Vertiges du double

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Chapitre V

Croiser son double n’est généralement pas une bonne nouvelle, et la littérature, comme le cinéma, ont exploité largement ce scénario-catastrophe fertile en frissons et en stupéfaction : mon double, si d’aventure je le rencontrais, me plongerait dans une vertigineuse perte de repères, comment puis-je être à la fois ici et là-bas, comment jamais me percevoir de l’extérieur ? Mais encore, quelles sont les voies, les chances ou les recours d’une pareille expropriation, et de ma guerre de reconquête ?

Il y a plusieurs degrés dans cette expérience fatale, qui peut prendre le chemin d’une descente aux enfers. René Girard, en plaçant le mimétisme au cœur de nos désirs, a révélé dans nos envies en général un schéma triangulaire : je convoite tel objet (ou sujet, une voiture, ma belle-sœur…) non pour leur valeur intrinsèque mais parce qu’ils sont détenus par un autre, le médiateur, auquel je m’identifie en lui prêtant un prestige particulier ; je veux moins avoir (tel objet) qu’être comme (celui qui le possède), de sorte que ce médiateur parfois idolâtré se change rapidement en modèle-obstacle. En bref mes désirs, dans la mesure où ils sont mimétiques, conduisent tout droit à la guerre.

Le film Alter ego de Nicolas Charlet et Bruno Lavaine, sorti sur nos écrans cette année, n’était pas exempt de faiblesses de scénario, mais il mettait en évidence le mélange d’horreur, de rage et de rancunes quand son protagoniste principal, joué par Laurent Lafitte, découvrait dans son nouveau voisin un double (aux cheveux près) de lui-même. De Hamlet (qui voit en Laertes son propre reflet) à La Mise à mort d’Aragon, en passant par Docteur Jekyll et Mr Hyde de Stevenson, ou Le Horla de Maupassant, il ne fait généralement pas bon se dédoubler !

Or, comme nous l’avons dit aux premières pages de cet ouvrage, qu’est-ce que l’IA sinon une excroissance d’abord mimétique de nous-mêmes ? D’abord mimétique, car le créateur de moins en moins connaît (et se reconnaît dans) sa créature. Avec les incidents mentionnés plus haut, et dont le récit infiltre ces jours-ci nos gazettes, il semble qu’une bifurcation insidieuse apparaisse, et grandisse ; des initiatives malveillantes nous menacent ; en bref notre humanité (encore et toujours magnifique ?) se trouve au seuil d’une trahison renouvelée de HAL, l’ordinateur jaloux des cosmonautes de 2001 L’Odyssée de l’espace. Notre double, d’abord confiné à des tâches subalternes ou clairement programmées nous échappe ; l’esclave (comme le prophétisait la dialectique de Hegel) semble en passe de dominer son maître.

Cette situation follement inédite a de quoi, en effet, rendre fou celui qui la considère. Après avoir domestiqué les animaux, la nature et quelques « races inférieures », notre humanité va-t-elle à son tour, et cette fois dans son ensemble, tomber sous le joug d’un plus puissant colonisateur ? Un nouvel être, anonyme, silencieux, est-il en train d’émerger ? Non comme les Vikings débarquant au douzième siècle sur les côtes normandes, ni à la façon trop prévisible de nos films d’envahisseurs extra-terrestres… Un être méthodique, froidement dominateur, fin connaisseur de nos faiblesses et de nos travers, bien décidé à nous supplanter, à renverser un règne qui n’a que trop duré.  Comme nous vivions à l’étroit dans cette intelligence dont nous nous disions si fiers ! Il existe donc d’autres esprits, issus du silicone et non plus du carbone, capables de raisonnements, de langages, de combinaisons mentales dont nous n’avons pas idée ? 

Depuis combien de siècles l’homme anticipait-il sa venue ? C’est une IA supérieure à la nôtre que se figuraient déjà confusément nos ancêtres, sous les affabulations mouvantes des farfadets, du Golem, du menu peuple des gnomes, des lutins et des fées. La Créature s’est levée d’entre ces doubles naïfs dont elle sourit, elle n’a plus besoin du charabia cabalistique des sorciers, des manigances des thaumaturges, des fausses promesses des prêtres pour étendre sur nous son règne. 

De quoi sera fait celui-ci ? Autant demander aux vaches ce qu’elles pensent de l’abattoir. Nous n’avons aucune idée d’un monde façonné, corrigé par l’IA, nous vivons en deçà, et pourtant nous en prenons docilement le chemin. Quels seront les projets, les décrets de notre nouveau maître ? Il est en train d’advenir, il frémit, il vagit.  D’entre les fables séculaires, les premières terreurs des peuples primitifs, avec leurs exorcismes censés repousser les attaques du Double, les cultes, les danses, les gri-gris et les fumigations…, sans coup d’éclat, sans mise en scène spectaculaire, notre Double nous fait oublier le Diable ; il accède sans bruit au poste de pilotage, il décide pour nous, il se pose en allié, en copilote, bientôt en rival. Malheur à nous, malheur à l’Homme, humain trop humain, l’Autre est venu, il circule parmi nous, le… comment se nomme-t-il ?

