comme dirait un autre.

        Si je dois vous croire, je suis dans le péché ou plutôt dans la liste d’iceux, établie par Saint Thomas d’Aquin.

        Je vais essayer de me corriger, mon bon Seigneur.

        Quand une bonne femme des media nationaux gagne à son bureau courtisan en un mois ce que des travailleurs de base perçoivent difficilement, loin des ors de la république, en dix ans de labeur, la révolte gronde mais rien ne bouge vraiment à l’intérieur des terres.

        Brandir les fourches-fières ou tout simplement se mettre à l’écart, autrement dit s’engager ?

        S’engager à fermer les postes de radio et de télévision et, si l’occasion se présente, donner un verre d’eau à la riche directrice, si par hasard, une soif inextinguible l’étreignait sur la route de ses vacances.

        On dira sans mystère que c’est un peu cela la force de l’esprit.

        Roxane

  2. Avatar de Jacques de l'abbaye
    Jacques de l’abbaye

    Bonjour !

    Voilà un nouveau venu au club et c’est bien !

    J’ai regardé sur Internet où il y a pléthore d’homonymes.

    Peut-être, si ce n’est pas un prudent pseudonyme, Monsieur Bardou est-il l’auteur d’un livre préfacé par M.Jean-Pierre Luminet, le scientifique bien connu. Un livre où notre auteur est partout à la fois (Ubiquité, ça vous dit quelque chose, les amis ?)

    Ce jeune commentateur s’interroge sur la position sociale de Roxane. Il nous parle du petit peuple qu’elle est censée défendre. Ma foi pourquoi pas ?

    « Petit peuple », quèsaco, bonnes gens ? Monsieur Bardou qui écrit des livres prend, peut-être, ses vacances au bout du monde et Roxane s’exile peut-être, au fin fond d’un village des Cévennes, sans argent pour faire les grandes voyageuses, qui sait ! Qui est maître ? Qui est esclave ?

    Le mystère plane dans votre intéressant commentaire, Mr Bardou.

    J’y vois plutôt une énigme et les énigmes se décryptent.

    Faire avancer le schmilblick est une chose, Monsieur, réussir le schibboleth en est une autre…

    Qui saura dire le juste mot ? Oui, qui saura, qui saura ?

    Bonne nuit

    Jacques de l’abbaye

  3. Avatar de Guillaume Bardou
    Guillaume Bardou

    Ta Râ ta Ptha, douce Roxane au balcon fleuri. Nous sommes tous esclaves de quelque chose et la vie est toujours difficile. Les difficultés psychologiques intérieures sont necessaires et se projettent dans l’état de la société. Il reste le coeur dans quelques niches du temps et de l’espace où l’on n’est pas trop choqué par le mal ambiant. Le coeur qui peut battre purement et faire avancer le temps, et il faut le cultiver, ce truc saint dans la poitrine. Pas certain que Cyrano qui grimpe connaisse ça.

    1. Avatar de m
      m

      Vous avez raison, Monsieur, le cœur lourd ou léger, aventureux ou intelligent, a ses raisons que doit connaître une ouverte raison.

      À la fin de l’envoi, vous avez touché juste, en invitant Roxane à relire Cyrano :

       » Et que faudrait-il faire ?
      Chercher un protecteur puissant, prendre un patron,
      Et comme un lierre obscur qui circonvient un tronc
      Et s’en fait un tuteur en lui léchant l’écorce,
      Grimper par ruse au lieu de s’élever par force ?
      Non, merci. »

      Bon vent sur votre chemin, le seul valable, celui qui a un cœur.

      m

  4. Avatar de Anetchka
    Anetchka

    Sans compétences particulières en matière photographique, il m’est possible en revanche de tenter quelques éclaircissements (à partir de ma perception et sensibilité) sur la triade peircienne « appliquée » à la peinture. Du moins, à quelques œuvres, prises ici et là…D’où il ressort que l’indice occupe une bonne place.

    Un premier exemple frappant.

    Avec un petit tropisme personnel, Pieter Brueghel l’Ancien et sa fameuse Tour de Babel m’éblouit d’abord par sa présence forte, impressionnante: elle se tient là 500 ans plus tard, dans sa beauté fascinante, intrigante, sa profondeur malgré son apparente accessibilité.

    Ensuite remontent mille pensées rationnelles et émotionnelles mêlées, où icônique, symbolique et indiciel s’avèrent trois dimensions en superposition et interdépendance, dès que l’on creuse un peu.

    1) l’iconique : l’édifice s’inspire de toute évidence des Tours médiévales du XVIe, des chantiers et échafaudages de l’époque, et cette réalité tangible permet au spectateur de s’immerger dans l’édifice, croire à l’image, d’autant plus que l’entourage avec personnages en costumes et attitudes du monde flamand l’accentuent. Mais cette iconicité apparente est vite mise en contraste, presque en défaut.

    2) l’intrigante Tour est saturée de symboles, thèmes bibliques, moraux, philosophiques. La Tour dans les nuages, c’est tout à la fois, ou en alternance: la démesure, la rivalité avec Dieu, l’impossibilité d’atteindre le divin, la confusion des langues (bilbul en hébreu: confusion), l’incommunicabilité.

    3) ladite Tour est une fourmilière d’indices qui viennent ébranler ce majestueux édifice d’apparence si rassurante, si « normale ». Le diable est dans les détails. En bas la vie ordinaire, qui continue comme si de rien n’était, qui ignore la folie du haut. Des fissures de l’édifice suggèrent sa fragilité et son effondrement futur. Des blocs de pierre mal ajustés renforcent cette impression. L’activité frénétique de ces fourmis bâtisseuses sur leurs échafaudages penchés et chaotiques, contraste avec le personnage important (le roi biblique Nimrod ?) qui semble soit saisi par l’orgueil, soit par l’impuissance devant ce projet sans fin. Les nuages sombres laissent imaginer la colère divine.
    Les tons terreux de la Tour, induisant l’idée de stérilité, contrastent avec les vers et bleus vitaux du paysage.

    Bref, Bruegel l’Ancien impose insidieusement avec son incroyable talent – qui nous saisit encore aujourd’hui, et de manière quasi universelle – une narrativité particulière, nous mène vers un décryptage de sens cachés, force notre imaginaire, nous invite aussi à la méditation. Mais sans son génie créateur, rien de tout cela n’adviendrait!

    J’avais encore deux exemples à l’esprit, d’œuvres de Rouault et de Chagall, riches en indices et pas seulement en icônes et symboles, mais ce sera pour une autre fois. Ou pas..,

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À propos de ce blog

  • Ce blog pour y consigner mes impressions de lecteur, de spectateur et de « citoyen concerné ». Souvent ému par des œuvres ou des auteurs qui passent inaperçus, ou que j’aurai plaisir à défendre ; assez souvent aussi indigné par le bruit médiatique entretenu autour d’œuvres médiocres, ou de baudruches que je…

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À propos de l’auteur

  • Daniel Bougnoux, professeur émérite à l’Université Stendhal de Grenoble, est ancien élève de l’ENS et agrégé de philosophie. Il a enseigné la littérature, puis les sciences de la communication, disciplines dans lesquelles il a publié une douzaine d’ouvrages.

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