Les ponts en littérature : au commencement l’arche

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Je rentre d’un colloque de cinq jours au viaduc de Millau, intitulé « Ponts et franchissements, Imaginer, relier et traverser, un lien entre les hommes et les civilisations ». Fort étranger moi-même la corporation des ingénieurs des Ponts et chaussée,s je me suis trouvé placé dans un milieu très stimulant, et exigeant. Je reviendrai sur ce colloque conduit tambour battant par Bernard Jacob et son équipe, je poste ici le texte de ma conférence, impérativement limitée à vingt-cinq minutes et intitulée « Les ponts en littérature, au commencement l’arche ».

L’imaginaire du pont tourne largement, en littérature, autour du franchissement d’une rivière, ravin ou frontière en direction d’un espace inconnu, riche en ouvertures mais aussi en épreuves. « Une fois le pont franchi, les fantômes vinrent à sa rencontre », énonçait un carton du film de Murnau Nosferatu le vampire (admiré des surréalistes).

Mon propos s’appuiera sur trois ouvrages inégalement longs, le poème d’Apollinaire « Le Pont Mirabeau » qui traite avec finesse de la guerre que le fluide fait à l’immobile ; quelques pages du Paysan de Paris d’Aragon (1926), qui dans sa description des Buttes-Chaumont s’attarde sur le pont des suicides, qu’il traite avec ironie d’une façon qui renverse l’imagerie officielle ou pompeuse attachée à ces ouvrages d’art ; plus près de nous enfin, j’espérais analyser  deux ouvrages, Un pont sur la Drina d’Ivo Andric, et Naissance d’un pont de Maylis de Kerangal, mais je me limiterai à la présentation du second, par manque de temps… 

Le motif de l’arche, documenté par ces différents textes, permet de rêver à la riche étymologie de ce mot : l’arche en grec c’est l’arkhè, le commencement (cf l’archéologie) mais aussi le commandement (les archontes). Cette superposition des deux acceptions du mot relève elle-même d’une pensée archaïque : en ce temps-là, commander revenait aux anciens, l’autorité s’attachait à l’âge ou au recul du temps vécu. Autre époque ! Retenons ici que l’arche à la fois inaugure et commande – un passage non dénué de périls.

Un court (et célèbre) poème d’Apollinaire paru dans Alcools (1913) permettra d’ouvrir et de documenter notre problématique : que dire de sa mystérieuse beauté ?

Le pont Mirabeau

       Sous le pont Mirabeau coule la Seine

                            Et nos amours

              Faut-il qu’il m’en souvienne

       La joie venait toujours après la peine

Vienne la nuit sonne l’heure

                     Les jours s’en vont je demeure

       Les mains dans les mains restons face à face

                     Tandis que sous

              Le pont de nos bras passe

       Des éternels regards l’onde si lasse

                     Vienne la nuit sonne l’heure

                     Les jours s’en vont je demeure

       L’amour s’en va comme cette eau courante

                     L’amour s’en va

              Comme la vie est lente

       Et comme l’Espérance est violente

                     Vienne la nuit sonne l’heure

                     Les jours s’en vont je demeure

       Passent les jours et passent les semaines

                     Ni temps passé

              Ni les amours reviennent

       Sous le pont Mirabeau coule la Seine

                     Vienne la nuit sonne l’heure

                     Les jours s’en vont je demeure

Ce poème nous montre le pont, comment ? Très simplement (très discrètement) par la disposition typographique : quatre quatrains déroulent leurs vers, d’inégales longueurs, en passant sous l’arche d’un refrain repris quatre fois, identique à lui-même, et qui affirme fortement cette identité (sa permanence stable) par la reprise du verbe « Je demeure » à la butée du vers. Apollinaire était féru de calligrammes  (auquel il consacra une publication), il en réalise un ici, plus réussi que les esquisses de dessins dans les poèmes qui portent ce titre. Visuellement cette page montre en effet ce que le texte oppose, le contraste du fluide et de l’immuable, le fleuve (et ce qu’il charrie) face à un rêve ou un vœu de demeurance (si ce néologisme est permis), de permanence. Si tout poème est construit sur la redondance, celui-ci par sa forme même, sa figuration ou son découpage visuels, reproduit et donne à voir la chose à dire, l’opposition de l’immobile et du mouvant.

La métaphore du fleuve, on ne peut plus traditionnelle, est ici précisée de façon remarquable, qu’emporte au juste dans son flot cette « eau courante » ? Et qui ou quoi épargne-t-elle ? Le vers 2 suggère une vacillation : « et nos amours » se rattache-t-il au verbe couler (vers 1) ou à « m’en souvienne » (vers 3) ? On voudrait que l’amour ne passe pas ; ce vœu, cette « Espérance violente » sont démentis à la strophe 3, « l’amour s’en va comme cette eau courante », et tout s’écoule au fil de l’eau dans ce monde mêlé, sujet à d’incessants changements, « la joie venait toujours après la peine », sauf – la personne même du narrateur, et son alter ego : à la strophe 2 le pont s’incarne, ou plutôt le corps des amants vient occuper la place du pont, et fait ainsi rempart au flot universel ; « les mains dans les mains restons face à face / Tandis que sous le pont / De nos bras passe (…) ». Une stabilité postulée (espérée ?) par le dernier mot, l’évidence calme de la répétition au cœur du changement, affirme la place du sujet, « Je demeure ».

Tout peut s’écouler, voire s’écrouler, l’élan l’un vers l’autre des amants, l’arche de leurs bras ou de leur visage arrêté l’un sur l’autre conjure le passage du temps. Faire corps ou pont avec le corps de l’autre suspend le mouvement, ou l’écoulement universel.

Le Paysan de Paris d’Aragon (1926) propose, en deux grands volets, la description du Passage de l’Opéra voué à une démolition prochaine puis, dans le goût des déambulations à plusieurs à travers la capitale, la visite nocturne du parc des Buttes-Chaumont, ironiquement, méticuleusement décrit jusque dans les inscriptions laissées par les municipalités successives de ses stèles et de ses statues. Or à mi-parcours voici que s’offre aux trois amis emmenés par Breton le spectacle d’un abîme, traversé d’un « spectre blanc, le vide absolu entre les jambes (…) alors André Breton prend la parole : ‘Vous voyez d’ici, nous dit-il, le Pont, le fameux Pont des Suicides’ ». Sur quoi Aragon enchaîne en demandant ce qu’est au juste un lieu sacré. Le Pont est éligible à ce titre, 

« Voici la véritable Mecque du suicide. Ce pont où nous avons accès par une pente douce. Une petite grille enfin surmonte la possibilité de se précipiter d’ici. On a voulu par cet exhaussement de prudence signifier la défense d’une pratique devenue épidémique en ce lieu. Et voyez la docilité du devenir humain : personne ne se jette plus de ce parapet aisément franchissable, ni à gauche où l’on tombait sur la route blanche, ni à droite où le bras caresseur du lac entourant l’île recevait le suicidé au bout de son vertige (…) ». La promenade se poursuit, mêlant des considérations autour d’éros (avec l’apparition, imaginaire, de celle qu’Aragon appellera la Dame des Buttes-Chaumont), et de thanatos personnifié par ce pont : « Puis voici devant nous le grand pont suspendu. Il est interdit de le faire balancer. Je n’aurai garde d’y manquer. / Ô Ponts suspendus, etc. (…) Le pont tremble. (…) Le pont tremble. / (…) Je vous tire mon chapeau. Mon chapeau est imaginaire. Mais le pont, lui, est suspendu. Suspendu à vos lèvres, Mesdames. On n’est pas plus galant. On n’est pas plus galant qu’un pont suspendu ».