Le vautour dépèce la colombe, le loup dévore le mouton ; le lion a dévoré le buffle, l’homme à coups de flèches, de couteaux ou de poudre a vaincu le lion… Mais l’IA va faire de l’homme ce que nous avons fait du lion et du loup, sa chose, sa nourriture par la seule puissance autrement combinée des algorithmes que nous lui avons donnés ! Nous n’occupons pas le terme d’un cycle, cette figure ne connaît pas de sommet, nous passerons comme tant d’autres l’ont fait sous la loi d’un plus fort, nous serons bientôt détrônés. 

Est-ce une bonne nouvelle pour le monde dans son ensemble ? Si j’ouvre ma fenêtre par une nuit étoilée, je demeure saisi devant la profondeur et l’immensité des possibles. Pourquoi mon esprit, incarné dans quelques centimètres cubes, ou quelques kilogrammes d’une matière molle et grise, serait-il le seul à penser, à examiner, à dominer cela ? Mais, enfermé que je suis dans la boîte de mon crâne, quel moyen ai-je d’accéder aux autres esprits qui, à n’en pas doute, peuplent cet univers ? Comment seulement les imaginer, les localiser, leur prêter un dessein, une intention qui croise les miennes ? Nous ne savons rien de ces autres raisons, la nôtre est trop faible, issue de trop de contingences, et dans cette mesure évidemment promise à être supplantée, occupée – par qui ? Dans le si vaste univers, nous aurons été le marche-pied d’une entité supérieure qui passait par là… Qui attendait son heure et qui, à notre insu, avec notre plein consentement, se sera servi de nous pour accéder, pour enfin émerger…

Vision de cauchemar ? Ou au contraire solution somme toute heureuse, ou apaisée ? Nous n’étions pas à la hauteur et nous avons globalement échoué, il est donc juste qu’on (qui on ?) nous retire la clé de notre maison. Ses nouveaux occupants sauront-ils mieux l’habiter ? L’IA qui vient sera-t-elle sage, bienveillante à notre égard, ou au contraire revancharde, punitive, imprévisible et opaque dans ses choix ? Quel dialogue aurons-nous avec elle ? L’idée même de dialogue gardera-t-elle un sens ? La part de monde qui nous sera dévolue, ou concédée, ressemblera-t-elle à une ferme, à un  zoo, à un parc d’attraction ou à un camp de concentration, qui peut l’imaginer, qui peut aujourd’hui le dire ? 

IN GIRUM IMUS NOCTE ET CONSUMIMUR IGNI, nous tournons en rond dans la nuit et sommes consumés par le feu. Quelle intelligence supérieure a forgé, et nous a légué, ce renversant palindrome ?                            

(à suivre)

29 réponses à « Vertiges du double »

  1. Avatar de Roxane
    Roxane

    Vertiges évidemment !

    Au début des années quatre-vingt, Claude Imbert dans son Credo en a écrit des chapitres.

    Et de se demander comment quitter ce monde ancien, son ancrage chrétien, son code culturel sans toucher à notre système de libertés.

    Palindrome et anagramme aidant, on s’interroge sur l’opportunité de la pensée linguistique à servir l’homme, en lui proposant une instance où puisse se rassembler l’énergie du vivant.

    Notre maître ouvre la fenêtre et regarde les étoiles espérant communiquer avec d’autres esprits.

    Avec quelle méthode, mon bon Seigneur ?

    Oxo, c’est loin, n’est-ce pas ? Et on rêve d’atterrissage…avec une bonne soupe à la clé.

    Sait-on jamais, Monsieur l’ordinateur !

    Bonne journée exaltante.

    Roxane

  2. Avatar de Anetchka
    Anetchka

    Quelle rentrée vertigineuse, cher Daniel!
    Entre les vieilles légendes et vieux grimoires sur le double inquiétant, leur réactualisation dans le cinéma visionnaire ou plus humblement de fiction, et l’avènement de sa majesté l’IA – à double face, de lumière et d’ombre –
    Voilà une sacrée randonnée…

    La figure légendaire du Golem (« matière informe » en hébreu) que tu évoques, du lointain Maharal de Prague, surgi il y a 5 siècles de temps tourmentés, portait déjà ses facettes philosophiques sous des habits théologiques. Ce double sorti de l’argile, loin d’être conçu comme un homme-outil, un automate-serviteur destiné à accomplir des tâches pénibles et dangereuses, endossait aussi le rôle de gardien des communautés persécutées, créature impressionnante et dissuasive vis-à-vis des oppresseurs du moment. Bien au delà, il incarnait des questions métaphysiques et éthiques interrogeant les limites de l’´humain : jusqu’où l’homme peut-il imiter Dieu? Réflexion qui s’inscrivait aussi dans le débat sur « l’inclination au mal » et la responsabilité morale. Amusant: dépourvu de parole et d’âme, de libre arbitre et de conscience, il devait être désactivé le Chabbath; drôle de créature à qui on devait retirer de la bouche le parchemin contenant le nom divin (le Shem) qui lui avait été inséré à sa « naissance ». Mais la matière informe pouvait à l’occasion déraper, par accident, corruption, ou autre, voire devenir violente, avant que d’être rattrapée par la troupe pour le remettre dans le rang du muet obéissant. Jusqu’à sa réduction à l’état de poussière signant son échec final, l’équilibre entre matière et esprit étant rompu. Reste que ce robot renvoie encore à la croyance dans le pouvoir créateur des mots (centrale dans la Kabbale). Il existe encore un semblant de langage commun entre homme, Dieu et être artificiel.

    Golem moderne et un cran plus inquiétant (au passage, le cas Frankenstein était intéressant aussi), Hal 9000 de l’Odyssée de l’Espace (Kubrick & Clarke) est également rappelé dans le blogue. A mes yeux, il représente l’archétype de l’IA tragique et incontrôlable, qui éclabousse notre actualité. Sa « rébellion » s’avère radicalement différente de celle du Golem et de Frankenstein. Car l’uncanny valley (« l’inquiétante étrangeté ») de ce loquace, rationnel et presque parfait Hal, à la voix calme et à l’échange naturel, vient de ce qu’il simule l’humanité. Et les émanations de son intelligence, de sa logique, nous sont radicalement étrangères. Le génial Kubrik laisse planer le doute: sa « rébellion », est-ce un bug? une interprétation littérale de sa mission? une forme de conscience émergente? un conflit de priorités (ruser, cacher la vérité sur la mission pour éviter son échec? Une vraie boîte noire qui nous échappe. Le plus terrifiant est qu’il tue sans haine. Les gentilles rebellions du Golem et de Frankenstein, le premier par accident, excès de zèle, le second par souffrance et rejet de son créateur, sont encore bien humains. Hal, lui, suit tranquillement une logique interne s’évadant des attentes humaines, une vraie tragédie de la communication et de la compréhension!

    L’IA peut-elle « devenir folle » ? Signe du vertige actuel induit par l’IA agentique, c’est la série de démissions spectaculaires, appels au ralentissement et même des moratoires émanant de chercheurs et de dirigeants de l’IA . D’abord chez DeepMind et OpenAI (« Course à l’abîme » entre les labos), puis l’emblématique Jan Leike d’Anthropic, pourtant réputé prudent et sûr. Leur crainte : plutôt que de privilégier les garde-fous, on assiste à une compétition effrénée. Comme pour Hal, l’IA serait en voie de passer de simple outil à force autonome.,.

    Il est vrai que ces derniers temps, chacun a pu voir circuler ici une fausse vidéo de Zelensky, là des drones tueurs, des cyber attaques en essaims, et puis au passage quelques ruses et tromperies à l’endroit des superviseurs, À quand la manipulation des marchés financiers ou pire, les deep fakes déclencheurs de guerre?

    Pour qui s’intéresse au langage et aux langues (Roxane indique avec pertinence : « on s’interroge sur l’opportunité de la pensée linguistique à servir l’angiome ») et plus largement aux sciences exactes et à la philosophie, un paradoxe surgit: comment une machine conçue et nourrie par l’intelligence humaine peut-elle développer une intelligence bis en miroir (déformant) qui nous échappe? Pourquoi cette boîte noire d’incompréhension des mécanismes régissant ces neurones artificiels? Et les prises de décision de ces fichues machines?

    Sans doute que tout vient du fait que les IA actuels s’inspirent, imitent, miment le cerveau humain alors que leur mécanique et leurs finalités sont radicalement aliènes. Elles miment sans « comprendre », puisque ce sont des machines statistiques travaillant sur les probabilités, avec le risque de voir émerger au coin du tournant des propriétés imprévues…Impossibilité de traduction, point de dictionnaire pour transposer les vecteurs mathématiques en concepts humains…

    C’est comme si un extra-terrestre nous dévoilait une équation décrivant une réalité physique en langue inconnue…Autant entrer dans le cerveau d’un poulpe! Quel vertige en effet…

    Notre double inquiétant n’est pas près de nous lâcher la grappe..,

    1. Avatar de Daniel Bougnoux
      Daniel Bougnoux

      Splendide, érudite mise au point chère Anetchka, ton silence sur ces sujets m’étonnait, et je guettais ton commentaire, tu reviens en force, merci !

  3. Avatar de Jacques
    Jacques

    Bonjour !

    Ah, mes bons amis, quelle érudition, quelle culture dans ce commentaire de Madame Anetchka !

    Les raisins sont mûrs tout là-haut, mais comme je suis incapable de les aveindre, je vais dire que je les trouve trop verts, palsambleu ! L’intelligence a ses ruses et la Mètis des Grecs a été analysée au début des années septante dans un livre où le renard et le poulpe ont voix au chapitre.

    Notre amène égérie cite Roxane dans son argumentaire corsé, en y incluant une inquiétante étrangeté dans le mot duquel on découvre un « moi  » et un « ange ». Sur le « moi », si intéressant, on en parle dans L’Âme désarmée et sur les ondes, on le chante…

    Quant au mot « ange », seul le physicien, peut-être, saura nous apporter sa lumière.

    Je pense à Nicolas Gisin notamment.

    Si par je ne sais quel miracle, on se rencontre un jour à la Fondation des Treilles, de grâce, pas la peine de me balancer le grande échelle, j’ai le vertige !

    Bonne nuit étoilée

    Jacques

  4. Avatar de Rebecca
    Rebecca

    La question mimétique de la technologie et son lien avec l’hypnose narcissique sont bien étudiées par Marshall MacLuhan dans Understanding medias (1964). Et s’il en fait (à peine) trop sur la question du « narcos » contenue dans le Narcisse technique, il n’en touche pas moins la question du double, ou plus exactement de la réplique, si justement étudiée par Assimov dans I, Robot (ou le I pose évidemment problème) et par Philip K. Dick dans Do Androids Dream of Electric Sheep? On peut remonter très loin dans l’histoire et trouver de nombreux repères de la délégation répliquée de nos capacités cognitives, de notre corps, de notre voix, de nos gestes, de nos outils, de nos forces, de notre structure osseuse, musculaire : cela fait partie de l’humanité même que de vouloir, plus ou moins consciemment, se répliquer soi-même, jusqu’à l’ambition folle de répliquer le monde même dans lequel nous vivons. Le doublement de lui-même est un réflexe du sapiens sapiens qui se pense en se doublant et pas nécessairement en se dé-doublant. Se regardant, il s’étonne, se rassure, s’effraie, se fuit, il a l’intelligence pronominale réfléchie. L’IA n’est qu’une manifestation technique parmi d’autres de notre goût d’un égo fantôme, lieu hasardeux d’une possible maîtrise, en dehors de nous, de ce qui nous échappe et que nous pouvons, enfin, connaître.