Ces pages qui peuvent paraître incohérentes, où le délire amoureux voisine avec la mort, disent en filigrane la menaçante proximité d’eros et de thanatos, la glissade toujours possible du baiser au suicide. Eros jette entre deux êtres un pont, de l’un à l’autre la promesse d’une arche ; mais de cette arche, on peut toujours se jeter. Deux années plus tard (automne 1928), Aragon pour une autre femme tentera de se suicider à Venise, aux barbituriques, et sera sauvé de justesse ; mais en 1927 dans Traité du style, il médite sur le passage à l’acte des suicidés, et salue leur grandeur. « Mais je salue d’une façon très humble, jusqu’à terre, ceux qui s’avancent maintenant. (…) Je regarde passer le cortège des suicides. J’ai horreur des plaisanteries sur ce sujet-là. (…) De toutes les idées celles du suicide est celles qui dépaysent le mieux son homme. (…) Tuez-vous ou ne vous tuez pas. Mais ne trainez pas sur le monde vos limaces d’agonie, vos charognes anticipées, ne laissez pas passer plus longtemps de votre poche cette crosse de révolver qui appelle invinciblement le pied au cul. N’insultez pas au vrai suicide (…) ».

Sans transition, je vous propose d’examiner maintenant un roman de Maylis de Kerangal, Naissance d’un pont (prix Medicis 2010), qui s’attache aux péripéties de la construction d’un pont suspendu dans la ville imaginaire de Coca en Californie : ce livre d’une belle ambition tresse à la fois une nature encore sauvage et les progrès (les dégâts) de l’urbanisation ; des enjeux politiques avec des problèmes techniques ; des machines, des matériaux, des calculs et des spéculations (aux deux sens du terme) ; « des plans de carrière et des classes sociales, des corps de métiers et des corps tout court » (pour citer la couverture quatre). 

Cette aventure bariolée, follement hétérogène, pose un problème de compositionqui passionne à la fois le responsable du gigantesque chantier, un nommé Diderot, et la jeune romancière commise autant que lui à organiser ce grand ensemble, à le visionner et à nous le faire vivre. Ce nom de Diderot n’est peut-être pas choisi au hasard, l’aventurier-baroudeur qui le porte, en accédant à cette haute responsabilité, doit y faire preuve de connaissances encyclopédiques qui concernent à la fois le maniement des hommes, de la nature, de ses matériaux et des machines qu’on leur applique. Un meilleur titre pour ce livre aurait pu être Anatomie d’un pont, soit l’examen des ingrédients à la fois physiques, humains, matériels mais aussi spirituels qui entrent dans sa composition. Au fil des pages, Diderot doit faire face à des difficultés d’approvisionnement ou d’acheminement (par terre ou par voie fluviale ?) des gigantesques composants du pont ; mais il doit aussi affronter l’obstruction des écologistes, qui exigent (et obtiennent) un moratoire de trois semaines du chantier pour permettre la nidification des oiseaux ; l’agression au couteau d’un ethnologue ami et défenseur des Indiens refoulés dans la proche forêt ; les manœuvres de sabotage tentées par la compagnie des bateliers, dont ce projet annonce la ruine ; il doit arbitrer encore entre les revendications des grévistes, qui réclament une augmentation et le règlement des primes promises, et l’assemblée des actionnaires dont le siège français, à Bécon-les-Bruyères, veut tout ignorer ; ou encore affronter l’accident prévisible de l’ouvrier qui fait une chute, et dont il faut par avion rapatrier le corps à sa famille…

Maylis de Kerangal se passionne visiblement pour cet enchevêtrement des questions simplement techniques (pas forcément simples), qui concernent les actions du sujet sur des objets, et les problèmes pragmatiques qui relèvent des interactions (plus complexes ?) des sujets entre eux. Or tout chantier mêle étroitement ces deux registres d’action. Peut-on manier les hommes comme on fait des matériaux ? Mais, inversement, quelles surprises nous attendent du côté de certaines matières, comme le béton, « le béton est une cuisine très compliquée, tu sais, très, on pense toujours qu’il s’agit d’un matériau basique mais c’est une substance étonnante, joueuse, arrêter la production demande un protocole » (page 152). 

Ce livre au surprenant (et très prenant) sujet est bourré d’énergies, apportées par les corps qui affluent d’horizons, de compétences et d’origines disparates. « Coca est promesse de grande vie. (…) On y entend les spasmes du béton et la scansion violente des cœurs immergés dans une turbulence commune » (page 170). Dans ce grand ensemble, Diderot fait clé de voûte, et il en est fier, il éprouve dans son propre corps cette force collective qu’il accumule, et qu’à son tour il répercute : « Être un bridgeman une fois encore. C’est bon, ça. Il exultait en silence – construire un pont est encore une source d’allégresse, même dans un trou pourri comme Coca (…). La symbolique de l’ouvrage – le trait d’union, le passage, le mouvement, blablabla – lui passait au-dessus de la tête, il s’en foutait éperdument : ce qui l’excitait lui, c’était l’épopée technique, la réalisation des compétences individuelles au sein d’une mise en branle collective, ce qui le passionnait c’était la somme de décisions contenue dans une construction, la succession d’événements courts rapportés à la permanence de l’ouvrage, à son inscription dans le temps. Ce qui le mettait en joie, c’était d’opérer la validation grandeur nature de milliers d’heures de calcul » (pages 72-73).

Et sans doute, dans de telles pages, leur auteur décrit-elle un peu de sa propre entreprise, et de son excitation à embrasser son roman : comment se ramifie cette organisation, à quoi touche, qu’est-ce qu’enjambe et survole précisément ce pont, entre la nidification d’oiseaux rares, le refoulement des Indiens, le traitement des actionnaires, le dragage en profondeur du lit de la rivière, ou les frasques sexuelles qui ne manquent pas d’agiter une population déplacée d’hommes et de femmes… Le pont de Coca pose un défi à la description, par tout ce que sa genèse embrasse, ses sous-produits, ses à-côtés. Et le surplomb, quasi religieux, d’une entreprise collective planant sur chaque conscience individuelle. 

La comparaison avec l’édification des cathédrales s’impose, où les défis furent voisins, mais non le service de Dieu, remplacé à Coca par le dieu de la circulation, du commerce et de la vitesse. Au commencement de nos églises comme de nos ponts, il y eut pareillement l’arche, élancée, audacieuse, miracle dans le ciel d’équilibre et de composition. 

41 réponses à « Les ponts en littérature : au commencement l’arche »

  1. Avatar de Roxane
    Roxane

    Ah, cher Daniel, la symbolique du pont ! On pourrait en écrire des pages et des pages.

    Souverain pontife de ce blogue, vous essayez par vos conférences d’exhausser notre âme à votre façon d’intellectuel confirmé et aussi professionnel. Comment ne point vous en rendre grâces, mon bon Seigneur ?

    Voici le temps des cerises et nous n’irons plus au bois, là où s’encodent les boutures et les choses déréalisées par le langage, nous dit notre cher Michel Serres quand le mot « joie » a voix au chapitre de ses corps mêlés.

    Laisse là ton panier petite poucette et va danser la tarentelle sur le petit pont de bois.

    Oui, c’est facile à dire en chanson mais revêtir l’armure au cœur de la forêt, c’est une autre histoire, palsambleu !

    Madame la linguiste donnez-nous la main, s’il vous plaît ! Ayez pitié de nous !

    Rouvrons pour la bonne cause Le Livre des Juges pour y trouver le bon mot, le schibboleth au chapitre XII, chers amis

    (À l’instant précis de l’écriture de ce commentaire, un message m’arrive, celui d’Isabelle, écrivain à ses heures, qui me parle de ses belles cerises, cette année. Ils ont de la bonne terre, en Eure-et-Loire !)