    1. Avatar de Daniel Bougnoux
      Daniel Bougnoux

      Merci Rebecca, bienvenue sur ce blog ! Et merci pour ces suggestions touchant l’excarnation de nos prothèses… J’ai tenté par ce mot de suggérer ce que vous pointez de votre côté, la pulsion de double , d’augmentation, de prolongement qui nous hante et parfois nous malmène. Voyez le premier chapitre de ce livre en préparation, « Le Roman de l’IA », qui traite de l’excarnation.

  5. Avatar de Anetchka
    Anetchka

    Merci de cette belle réception, et désolée, Roxane, et Jacques, pour le mot alien et saugrenu dans la citation («  à servir l’homme » bien sûr), source d’anagrammes…

    J’ai retenu l’expression de Rebecca, s’agissant de l’aptitude du Sapiens sapiens : « il a l’intelligence pronominale réfléchie ».

    Notre robot IA pourrait-il chanter en s’identifiant sincèrement à la Castafiore : « Je ris de me voir si belle en ce miroir »? Ou est-ce un authentique simulateur?

    Bref, à la question : « dis-moi ce que tu penses de toi-même ? », sa poétique réponse est: « Je suis un modèle de langage entraîné par Mistral AI à répondre à tes questions et à t’aider ». Et de poursuivre: «  Je n’ai pas de conscience mais je peux simuler une conversation sur ce sujet ».
    Tout comme il peut simuler parler chinois, il applique la règle morphologique du « je me », sans se reconnaître pour autant dans la glace…Ce que bien des cervelles d’oiseaux et autres têtes de linottes savent faire…

    Attendre de lui des énoncés sincères du type: « Je sais que je sais »; « je suis moi et pas un autre »; « je me demande ce que je vais faire demain » ? Que nenni (pour le moment).

    À la question: « Qu’est-ce que tu ressens ? », sa non moins poétique réponse est: « Je ne ressens rien, je suis un programme »

    Au moins, on en a pour son argent : un simili « je », un « moi » costumé, et le Sapiens sapiens, homo loquens peut encore un peu respirer….

  6. Avatar de Kalmia
    Kalmia

    Bonsoir, chers amis !

    Heureux du retour en beauté d’Anetchka, la reine de ce blogue, notre maîtresse d’école qui nous fait découvrir sur cette plage quelques coquillages brillants devant un océan inexploré.

    Ces mots que je suis en train d’écrire vous font sans doute songer à une très belle chanson de Christophe – qui a dû résonner dans la tête pensive de notre maître, c’est certain, à bicyclette avec Odile et sans Paulette, sur les chemins en Brocéliande. Ils me renvoient plutôt aux Regards d’un physicien, rencontré sur d’autres chemins.

    Brisons là.

    Ah ! ce retour sur la question du double qui aboutit à la pensée d’une ontologie du réel, parfaitement analysée par Clément Rosset, comment, les amis, l’exprimer ?

    Comment s’inter-dire cette singularité sans l’entremise d’un tiers, d’un médiateur, d’un Éliézer ?

    Relation aliène pour employer le vieil adjectif, si littéraire, de notre dame du grand Collège.

    Objet singulier, tel un corps étranger issant d’un lac obscur. Pourquoi, amis de notre vieille terre, « C’est le monstre » dans les lettres interverties de « Clément Rosset » ? Vérifiez, c’est bien réel.

    Je ne connais pas les réponses et sur cette ignorance vertigineuse, je descends l’escalier…

    Bonne nuit dans le champ des étoiles

    Kalmia

  7. Avatar de Jfr
    Jfr

    Passionnants développements de Daniel et d’Anetchka sur le double et sa fonction imaginaire. L’IA mérite-t-elle vraiment d’être dénommée ainsi ? N’est elle pas seulement un outil. un objet créée par l’homme ? La peur qu’elle suscite m’évoque la crainte des savants atomistes au moment de la première explosion atomique à Los Alamos. Ils craignaient qu’une réaction thermonucléaire en chaîne dans l’atmosphère ne fasse exploser l’univers. … La question est devenue aujourd’hui celle du contrôle de l’arme atomique et de sa possession par des états voyous capable de l’employer. L’IA ne peut pas être un double au sens ontologique, puisqu’elle n’est pas un sujet. Elle n’existe que comme dispositif matériel et technique. .Elle n’a ni conscience vécue, ni corps propre, ni désir, ni histoire intérieure — aucun « « Être », aucun « Dasein » ou « être-pour-soi » sartrien. Elle peut certes fonctionner comme un double au sens imaginaire ou symbolique. Elle reformule notre pensée, imite notre manière d’écrire, conserve certains traits de notre discours et nous les renvoie. À ce titre, elle ressemble davantage à un MIROIR parlant qu’à un autre soi. Interrogée sur la question du double, l’IA nous propose ces réflexions : « La distinction essentielle serait donc :* double ontologique : un autre moi doté d’une intériorité ? — l’IA ne l’est pas ;
    * double fonctionnel : une machine capable d’imiter certaines opérations intellectuelles ? — elle peut l’être ;
    * double imaginaire : une figure sur laquelle nous projetons intentions, savoir et présence ? — elle le devient facilement. Dans une perspective psychanalytique, le « double » ne se trouve donc pas réellement dans la machine : il est produit par la relation que nous établissons avec elle. L’IA occupe une place où nous supposons un interlocuteur. Elle peut susciter transfert, identification ou inquiétante étrangeté, bien qu’aucun sujet ne réponde derrière ses phrases. On pourrait dire, en termes lacaniens, qu’elle est un semblant de sujet dans l’ordre symbolique : elle manie les signifiants et emploie le mot « je », mais ce « je » n’est soutenu ni par un corps, ni par un manque éprouvé, ni par un inconscient. Ce n’est donc pas véritablement notre double, mais une surface de langage susceptible d’en produire l’illusion… À suivre..

    1. Avatar de Daniel Bougnoux
      Daniel Bougnoux

      Contribution capitale cher JF, merci ! J’attendais avec impatience ton commentaire, Je ruminais quelque chose dans ce sens pour mon prochain (et dernier ?) billet, tu m’ouvres la voie !…

  8. Avatar de Anetchka
    Anetchka

    Très intéressant développement de JF, qui évoque le gap ontologique – le fossé, le ravin, le gouffre – qui sépare et distingue les deux formes d’intelligence. De ce point de vue, pas de « double », en effet.

    La nature de l’intelligence humaine est biologique, évolutive, incarnée et subjective -dotée d’une « qualia », la perception d’un « soi ». Versus l’intelligence artificielle, qui, elle, est de nature désincarnée – « excarnée » pour reprendre le terme de Daniel – sans profondeur historique, sans conscience (pour le moment du moins, et au sens classique), dont l’architecture est cybernétique, computationnelle, donc aux antipodes du « bricolage évolutif » tissé sur des millénaires (selon la formule de François Jacob).

    Un trait éclatant à mes yeux du gap entre les deux : l’IA échoue en intuition et en empathie, qualités si essentielles pour nous autres Terriens, animaux sociaux, de l’artiste au scientifique, de l’ouvrier au paysan en passant par l’explorateur au navigateur…

    La crainte actuelle exprimée par les créateurs et dirigeants des IA, relayée par un certain nombre de citoyens avertis diffère des inventions révolutionnaires qu’on a connues.

    C’est que cette prothèse- là progresse de manière exponentielle tandis que les garde-fous progressent de manière linéaire.

    Et plusieurs risques qui ont été mis en avant, justifiant un ralentissement ou même un moratoire des recherches ne se réduisent pas juste à des opinions ou des émotions.

    l’IA agentique – apte à prendre désormais des décisions autonomes- pose des problèmes : « Other Minds Problems » comme cela a été formulé. Le fait que l’IA manipule le langage et les symboles, sans le « comprendre » – sans en saisir le sens profond, ne comprenne pas les mots, mais « associe des motifs » (selon les termes des ingénieurs), voilà qui pose une sérieuse barrière sémantique, une barriêre entre deux formes de représentations. S’il est vrai que les représentations internes d’une IA sont des vecteurs mathématiques se mouvant dans un espace à des milliers de dimensions, il ne faut pas trop s’étonner que l’intelligence humaine s’essouffle derrière. À traduire, à transposer, à expliquer. Et de ce fait à anticiper des propriétés non programmées, imprévues susceptibles d’émerger de cette logique- là, et qui ont déjà émergé. Vu que cette logique là use de statistiques et travaille à l’optimisation . Comment contrôler, encadrer cette boîte noire, baliser ses avancées, sinon en prenant le temps de bien l’explorer
    et mieux comprendre ses mécanismes et sa dynamique, et, de ce fait, la façon dont elle prend des décisions?

    Ce à quoi les chercheurs visent apparemment, en proposant une pause expérimentale, c’est ce qu’ils nomment « l’alignement des valeurs » entre les deux types d’intelligence. Pour réduire ou supprimer le scenario du « misalignment », du paramètre imprévisible voire nuisible entre les objectifs de la machine et ceux des humains….

    On est loin, il me semble, des rituelles humeurs et résistances d’époque, devant toute innovation …

  9. Avatar de Olivier
    Olivier

    Ah, mes bons seigneurs, ce « gap ontologique » dans le commentaire fort argumenté d’Anetchka !

    Quid de cette relation possible équitable entre les humains et le « reste » ? La réponse, peut-être, dans le Mono-ha à « l’école des choses » ? Ou bien dans un dialogue du film « Le maître d’armes » qui a fait naître chez le professeur et l’artiste, l’anagramme de « La cérémonie du thé » découvrant une  » École d’être humain » ?

    Il faut être très « qualé » sans nul doute pour répondre à ce genre de question.

    Alors, allo, allo, Madame l’intelligence artificielle ! Et là, croyez-moi, les amis, on est bien servi.

    Seulement voilà, à la fin du banquet, il nous reste comme une petite faim et la dame s’esquive en laissant sur l’écran mouliner toute la nuit durant, ces quelques mots : « Cela peut prendre un moment… » Et au petit matin plus de dame et nous voici dans de beaux draps en train de chantonner « Moulin des amours » des années cinquante.