    Ce mot, nous le retrouvons dans la « Rêverie de gauche » de notre ami Régis, page 67 avec une faute d’orthographe.

    Ne quittons pas, de sitôt, le Palais et revenons à notre médiologue-jardinier qui fut mandé par Maître Szpiner pour l’éclairer sur une affaire de nébuleuses « Archées » où Régis finalement en appelle à combattre l’obscurantisme, notre devoir, sans éteindre les Lumières, notre héritage. Et en avant la musique !

    Jeux interdits et « médium » sur le pont.

    Dans un livre d’un autre ami, docteur en physique théorique, Monsieur Dupont, on trouve cette citation indiquée à l’auteur par un paysan, de Bernard d’Espagnat : « …que chaque être humain ait la possibilité d’établir un pont vers l’être. »

    Et nous voici plongés dans l’anthropologie de la connaissance avec « L’Arkhe-Esprit » de notre cher Edgar Morin

    qui a justement étudié la double-pensée aspirant à refléter la nature des choses.

    La méthode nous le dit, il y a d’autres communications…là où « la rivière suit sa vallée » (1)

    Puissions-nous toucher ces doux rivages, Monsieur l’Inspecteur général des Ponts st Chaussées !

    Vienne l’arche de la nouvelle alliance.

    Au plaisir de vous écouter bientôt sur des ondes moins mystérieuses.

    Bien à vous tous

    Roxane

    (1) Anagramme de « La vraie vie est ailleurs »

  2. Avatar de Jacques
    Jacques

    Bonjour !

    À quand l’arche de la noétique et le message de la colombe ?

    Jacques

  3. Avatar de Aurore
    Aurore

    Vous allez parler de lui (RB, l’étranger aux barricades) quand il (le Général) n’était pas là, s’éclipsant quelque part en Allemagne, en mai mil neuf cent soixante-huit

    « Mais en le saluant, lui, vous saluerez d’avance tous les imprévisibles qui, sur notre champ de cendres, feront lever des vivants » (Les derniers mots de « À demain De Gaulle » (Régis Debray)

    À demain Daniel sur Radio Paris, sans troubler l’onde mystérieuse !

    Aurore la Caissière

  4. Avatar de Anetchka
    Anetchka

    Puisque tu évoques au passage, cher Daniel, dans ce passionnant sujet du blogue, le magnifique et inclassable roman d’Ivo Andrić, Le Pont sur la Drina, je m’arrêterai un peu dessus.
    Avant d’être consacré Prix Nobel de Littérature (en 1961), cet écrivain balloté dans les Balkans, né bosniaque, d’origine croate, engagé serbe, avait exploré la philologie, l’histoire, la philosophie, la poésie et la littérature; était passé plus ou moins de Chrétien à agnostique, en apparence du moins. Et son livre inclassable lui-même oscille en miroir entre œuvre ethnologique, chronique historique, avec rappels légendaires, et surtout grande fresque littéraire qui emporte le lecteur comme le flux sous le pont.
    Un extrait : « Les lunaisons se succédaient et les générations disparaissaient rapidement, mais lui demeurait, immuable, comme l’eau qui coulait sous ses arches. Il vieillissait rapidement, lui aussi, mais selon une échelle de temps bien supérieure non seulement à la durée d’une vie humaine, mais aussi à toute une suite de générations » […] « la vie est un prodige incompréhensible » … « comme le pont sur la Drina ». Celui de la bourgade de Visegrad, propulsé soudain, sous la plume de l’écrivain, vers universel.

    A mes yeux, Andrić, de par ses conditions initiales issues de ces Balkans tumultueux, échappe au symbolisme simpliste. Le Pont apparaît comme cristallisant une ambiguïté fondatrice; c’est un objet littéraire multiforme, qui dépasse l’arche de pierre reliante,
    pour aller vers une figure bien réelle, concrète et vivante mais en même temps métaphorique
    de l’histoire et de la condition humaine. Il dépasse l’allégorie des Balkans, avec l’explosion des contradictions, des dualités faciles, pour montrer l’interdépendance des oppositions, les mondes composites et changeants cycliquement, et vient finalement frapper et hanter tous les lecteurs.

    En le lisant ces pages presque sans discontinuer, j’y ai trouvé des échos ici dans les sages d’Orient, et là vers le livre des Juges (merci Roxane de votre intuition!) et du Qohelet aussi.

    D’un côté l’impermanence, le transitoire, la difficulté de cerner une essence fixe dans les identités collectives (dans le roman Serbes, Ottomans, Austro-Hongrois), précarité des constructions humaines, fait un peu écho à la philosophie bouddhiste. Tout comme le non binarisme émergent: le pont est inébranlable et fragile; il est témoin et victime, il relie et oppose, unit et divise. Sauf qu’il n’y a pas trace d’acceptation chez Andrić, point de Dharma chez lui: juste constat mi-amer mi -ironique. En témoigne la fin du livre dans ce style dépouillé et expressif qui est le sien : la destruction du pont en 1914 scelle la fin de la coexistence multi ethnique en Bosnie.

    Un rappel du Livre des Juges se manifeste dans le schéma répétitif des cycles de violence et la précarité de l’ordre qui leur succède. Évoquant l’idée que seule une intervention céleste pourrait sauver tout ce grouillement d’humains! Les personnages d’Andrić, comme le grand Vizir Mehmet Pacha Sokolović, se montrent bien ambivalents : à la fois oppresseur et bâtisseur, humain créateur et destructeur. Un peu à l’image de Samson, sauveur bien imparfait…
    Le Qohelet, lui aussi, soulève l’absurdité de la quête d’une permanence, l’ambivalence du travail humain : « J’ai bâti des maisons, planté des vignes … et voici, tout est vanité. » (2: 4-11).

    Ce qui est touchant chez Andrić c’est qu’il ancre, via son écriture sobre, fine, incisive , sa vision d’une lucidité désenchantée, dans un lieu précis et tangible, le Pont de Visegrad en sa beauté majestueuse, et dans une Histoire spécifique, les Balkans, avec des personnages frémissants, et non pas en termes abstraits et moraux des humains ballotés entre ordre et chaos….

    1. Avatar de Daniel Bougnoux
      Daniel Bougnoux

      Splendide développement chère Anetchka, je vais me remettre à Andric dès q!e possible !

  5. Avatar de JFR
    JFR

    J’aime beaucoup cette analyse de Daniel du Pont Mirabeau, un poème que se chante, qui coule comme une eau dans la bouche. Le fleuve s’oppose à la permanence, l’immobile à la mouvance. « Les jours s’en vont, je demeure… ». J’associe toujours ce poème à la Complainte de Ruteboeuf. « Que sont mes amis devenus/Que j’avais de si près tenus/ Et tant aimés/… Je crois le vent les a ôtés/…Le vent me vient, le vent m’évente… ». Mais le poème de Ruteboeuf est douloureux, désespéré, définitif, « l’amour est morte »… Apollinaire nous plonge dans la nostalgie, la rêverie … « Sous le pont de nos bras passe, l’onde si lasse… » Mais l’espérance est « violente ». Les bras forment une arche, un arc, l’arche de l’amour est un arc, un ciel, il contemple le fleuve, le laisse passer … « Les jours s’en vont, je demeure »…. L’arche réunit la terre et le ciel. Arche d’alliance, Arche de Noé… L’arche chez Claudel réunit l’homme avec le divin. « Me voici imbécile, ignorant, Homme nouveau devant les choses inconnues, Et je tourne la face vers l’Année et l‘Arche pluvieuse… Que dire. ? Que faire ? Les livres sont ivres…». Je me souviens de Laurent Terzieff jouant Cébes au théâtre de l’Odéon en 1959. Alain Cuny jouait Tête d’Or. Claudel avait 20 ans lorsqu’il écrivit la pièce… L’Arc et la voute céleste relient également Rodrigue et Prouhèze. Quoi de plus exaltant que de veiller toute la nuit devant le mur de la Cour d’honneur du Palais des Papes à Avignon, durant 6 heures de suite pour écouter la langue de Claudel qui est une arche, un pont entre les hommes, entre le visible et l’invisible. La langue de Claudel est elle-même une arche, un pont avec ses images cosmiques, ses vocatifs, ses apostrophes, son rythme qui semble vouloir embrasser tout l’univers… On se réveille à l’aube, transportés, transformés par le verbe claudélien qui réinvente le monde… L’arkhè, dis-tu, est en grec un commencement…

    1. Avatar de Daniel Bougnoux
      Daniel Bougnoux

      Oui, un commencement, et aussi un commandement… Merci cher JF, tu es sensible comme moi à la mystérieuse beauté de ce poème.