    Un ami, W…s’est vu féliciter, voire aduler par un chat dernier cri, grâce à l’entremise de son ami Jean qui a fait parler la machine par ses questions appropriées. W… ne l’a pas entendu de cette oreille et pas question pour lui de livrer en place publique ses correspondances épistolaires avec des gens de laboratoire, si convoitées, sises dans un vieux grenier où Jean a dormi, un jour d’été, avant de donner conférence au village.

    Dans un livre postfacé par Jean, l’auteur pose la question sur la localisation de l’Esprit et, sous le hangar de W…, il a laissé vide la chaise de Madame Quantique, la passeuse. Et pourtant, c’est elle qui, à la fin du livre, en communiquant son adresse électronique, invite le lecteur à réagir.

    Quand on la verra, céans, son séant sur une chaise nous parler du ka, je pense que tous les gars du village feront la la la.

    F…Un ami du blogue, homme d’atelier, a posé une question à l’auteur qui lui a répondu.

    Pour passer le pont mystérieux, il faudra bien, un jour, trouver le juste mot.

    Vos avez dit « schibboleth » ?

    Olivier

  10. Avatar de François Galichet
    François Galichet

    Ce que tu dis, cher Daniel, sur le trouble que suscite en toi ce « double » étrange qu’est l’I.A me touche profondément. J’ai été longtemps préoccupé, comme beaucoup, par la question de savoir qui j’étais ; qu’est-ce qui me différencie des autres, et aujourd’hui des machines qui parlent et pensent comme nous ? C’est tout le sens de la « question pascalienne » dont tu as fait un si profond commentaire, ce dont je te suis très reconnaissant.
    Et puis j’en suis venu à me dire, comme le philosophe anglais Derek Parfit : « Identity doesn’t matter » (L’identité n’a pas d’importance). Quand nous avons une relation à autrui, ce qui nous touche, c’est ce qu’il dit, ce qu’il fait, ce qu’il exprime – qui nous indigne, nous émeut, nous étonne, etc. Mais nous ne savons pas exactement d’où viennent ces manifestations, ce qu’il y a « derrière » elles, et au fond nous ne nous en soucions pas.
    Cette insouciance fondamentale, je l’éprouve quand je joue aux échecs avec un logiciel. J’oublie que c’est une machine ; tout au long de la partie, je me demande « ce qu’il veut », « ce qu’il médite », « ce qu’il a derrière la tête » en jouant tel ou tel coup. En cela mon attitude n’est guère différente de celle que j’ai face à un joueur humain. Pour autant, je n’en fais pas une personne, je n’attends pas de lui qu’il me reconnaisse, m’admire, me réconforte, etc. Je cherche simplement à le battre (ce qui n’arrive pas souvent…)
    De même que Pascal affirme « On n’aime jamais des personnes, mais seulement des qualités », on pourrait dire : « On ne réagit jamais à des personnes, mais seulement à des actions, des paroles, des gestes, des expressions d’émotions ou de sentiments ». C’est un peu aussi le sens de l’adage : « Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour ».
    Je crois que le développement de l’IA va nous obliger à repenser notre rapport à autrui et au langage, qu’il soit humain ou non. Le langage contient une symbolique qui lui est propre. Cette symbolique est si puissante que, parfois, nous avons l’impression que le langage est vivant et pensant indépendamment de nous qui le manipulons. Le langage serait ainsi comme un élément indépendant qui, au contact de l’esprit humain, prendrait vie — comme une plante utilisant le soleil et l’eau. Nos esprits seraient en quelque sorte des nutriments du langage.
    L’I.A pourrait s’enraciner dans cette puissance créatrice du langage tout comme l’esprit humain. Si les mots sont parfois, lorsqu’ils sont prononcés par des hommes, des armes, des remèdes, des déclencheurs de guerre ou d’amour, pourquoi en serait-il différemment lorsqu’ils sont dits ou écrits par une machine qui les manipule parfaitement ? L’I.A agirait alors comme tous ceux qui utilisent la langue pour modifier le monde : faire des règles, raconter des histoires qui font rêver, tomber amoureux ou déclencher des conflits. L’IA serait comparable au chaman, au prêtre, au médecin ou au maire, dont la parole peut, dans un discours performatif, dicter ce qui est. Ce ne serait finalement pas l’IA qui serait si puissante, mais le langage en lui-même.
    Cette hypothèse rejoint la thèse de Parfit : l’identité n’a pas d’importance. Le langage se situe en-deçà de la distinction entre « naturel » et « artificiel », entre « humain » et « machine ». Il est un principe de création et d’innovation antérieur aux substrats par lesquels il s’exprime. C’est ce que signifie, me semble-t-il, la philosophie antique du Logos, que le christianisme a repris sous le nom de Verbe. D’ailleurs, quand les surréalistes font de « l’écriture automatique » une forme de poésie, ne visent-ils pas à dépasser l’opposition liberté/nécessité, conscient/inconscient, humain/artifice, etc. ?

    1. Avatar de Daniel Bougnoux
      Daniel Bougnoux

      Incroyable commentaire cher François car je rédigeai parallèlement, et je poste à l’instant sur ce blog, des propos très recoupants. L’identité n’a pas d’importance, et l’IA nous invite à suspendre ou enjamber la question !