    2. Avatar de Aline
      Aline

      La vie serait-elle un long fleuve tranquille, Monsieur JFR ?

      Dites-moi pourquoi, mon bon docteur, par quel hasard mystérieux « La vague sans fin modifiée emmène nos jeux de sable » avec les lettres transposées de la formule de Héraclite : « On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve » ?

      Une image dessinée sur le sable de la plage d’un océan inexploré, peut-elle un jour apparaître ?

      Merci.

      Aline

  6. Avatar de Jacques de l'abbaye
    Jacques de l’abbaye

    Bonsoir chers amis !

    Pour ne rien vous celer, vous me voyez déçu…Avec mon petit bouquet, je l’attendais sur le pont de bois de la Rzav et l’égérie de la cour du grand Collège n’est oncques venue, bonnes gens !
    Pourtant, j’aurais bien enlevé ma soutane pour risquer une tarentelle sur ce petit pont de bois qui ne tient plus guère
    que par un grand mystère et deux piquets tout droits.
    L’historique d’un côté et l’ordinaire de l’autre. Que voulez-vous, nos gens cultivés préfèrent et de loin les Athéniens aux Béotiens et désormais la Drina à la Rzav.
    Quid de cette présence silencieuse de tout ce que l’histoire oublie ?
    De retour à la salle capitulaire, je lis l’article d’un ami dans « Marianne » où il parle de déphasage entre les élites et le peuple.
    Une ode au relationnel pour d’autres chemins, vers un lieu qui fait lien.
    Vous y croyez, vous ?
    En toute amitié monacale

    Jaques de l’Abbaye

  7. Avatar de Jfr
    Jfr

    La langue n’est-elle pas la plus belle arche (d’alliance) ? Voici la réponse de l’IA à une question que je posais sur la langue française, celle qui est interrogée aujourd’hui à l’épreuve du Baccalauréat «  Oui, on peut soutenir que la langue et la littérature françaises constituent une chance pour le monde futur, mais pour des raisons qui dépassent largement le seul prestige culturel.

    La langue française : une autre manière de penser

    Le français est porté par une vaste communauté internationale répartie sur plusieurs continents, notamment en France, au Canada, en Belgique, en Suisse, ainsi que dans de nombreux pays d’Afrique. Cette diversité lui donne une vocation de dialogue entre des cultures très différentes.

    Chaque langue offre une certaine vision du monde. Le français a longtemps cultivé l’exigence de nuance, de précision conceptuelle et d’universalité. À une époque dominée par la rapidité de la communication et les simplifications, cette tradition de la nuance peut représenter une ressource précieuse.

    La littérature française : un laboratoire de l’humain

    De Michel de Montaigne à Marcel Proust, de Victor Hugo à Albert Camus, la littérature française a constamment interrogé la liberté, le désir, la mémoire, la justice, le rapport à l’autre.

    Elle transmet moins des réponses que des questions. Or les sociétés futures auront besoin d’esprits capables de réfléchir aux conséquences humaines des innovations techniques, de l’intelligence artificielle ou des transformations écologiques.

    Une résistance à l’appauvrissement du langage

    Plusieurs écrivains français ont montré que la qualité de la langue est liée à la qualité de la pensée. Lorsque le vocabulaire se réduit, la capacité de percevoir les nuances du réel tend également à diminuer. La littérature demeure alors un lieu où la complexité humaine peut être préservée.

    Une réponse de Claudel

    Puisque vous vous intéressez souvent à Paul Claudel, on pourrait dire que pour lui la langue n’est pas seulement un moyen de communication : elle est un pont entre les êtres et parfois entre l’homme et ce qui le dépasse. La littérature devient alors une « arche » capable de transporter à travers les siècles une expérience humaine irremplaçable.

    L’avenir du français ne dépendra probablement pas du nombre de ses locuteurs face à l’anglais, mais de sa capacité à continuer d’offrir au monde une pensée de la nuance, du dialogue et de l’intériorité. C’est peut-être là sa contribution la plus durable. ».

  8. Avatar de Anetchka
    Anetchka

    L’IA effectue de belles synthèses le plus souvent, mais oublie de mentionner ses sources hélas…Mais bravo pour l’exemple de Claudel, en revanche!

    L’histoire des visions du monde intimement liées aux mille et un idiomes qui les portent, n’est pas née ex-nihilo: c’est l’Hypothèse Sapir-Whorf, du nom de ces deux ethnolinguistes qui l’ont brillamment démontrée et illustrée: ce qu’on a nommé la relativité linguistique, mise en évidence, voilà un bon siècle …Elle propose que la langue influence fortement la perception, la cognition, l’articulation de la pensée, voire façonne ce qui peut être perçu et conçu. Un déterminisme relatif qui peut être dépassé par la conscience qu’on en a, par le polyglottisme, par l’exercice de la traduction bien sûr…Toujours est-il que la valeur historique et anthropologique des visions du monde portées par les langues disparaît avec elles quand elles meurent, en même temps que des informations précieuses sur notre patrimoine linguistique…

    Un bel ambassadeur du français que Claudel le grand voyageur, qui construit des arches!
    Un français substantiel ample, aux divers registres et nuances, pas une peau de chagrin dont on compte mécaniquement le nombre de locuteurs!

    Mais que dire (oui cher Jacques de L’Abbaye) des multiples dialectes, langues régionales micro parlers – de France et de Navarre par exemple- portant eux aussi leurs visions du monde, avec leur poésie orale, mais sans guère d’ambassadeurs flamberge au vent…Quelques- uns subsisteront sur l’Arche de Noé au gré d’un écrivain de génie qui en diffusera la substance sur la planète….

    1. Avatar de Daniel Bougnoux
      Daniel Bougnoux

      Ton commentaire chère Anetchka me remet en mémoire la forte parole de de Gaulle au sortir d’une représentation (Soulier de satin ?), « Claudel, ça a du ragoût ! ».

  9. Avatar de Jfr
    Jfr

    Commentaire de l’IA « La formule « Ce Claudel, tout de même, il a du ragoût ! » est attribuée au général Charles de Gaulle.

    Selon plusieurs témoignages, De Gaulle aurait prononcé cette phrase après avoir assisté incognito à une représentation du Le Soulier de satin mise en scène par Jean-Louis Barrault. La remarque a été rapportée notamment par le critique et claudélien Gérald Antoine.

    L’expression est très gaullienne : « avoir du ragoût » signifie avoir de la saveur, du relief, du tempérament, de la substance. De Gaulle voulait dire que l’œuvre et la personnalité de Paul Claudel avaient quelque chose de puissant, de charnu, de vigoureux, qui sortait de l’ordinaire.