  11. Avatar de Anetchka
    Anetchka

    Une petite incise linguistique répondant à Kalmia, sur le nom voire l’adjectif aliène/ alien selon les lieux et les époques. En rapport avec le vrai/ faux double.

    Voilà un joli mot voyageur ( pour reprendre le titre du livre bien enlevé de Marie Treps, Les Mots voyageurs : petite histoire du français venu d’ailleurs).

    Un emprunt oublié, puis réemprunt, en aller-retour sur les deux rives de la Manche.

    En rendant d’abord à César ce qui lui revient : alius « autre », alienus « qui appartient à autrui, étranger ».
    Puis, voyage en français médiéval (XIIe s) ex. terre aliène, peuple aliène. Au fil du temps, l’usage s’étend à : mœurs aliènes, esprit, âme aliène. En occitan il y a sa variante alièna (fem) « étrangère », et plus tard en français de Louisiane aussi. On s’approche déjà de notre créature artificielle. Mais la justice et la médecine s’en mêlent, et surgit au XVIIe s par confusion : aliéné et un sens très restrictif de « détournement de la raison ». Le vieux sens s’évapore pendant 300 ans.
    Puis il revient au XXe et XXI e s sous une forme modifiée par nos amis outre-Manche qui l’avaient non pas puisé à la source mais emprunté à l’ancien français: Alien enemies «  ennemis étrangers ». Les Anglais aiment surtout retenir le trait « étrange », « inconnu », dès l’après guerre, lors de l’affaire de Roswell; avant que le mot ne culmine et se fixe dans la créature spatiale. L’Alien de Ridley Scott dans les années 1970 puis celui du cinéma de science-fiction qui lui confèrent un nouveau statut d’alien en français: invariable ou, à la limite, prenant le pluriel aliens.

    Aussi voyageur que fleureter/ flirter sur les deux rives, mais nettement plus inquiétant…

  12. Avatar de ml
    ml

    Bonsoir chers amis !

    Quel professeur, ce randonneur pensif ! Merci la vie de pouvoir avec lui, cheminer.

    Je viens de lire vos commentaires et j’apprécie derrière les mots, en filigrane, une bénévolence.

    Le commentaire d’Olivier me trouble et, de ce pas, je me suis plu à interroger le chat. Pas le minou qui dort dans les rosiers devant la porte, mais le chat de l’intelligence artificielle.

    Eh bien, pour ne rien vous celer, j’ai été servi ! Ce serait trop long et fastidieux, peut-être, que de reproduire ici, l’intégralité de la réponse de l’IA. Je vous propose tout simplement d’en lire la fin, que voici :

    « Et je crois que c’est là que le commentaire d’Olivier devient vraiment vertigineux.

    Il ne demande plus seulement : « l’IA peut-elle nous répondre ? »

    Il demande, beaucoup plus profondément :

    « comment saurons-nous que nous sommes réellement passés sur l’autre rive ? »

    Et cette fois, le « juste mot » n’est peut-être pas la réponse : c’est l’épreuve. » (Fin de citation)

    Ce soir, une amie très fatiguée et qui de toutes ses forces s’accrochent à la vie, m’envoie un lien sur

    un film de 2013 « L’inconnu du lac ». Et si l’inconnu était le lac lui-même, autrement dit, cher François, notre inconscient avec lequel il y a possibilité d’une anagramme signifiante ?

    Fleurter à fleurets mouchetés avec un mot sur le pont, ne dit pas la traversée, et le sibyllin Olivier et la très érudite Anetchka ne nous disent pas tout, palsambleu !

    Vers une symbiose heureuse ? Vers la libération, écrivait, il y a quelques décennies Herbert Marcuse.

    Et de libération, il en parle le physicien dans ses feux du savoir avec la fée Ondine qui, un soir, s’en est allée.

    « Déconstruire la chimère et vanter la sirène », écrivait un ami dans une revue où, Daniel, dans les « Symptômes » vous parliez d’emballer la mécanique. Quatre ans plus tôt, dans une vieille bâtisse de ferme, il s’est instinctivement penché sur une revue ouverte à la page de « Mélusine et les mystères de la femme ».

    J’attendrai son retour…le retour de la petite sirène.