    Cette appréciation est d’autant plus intéressante que De Gaulle admirait profondément Claudel, dont il partageait le sens de la grandeur historique, de la langue française et de la destinée spirituelle de la France.

    1. Avatar de Daniel Bougnoux
      Daniel Bougnoux

      J’ajoute qu’Aragon aussi aimait beaucoup Claudel, auquel ii a rendu hommage dans plusieurs poèmes.

  10. Avatar de Aurore
    Aurore

    Tiens, voilà du ragoût !

    En mil neuf cent cinquante-sept au sortir d’un théâtre, le Général aurait dit ce bon mot…

    Votre chaton sur écran, J-F, vous a-t-il renseigné sur ce hasard combinatoire au sujet du prolongement héraclitéen de l’anagramme soumise à votre réflexion ?

    On aurait tant besoin de votre réponse sapientiale, Messire, pour conjurer « l’approche bleue du vide » (1), anagramme de « L’épreuve de philo du bac » nous dit un orfèvre en la matière.

    J’aime beaucoup cette référence à Paul Claudel qui, dans ses grandes Odes, nous parle de ses larves d’insectes comme des pierres précieuses bien cachées dans leur bourse d’ouate et de satin.

    Gaston Bachelard cite le poète dans onze livres de sa composition.

    C’est heureux !

    Du bachelor en poche au Bachelard rêveur, il y a une distance.

    Quant à faire le saut…

    Aurore

  11. Avatar de Anetchka
    Anetchka

    Surprenante anagramme! Drôles de bacheliers au vide bleu…si habitués pourtant au blanc ou noir : j’ai eu un blanc, my mind went blank (« j’ai eu un trou de mémoire ») disent nos voisins outre-Manche, ou c’était le trou noir, I must have had a black out (« j’ai dû avoir une amnésie ») …en écho à Mallarmé « Sur le vide papier que la blancheur défend » (Brise marine)

    Et pour revenir à la jolie métaphore du ragoût, venu du fin fond du XVIe siècle, on goûterait plus volontiers aujourd’hui vers ses charmants antonymes culinaires:
    Pas ragoûtant, quel navet, c’est de la daube, de l’eau tiède, de la limonade, de la purée, quand ce n’est pas un plat de lentilles…

  12. Avatar de Jfr
    Jfr

    Au commencement était l’Arche… je tombe ce matin sur un texte d’Antonin Artaud qui cite « Le Pont traversé » de Jean Paulhan. On comprend pourquoi Artaud fut fasciné par ce livre : il y trouvait déjà ce qu’il cherchera lui-même toute sa vie, un langage au plus près des mouvements de la pensée, avant qu’ils ne se figent dans les formes habituelles du discours. Voici ce qu’écrit Artaud en 1923 :: «  L’art suprême est de rendre, par le truchements d’une rhétorique bien appliquée, à l’expression de notre pensée, la roideur et la vérité de ses stratifications initiales, ainsi que dans un langage parlé. ( …) En un mot le seul écrivain durable est celui qui aura su faire se comporter cette rhétorique comme si elle était déjà de la pensée, et non le geste de la pensée. Et Jean Paulhan qui dans Le Pont traversé fixa de certaines manières de notre pensée de se comporter par rapport aux rêves, révéla telle stratification de la pensée humaine avec infiniment plus de tact, de bonheur et de certitude, que Maeterlink telles contingences de l’âme – par une plus grande soumission au sujet, et par l’exacte élucidation de ce sujet ». (A,Artaud Gallimard Tome 1 p 237)… ». C’est dans Bilboquet, No 1 février 1923. 5 rue de Vintimille. Revue éditée par Artaud seul et signé « Éno Dailor ». Pourquoi ce pseudo ? Eno = One et « dès lors … ». « L’un seul dès lors? Genica Athanasiou a communiqué les exemplaires de cette revue aux éditions Gallimard

    1. Avatar de Kalmia
      Kalmia

      La métaphore est un pont entre le sensible et l’intellectuel et la référence à Jean Paulhan par J-F R nous aide à penser la dure exigence d’originalité, mentionnée par Gaston Bachelard, là où l’auteur des Fleurs de Tarbes a voix au chapitre.

      Au nom de la Langue, mais quelle langue, noble dame, gentil seigneur ? Ne pas être soumis aux « Terreurs » de notre temps et vivre sa liberté, le nez au vent, sans avoir à leur rendre des comptes, tel est sans doute le but intensément chéri de la plume qui chante dans son élan d’expression.

      L’être écrivant peut-il encore nous conter quelque chose sur le chemin du pensif, hors des sentiers battus, pour illuminer nos travaux et nos jours ?

      Dans quelle langue peut-il nous faire signe dans la transparence et la tranquillité d’un matin ?

      Un au-delà au delà des clichés, est-ce bien raisonnable ?

      Kalmia

    2. Avatar de ml
      ml

      Pour Monsieur J-F R

      Bien apprécié, comme toujours, votre dernier commentaire.

      Sans doute connaissez-vous la petite-fille de Jean Paulhan, Claire Paulhan qui a publié le journal de Mireille Havet, cet esprit libre et damné des années folles.

      Son grand-père disait « Si j’étais une huître, je ne cultiverais pas ma perle »

      Le rat de la fable attiré par l’huître qui bâille et s’y fait prendre, pourrait peut-être interpeller plus d’un exilé plongé dans sa bibliothèque, à domicile. Qu’en pensez-vous ?

      Bon dimanche à tous

      m l

  13. Avatar de Anetchka
    Anetchka

    Cette belle image du pont traversé, de l’arche, cette foi en la possibilité d’un langage sans perte, sans écart entre l’idée ou l’émotion et son expression!

    Pour Artaud, ce rêve d’une langue charnelle, corporelle en expression directe, via les glossolalies, le xylophénique! Quand toute la langue commune et articulée a été brisée, et qu’une voie peut alors s’entrouvrir vers l’expression d’une vérité du for intérieur, du corps et de l’inconscient, d’une nature antérieure, en quelque sorte…Langue commune détruite et poétiquement réinventée…

    Dans une démarche inverse, mais tout aussi utopique, Umberto Eco a lumineusement analysé l’autre Quête de la langue parfaite dans la culture Européenne…Celle d’un côté des « langues a priori », les langues philosophiques, comme celle de Leibnitz: rationnelle, transparente, univoque, universelle, harmonieuse entre la pensée et le monde…avec son Alphabet de la Pensée. Et de l’autre, les « langues a posteriori », langues artificielles comme l’espéranto ; bref la quête d’une langue adamique – langue parfaite d’Adam – originelle, universelle, univoque elle aussi, passerelle entre les hommes …Comment ne pas admirer ces langues construites comme de belles et fières tours!

    Ces passionnantes chimères, porteuses d’une beauté humaniste, ne les rejetons pas, par les temps qui courent…

  14. Avatar de Clarisse
    Clarisse

    Bonsoir Monsieur le blogueur, Mesdames et Messieurs les commentateurs ?

    Je ne sais si, parfois, vous y pensez, mais je tiens à vous le dire, quand même, vous avez des références qui sont celles d’élites universitaires, si loin des connaissances du petit peuple qui n’a qu’un vieux dictionnaire rangé dans une armoire ancestrale.

    Les gens d’en bas ne lisent pas Edward Sapir ni Benjamin Lee Whorf, vous savez, chers amis inconnus !

    J’ai rencontré l’un dans « Par-delà nature et culture » de Monsieur Descola, votre éminent collègue, et l’autre dans « La gnose de Princeton » du professeur Ruyer. C’est vous dire à quel point sont minces mes pauvres sources, parbleu !

    Vous nous parlez d’arche d’alliance et nous invitez à danser sur les ponts, à l’heure où dessous, certains travailleurs y vivent car n’ayant d’autres points de chute.

    Force est de constater un fossé entre le petit peuple et le monde des élites que vous représentez.

    À l’heure de « la colombe assassinée » (H.Laborit) est-ce bien sérieux d’imaginer l’impossible trait d’union, sans fourmi pour piquer au talon, le vilain armé d’une arbalète ? Point de promontoire sur le clair ruisseau et l’érudite du haut de sa tour, cite l’Ecclésiaste et ne voit que poussière de vent sans chevauchée salvatrice, ni char fuyant dans la clairière.

    Des mots toujours des mots, rien que des mots et demeurent…nos maux !

    Clarisse

  15. Avatar de Anetchka
    Anetchka

    Chère Clarisse, fourmi au talon, vous avez raison pour ce rappel de piqûre, mais notre vie heureusement ne se réduit pas à nos élucubrations et envolées du blogue…. Nous autres êtres de paroles, dépouillés de gestes et d’actions sur la plateforme, ne manifestons qu’une petite facette de notre kaléidoscope…Et pour revenir aux passerelles, ponts et arches, tenter de mettre en lumière, par exemple, nos utopies, chimères culturelles, avec un petit bagage de données, qui vaut ce qu’il vaut, n’est peut-être pas vain?

    Pour autant, est-ce incompatible avec des échanges tout aussi intéressants, parfois en effet électrochoc, auprès d’habitants d’un village perché, ou d’une action de quartier de sa métropole, où tout notre bagage de données et de jonglage avec elles demeure discret au fond de la remise? Et parfois s’avère plutôt inutile… Il ressort souvent de ces échanges et actions que les intellectuels gradés et médaillés ne sont pas les plus dotés de conscience.
    « Science sans conscience »…le vieil adage.

    Mais de cela, il n’est pas tant question à travers ces lignes. Une toute petite facette du kaléidoscope y est dévoilée, ou pour prendre une métaphore auditive, voilà juste un espace pour gammes et exercices avant de tenter d’interpréter un morceau…

  16. Avatar de Jfr
    Jfr

    Réponse à Ml et à Clarisse…
    Ah, Ah… derrière « le vilain armé d’une arbalète » se cache un redoutable rhéteur, monstre hybride, Hydre de Lerne aux neuf têtes dont l’une est immortelle et dont la langue triple, trimégiste, déverse les anagrammes du Tartare… Suivons sa voie polymorphe, polyphone et polygraphe, ravageons nos troupeaux et attaquons le soleil, comme Sade et comme Antonin Artaud, pour embraser le monde…
    Rêvons… Freud imaginait avec les linguistes de son temps comme Karl Abel, une Ursprache, une langue archaïque de l’inconscient, langue sans contradictions, celle dans laquelle parlent les rêves, les symptômes et les formations de l’inconscient. Pour Freud, le rêve ne pense pas dans la langue ordinaire, il possède un mode d’expression archaïque, fait d’images, de déplacements, de condensations et de symboles. Cette langue fondamentale est un langage figuratif, Bildersprache, un langage fait d’images du rêve. Au théâtre ou dans le psychodrame que nous pratiquons, la Darstellung, la figuration voisine avec la Vorstellung, la représentation, à entendre ici comme acte de pensée. Un rêve se poursuit sur scène suivit d’une mise en mots. La mise en scène, la figuration des corps est accompagnée d’un travail de pensée… Les surréalistes qui dans Une vague de rêve (Aragon) et le Manifeste de 1924 (Breton) fondaient leurs exigences sur le travail du rêve (« L’homme ce rêveur définitif »), auraient mieux fait de maintenir Artaud dans l’orbe de leur cercle, tant l’auteur du Pèse-nerf et de L’Ombilic des limbes a creusé la question. Artaud veut faire exploser la langue et atteindre ce qui dans la parole précède les mots : le souffle, le cri, l’intensité, le corps dans tous ses états. Artaud « attaque la langue jusqu’à l’os », écrivent Deleuze et Guattari dans L’Anti-Œdipe et Mille plateaux. « Le délire Rodez rôde et rôt », écrit Artaud dans une lettre adressée à son amie Génica Athanasiou. Nous avons entendu hier à La Halle Saint-Pierre, à Paris, à Montmartre, les glossolalies convulsives et hallucinées d’Artaud de par la voix d’un comédien, Charles Gonzales, au cours d’une après-midi consacrée à son anti-muse Génica Athanasiou. Personne mieux qu’Artaud n’introduit le corps, ses cris et ses souffrances, dans la langue. Mieux que changer la vie et changer le monde, libérer l’inconscient, comme le voulaient les surréalistes, Artaud voulait changer l’être… Antonin Artaud, qui puise son génie dans sa folie…

  17. Avatar de Roxane
    Roxane

    « Aidons l’hydre à vider son brouillard. » MALLARMÉ, Divagations, cité en exergue au début de « L’eau et les rêves ».

    Un croquant averti en vaut bien deux et sous la baguette de la fée Dragée du blogue, on peut toujours rêver d’une adamantine suite…enchantée, au delà du temps, par-dessus les océans.

    Bonne nuit à tous

    Roxane

  18. Avatar de Alicien
    Alicien

    Bonjour !

    Vous avez bien raison Monsieur JFR d’insister sur le cas Artaud.
    Un médecin roumain qui s’occupait de promouvoir la langue française en Transylvanie, un jour à la maison,
    ne m’a onques parlé de l’amie roumaine d’A.Artaud qui était sur les planches parisiennes dans les années folles.
    Pour AA la vie doit revivre dans la métaphysique, dans l’anéantissement de la comédie culturelle pour entrer dans un espace qui n’est pas de ce monde.
    G.Bachelard le cite (Héliogabale) dans deux de ses livres où dans un passage la statue adamantine nous parle.
    Aujourd’hui, dans la cour du collège des leçons inaugurales, peut-on imaginer la statue de bronze souriant à notre égérie des langues, si loin des égouts du temple d’Emèse ?
    « Ce khanat » (Il a dans ces lettres « Anetchka ») dont vous nous présentez subtilement les contours me plaît où, dans la mesure, on peut par le trou de la serrure apercevoir dans la soue, la robe couleur du temps.
    Quèsaco, mon bon seigneur ?
    Laissons pour l’heure, la thèse sur les métamorphoses de l’image des Tartares dans la littérature et ouvrons plutôt, le cœur heureux, l’album de contes de notre enfance.
    Des contours et des conteurs…Régis le parisien et Philippe le vendéen voient juste.
    N’est-ce pas, Monsieur notre maître ?

    Alicien

  19. Avatar de Anetchka
    Anetchka

    En écho à Clarisse et à Jacques de l’Abbaye, et loin de la belle « cour carrée » du Collège de F, qui a d’ailleurs perdu sa statue ruinée, lézardée de Champollion (bientôt un ersatz ! ), allons donc faire un tour vers le petit peuple des contes, comptines, légendes et chansons.

    Pas seulement le Petit pont de bois  », la fraîche chanson évoquée plus haut d’Yves Duteil où le pont tient « par un grand mystère/ et des piquets tout droits » (comme dans l’expression familière : il a pris son manteau et la porte).

    Mais aussi « Le Pont des fées », ou Fairy Bridge » de nos voisins Outre-Manche, joli conte où il faut saluer le petit peuple (les fées) pour éviter les malheurs.

    Dans la lignée des légendes celtiques, une autre jolie arche reliant le monde des humains à celui des fées ou des dieux est Le Pont de l’Arc-en-Ciel.

    Et sur le mode ludique, Passatz pel Pont (« Passez par le Pont « ), la comptine occitane invite chaque enfant à choisir un côté du pont via un mot secret. Un peu comme le « Passe, passe passera », le jeu chanté enfantin où deux enfants forment eux-mêmes un pont….

    En arpentant nos vallons et coteaux, il n’y a pas que les Ponts de Paris et d’Avignon!

  20. Avatar de Clarisse
    Clarisse

    Bonsoir Monsieur Gilles !

    Cher Monsieur, j’ai bien lu votre commentaire détonnant dans le blogue.

    Rassurez-vous, nous sommes entre gens calmes et ne comptez pas sur moi pour crier au scandale !

    Des références aux Actes des Apôtres et au premier livre des Rois, c’est rare chez le randonneur pensif, et pour moi votre commentaire, Monsieur Gilles, mérite une sacrée réflexion.

    Je serais tenté de vous parler d’un autre pont, celui de l’Être lié à la notion d’appel si chère au physicien.

    J’ai peur de m’enliser et je préfère sur la chose, laisser l’alacre caissière et l’érudite linguiste réussir le schibboleth, palsambleu !

    Qui peut nous consoler, cher Monsieur ? Je relis S.Freud dans « Malaise dans la civilisation » 1929 :

    « Je n’ai plus le courage de jouer les prophètes devant les autres hommes, et ils sont en droit de me reprocher de ne pas savoir leur apporter une consolation, comme tous l’attendent au fond ». Cette phrase s’applique à l’entreprise de M. Heidegger qui refuse lui aussi de jouer les prophètes et d’apporter une consolation ».

    Je pense à un livre de Régis Debray où il a sa photo, celle qu’il préfère, autrement dit, un cadre blanc.

    Il termine son livre « L’œil naïf » par un appel, celle des forces du dedans….ou de l’esprit, peut-être !

    Clarisse

    Donné le dix-huit juin deux mille vingt-six

  21. Avatar de Jfr
    Jfr

    « Pontifex « bâtisseur de pont » a donné « Pontife », mais aussi pontifiant… Attention aux redites… Cherchons plutôt des anagrammes…

    1. Avatar de Aurore
      Aurore

      Comme vous avez raison de ne pas vouloir « pontifier », Monsieur JFR !

      Mais les paroles « pontifiantes », par anagramme d’un « saint pontife » sur l’IA par exemple, méritent sans doute l’écoute, n’est- ce pas ?

      M.H s’inscrit dans une philosophie athée et vous êtes un connaisseur sans nulle conteste de ce penseur.

      Plus d’un, j’imagine, brûle d’envie de vous poser la question :

      Mais alors, ça veut dire quoi sa fameuse et non fumeuse phrase, que voici :

      « Nur noch ein Gott kann uns retten » (Écrit politiques, page 260)

      Votre réponse personnelle, intuitive et non machinale sera lue, méditée dans les chaumières, Monsieur JFR et nous en feront notre miel.

      Au bon heur de vous lire dans ce blogue si passionnant.

      Aurore la caissière

      1. Avatar de Daniel Bougnoux
        Daniel Bougnoux

        Aurore cite Heidegger dans le texte, familièrement, elle en a sous la pédale, ou dans sa caisse !

  22. Avatar de Jfr
    Jfr

    Réponse à Aurore : « Seul un dieu peut encore nous sauver » écrit Heidegger dans un entretien célèbre publié après sa mort. Ce dieu est notre rapport au monde, à l’être et à la poésie. (dans ma compréhension personnelle…). Heidegger se référait à Holderlin et à un vers célèbre du poète : „Voll Verdienst, doch dichterisch wohnet der Mensch auf dieser Erde.“ « Plein de mérites, mais poétiquement l’homme habite sur cette terre ». Heidegger a consacré au poète une conférence célèbre intitulée « … dichterisch wohnet der Mensch … » (1951), où il cherche à montrer que « poétiquement » (dichterisch) ne signifie pas vivre dans le rêve ou la fantaisie, mais demeurer sur la terre en étant attentif au mystère de l’être, plutôt qu’en cherchant seulement à maîtriser et exploiter le monde. Wohnen, habiter la terre ce n’est donc pas l’exploiter avec la Technik, c’est la découvrir, comme on découvre l’être au fond de soi ou en face de soi, avec surprise et étonnement…

    1. Avatar de Jacques de l'abbaye
      Jacques de l’abbaye

      Cher Monsieur J-F R, votre dernier mot va encore faire causer dans les chaumières avec la caissière qui mène le bal. (Pas de bal musette, ce jour, au village, M le préfet l’a interdit !)

      Ce mot me fait penser au titre du livre d’un ami, archevêque, avec lequel, dans un espace public, j’ai organisé un sain débat à propos du rapport de Régis Debray sur le fait religieux. Il s’intitule « L’étonnement de croire » qui en appelle à une conduite accompagnée.

      « Mais qu’est-ce que l’étonnement sinon le stade suprême de la curiosité ? De ce désir insatiable en l’homme depuis Adam de forcer le coffre-fort de l’irrévélé, de soulever le masque du caché, de perquisitionner dans l’inconnu ? » questionne Charles Dobzynski dans sa préface aux « Chroniques de l’étonnement » de l’ancien rédacteur en chef de la revue Phréatique et sociétaire de la société des gens de lettres.

      Martin Heidegger s’extasie devant sa télé en regardant Franz Beckenbauer et parle d’étonnement dans ses « Questions I et II » quand il professe ex cathedra et ce n’est pas étonnant !

      1966-1976 Dix ans séparent une parole sur la « maison de l’Être ». J’aurais aimé que le biographe, l’excellent Monsieur Ratte, bien connu des lecteurs de « Médium », nous éclaire sur la conclusion spiritualiste de « Démocratie française »?

      En ces temps-là, j’ai posé la question à mon député par l’entremise d’un standard d’une chaîne TV.

      La journaliste rigolait et mon pauvre député, dépité sur sa chaise, a dit qu’elle était très explicite la conclusion qu’il n’avait sans doute oncques lue.

      Et nos intellectuels, cher Daniel, qu’en disaient-ils à l’époque, si ce n’est de laisser la chaise vide sur la lodiciquarte d’un « Hasard Destin » ?

      Détonnant, non !

      Bonne soirée à tous en prenant le serein si possible, là où vous êtes.

      Jacques de l’abbaye

      1. Avatar de Daniel Bougnoux
        Daniel Bougnoux

        Prendre le serein ? Je ne sais mon cher Jacques ; les premières gouttes d’un orage qui grondait depuis une heure, et qui va peut-être nous rafraichir ; gouttes très bienvenues pour l’olivier que nous avons planté ce matin avec Odile, au jardin…

  23. Avatar de Gilles
    Gilles

    Parfois aussi les dits ponts en culture sont ou semblent faux-semblants , fuites face aux appels du réel ou des réalités , voire sérénité cultivée de l’ entre-soi , bulles , quand vient à prévaloir une sorte d’ idolatrie . Bien sûr , la culture a ses richesses , elle mène à réfléchir , à découvrir , même à rêver voire s’ émerveiller . Et les temps incertains , troublés , menaçants , belliqueux , sont autant de temps anxiogènes , et la culture dès lors peut offrir un abri en haltes . Mais la culture de l’ entre-soi , comme sur un autre registre les cultes ou religions de l’ entre-soi , peut , dans une sorte de repli voire d’ idolatrie ou de justification de soi cultiver ou nourrir le pire ou les pires en trésors inertes de momies et variations sur le culte des pyramides . Les mains dans le cambouis du réel ce n’ est pas interdit ni incompatible ni incompatible avec l’ Espérance : « Entrez …. » Entrez aussi en pages et livres , et Livre . En citations Chateaubriand des mémoires d’ outre-tombe tome 2 livré 44 , devançant sans le savoir Jean-Paul II parmi d’ autres , « Entrez…. »et des ponts et journées d’ Assise aussi , l’ Espérance est aussi et même en silence un Cri

    1. Avatar de Roxane
      Roxane

      Gilles, pourriez-vous, s’il vous plaît, préciser vos références sur la citation des Mémoires d’Outre-tombe ?
      Bien à vous

      Roxane

  24. Avatar de Gilles
    Gilles

    Nota bene : ce n’ est pas l’ orage qui approche ni la chaleur pesante . Ce qui se passe à l’ Est en spirale et entêtements des deux côtés , des deux côtes ou de deux blocs , est préoccupant . Sans publications svp et merci , comme « garder » le serein

    1. Avatar de Aurore
      Aurore

      Oui, vous avez sans doute raison, tout ça n’est qu’élucubrations !

      Mais il se peut que derrière ce rideau de fumée, se profile en toute discrétion quelque chose de vrai, d’ultra vivant.

      Bien sûr, ça reste à voir !

      Bon dimanche

      Aurore

      P.-S : Laissons, pour l’heure, « le vent d’orages lointains » à son anagramme : ‘ »ondes gravitationnelles » et enivrons-nous de peu de choses…dont nous sommes, grand clerc ou simple paysan.

  25. Avatar de Gilles
    Gilles

    NB en réponse et complément : sans en faire un bréviaire , ni un guide suprême moral ou religieux ou politique ou identitaire , Chateaubriand nous a légué de profondes pages égrenant le temps depuis les Mémoires d’ Outre-Tombe tome 2 livre 44 chapître 7 une petite madeleine parmi d’ autres

  26. Avatar de Gilles
    Gilles

    Les dits grands de ce monde ou diverses chefferies jouent tragiquement avec le feu en spirale . L’ inconscience règne dans les idéologies des deux blocs . La France disparu diluée aspirée dans l’ un des blocs quand sa dite voix d’ antan dite très particulière jusqu’ à s’ interposer et gagner d’ autres à s’ interposer semble éteinte . L’ idéologie raidit en spirale et spirale de ravages et d’ aveuglements . D’ actualité ? Il est d’ autre mendiant que celui de la fin d’ Electre du cela s’ appelle l’ aurore . Le « Mendiant » porte un Nom et l’ Espérance

    1. Avatar de Roxane
      Roxane

      Cher Monsieur Gilles, je ne sais si cette référence est la vôtre mais comme l’espérance a voix au chapitre, je me permets de faire la citation (3 L43 Chapitre 7) :

      « Il y a deux conséquences dans l’histoire, l’une immédiate et qui est à l’instant connue, l’autre éloignée et qu’on n’aperçoit pas d’abord. Ces conséquences souvent se contredisent ; les unes viennent de notre courte sagesse, les autres de la sagesse perdurable. L’événement providentiel apparaît après l’événement humain. Dieu se lève derrière les hommes. Niez tant qu’il vous plaira le suprême conseil, ne consentez pas à son action, disputez sur les mots, appelez force des choses ou raison ce que le vulgaire appelle Providence, regardez à la fin d’un fait accompli, et vous verrez qu’il a toujours produit le contraire de ce qu’on en attendait, quand il n’a point été établi d’abord sur la morale et sur la justice.

      Si le ciel n’a pas prononcé son dernier arrêt ; si un avenir doit être, un avenir puissant et libre, cet avenir est loin encore, loin au delà de l’horizon visible, on n’y pourra parvenir qu’à l’aide de cette espérance chrétienne dont les ailes croissent à mesure que tout semble la trahir, espérance plus longue que le temps et plus forte que le malheur. » (Fin de citation)

      Il y a dans « L’espérance » les dix lettres de « La présence ».

      Je me souviens du Credo de Claude Imbert où il travaille le passage avec cette « petite fille idiote nommée « espérance », qui court derrière son cerceau… » Il faut du corps à cette vertu, ce principe, et j’ai peut-être trouvé une réponse dans « L’espérance folle » de Guy Béart, un titre pour une chanson et un livre.

      Vous mentionnez judicieusement le mot de la fin de la pièce de Jean Giraudoux, représentée pour la première fois, le 13 mai 1937, au théâtre de l’Athénée, dans une mise en scène de Louis Jouvet.

      Je pensais, ce matin, à ce mot de Régis Debray : « Cela s’appelle le couchant, femme Narsès ». Je ne me souvenais plus dans quel livre de RD l’avoir lu, alors j’ai décidé d’interroger l’intelligence artificielle qui m’a orienté vers deux livres de R. Debray, qu’il n’a oncques écrits de sa vie. Et comme je prends des notes en lisant un livre, j’ai pu finalement trouver dans le grenier, la référence exacte : »D’un siècle l’autre », page 149.

      Régis Debray aime beaucoup F-R de Chateaubriand dont il a une grande connaissance de l’œuvre.

      Il l’a prouvée, un jour d’été finissant, dans une balade champêtre, au fin fond de la campagne française.

      Et dans son dernier livre, l’auteur susmentionné est cité en exergue : « J’ai vu finir et commencer un monde ».

      Dans la sphère de Médium, un lapsus du directeur, peut-être révélateur, a « magnifié » un homonyme.

      Notre maître qui s’est occupé de la rédaction de la revue en a peut-être quelque remembrance.

      Votre conclusion, Monsieur Gilles, est édifiante.

      Je pense avoir trouvé le nom du « Mendiant » dans un livre d’un physicien « À la recherche du réel ».

      Son nom est « Personne ».

      Merci à vous pour la densité de votre réflexion.

      Bon dimanche à tous.

      Roxane

  27. Avatar de Gilles
    Gilles

    Personne , non / ou plutôt « Mendiant » de « joug facile à porter et fardeau léger » , de multiples chemins partagés hors-les-murs aussi (parfois ce n’ est pas facile qd même ! de la poutre dans l’ oeil en rappels et d’ essayer les pieds sur terre depuis un Lavement des pieds) sans rien imposer par force ni injustice , sans prix d’ ici-bas mais Paix (et des paix selon les réponses ) Espérance

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À propos de ce blog

  • Ce blog pour y consigner mes impressions de lecteur, de spectateur et de « citoyen concerné ». Souvent ému par des œuvres ou des auteurs qui passent inaperçus, ou que j’aurai plaisir à défendre ; assez souvent aussi indigné par le bruit médiatique entretenu autour d’œuvres médiocres, ou de baudruches que je…

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À propos de l’auteur

  • Daniel Bougnoux, professeur émérite à l’Université Stendhal de Grenoble, est ancien élève de l’ENS et agrégé de philosophie. Il a enseigné la littérature, puis les sciences de la communication, disciplines dans lesquelles il a publié une douzaine d’ouvrages.

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Les derniers commentaires

  1. Bon voyage au Randonneur donc, Addison m’a bien fait rire et, en plein accord avec lui, je ne suis PAS…

  2. À bicyclette…Quelle bonne idée ! Soyez très prudent sur les routes, quand même, fussent-elles départementales ! Je vous dis « À…

  3. Pardonnez mon retard à valider votre commentaire cher nouvel entrant, mais le randonneur… randonne, à vélo entre Brest et Saint…

  4. Bonjour Mademoiselle,Madame, Monsieur ! Je viens de lire posément quelques commentaires de ce blogue et au risque de vous surprendre,…

  5. Magnifiques documents… ils évoquent non seulement des faits historiques que nous connaissons, mais ils révèlent en plus l’engagement de ceux…

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