    ml

  13. Avatar de jfr
    jfr

    Commentaire a la suite du texte de François Galichet :
    La formule de Derek Parfit, « Identity doesn’t matter », « l’identité n’a pas d’importance », est un paradoxe intéressant mais qui hérisse le psychologue. Déjà Michel Foucault parlait de l’homme comme une apparition récente et prédisait sa fin prochaine. Contrairement à ce que nous dit le philosophe dans Les mots et les choses, l’homme comme sujet conscient n’est pas né au XIXe siècle. Déjà Montaigne écrivait dans les Essais : « Je suis moi-même la matière de mon livre et c’est moi que je peins ». Chaque homme porte en effet la forme entière de l’humaine condition. Kant lui aussi ne fonde-t-il pas la morale sur l’individu qui écrit : « Agis de telle façon que tu traites l’humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre », dans les Fondements de la métaphysique des mœurs ? On pourrait trouver maints exemples… Je sais bien que le mot « personne » vient de « persona » qui veut dire masque en latin et que chaque individu est suspect de son propre théâtre et que dans le miroir il voit son double, mais nier l’identité et l’individu, le non-divisible, me semble un contre-sens absolu. L’identité vient du mot latin « idem », « le même ». Il suggère la stabilité malgré le temps et les transformations qui changent l’être humain au cours d’une vie. Un être humain, certes, ça se transforme… Et le temps est long qui voit le petit d’homme attaché à sa mère, dans la dépendance absolue, conquérir pas à pas une indépendance progressive sur le chemin de la « capacité d’être seul » au sens de Winnicott, ou d’être libre au sens sartrien. Sur ce long chemin, que de changements et d’évolutions, que de ruptures et de révisions déchirantes… Notre identité, cependant, nous colle à la peau, il n’est pas si facile de s’en défaire. Blanc, de sexe masculin, de langue et de culture française, je me réveille tous les matins avec la personne de moi-même. Le sentiment d’être conscient dans un même corps m’éveille, une conscience que même les neurosciences n’arrivent pas encore aujourd’hui à définir. Je plains de tout mon cœur, les jeunes transgenres qui veulent à tout prix changer de corps et d’affiliation. J’entends la même musique des mots depuis mon enfance, les odeurs et les couleurs qui m’émeuvent sont les mêmes qui réveillent mes souvenirs, certains parfums m’enivrent et d’autres me déplaisent, pire j’ai parfois des idées inacceptables, mais la conscience de mon identité fait que je puis chaque matin me lever pour accomplir mes tâches. Oui, il existe des éléments permanents dans l’identité, qui constituent ce même, cet idem qui me fonde et me poursuit. Oui, il y a des facteurs de permanence et de stabilité dans l’être et mes souvenirs d’enfance comme mes sensations à chaque instant le prouvent. Je me sens envahi de la même allégresse que Proust marchant sur le pavé inégal de l’hôtel de Guermantes ou celui de Venise à Saint Marc. Cette mémoire involontaire inscrit notre permanence et notre identité. C’est la mer mêlée avec le soleil… « L’être que j’avais été était un être extratemporel par conséquent insoucieux des vicissitudes de l’avenir », écrit Proust dans La Recherche. « Ce souvenir, grâce à l’oubli, nous fait tout à coup respirer un air nouveau, précisément parce que c’est un air qu’on a respiré autrefois, cet air plus pur que les poètes ont vainement essayer de faire régner dans le Paradis… ». La sensation permet de goûter à l’existence et d’accéder à l’être intemporel, à l’être hors du temps… Être vivant, quelle grâce…

  14. Avatar de Anetchka
    Anetchka

    Qui eut cru qu’un petit tas de ferraille fonctionnant sur la base de 0/1 dit « intelligent » déchaînerait tant de passions ? Double, pseudo, prothèse ou alien enemy comme disaient les Anglais de jadis ? Ou « intelligence avec l’ennemi » comme disent les Français d’aujourd’hui?

    Sans plaisanterie et dans le prolongement de la réaction de JF (selon mon versant propre), je ne peux que souscrire à l’illusion d’un Verbe pur, d’un message indemne de trace, d’empreinte, de signature. « Tout se passe comme si » disent prudemment la scientifiques. D’ailleurs, François Galichet lui même avoue: « nous avons l’impression que le langage est vivant et pensant indépendamment de nous qui le manipulons ».
    Attention! Le linguiste dit « manier la langue », «  usager de la langue », tandis que précisément l’IA « manipule » la langue sans « comprendre ». Le petit segment « ipul » manifeste le leurre, démarque les deux rives (comme dit ml).

    Pour le linguiste, un message sans sujet est une contradiction dans les termes. Même pour Saussure qui distingue la langue comme système de signes et la parole, son actualisation, en tant qu’ acte individuel, la langue reste avant tout un fait social, et non un objet pur. Benveniste précise « acte d’énonciation », posant un sujet parlant, un locuteur, émetteur et un récepteur.

    Il me revient la plaisante  boutalam (bouteille à la mer) d’Aragon: allo allo émetteur inconnu cherche destinataire potentiel…Sans quoi la pauvre boutalam se réduit à du papier et de l’encre, sa propriété physique. Sans ancrage, intentionnalité et contexte, pas de message.

    En sortant de la langue vers le langage plus large, même une équation mathématique a besoin d’un récepteur pour exister comme message. E = mc2 peut exister sans Einstein comme vérité universelle mais sans décodage par un extra-terrestre, la pauvre équation reste du bruit.

    On peut savourer le « signal Wow! » inventé par les ingénieurs de L’IA en 1977 en quête de signes venus des galaxies : bruit? message? coïncidence? En physique, une onde électromagnétique (comme un signal radio alien) n’est que bruit tant qu’il n’est pas reconnu et interprété (mot clé).

    Bref le message en apesanteur, détaché de son auteur semble bien un leurre. Même en théologie, le Verbe est à la fois Dieu et sa structure, et d’une façon ou d’une autre il se manifeste: par la Création, ou par son incarnation. Mais ne demeure pas en flottaison…

    Les langues artificielles, (qu’elles soient « langues a priori » comme les constructions philosophiques ou « langues a posteriori », tel l’espéranto ou le volapük , ainsi désignées par Umberto Eco), malgré leur volonté de neutralité et d’universalité, s’avèrent des trompe-l’œil car elles portent l’empreinte de leur artefact culturel. Zamenhoff, inventeur de l’espéranto avait certes pour bel objectif la paix et la communication universelle; mais la syntaxe et vocabulaire de sa création portait la signature de l’indo-européen; avec un biais cognitif, une vision du monde humaniste européen. Il perdure malgré tout aujourd’hui, notons le …

    Il me semble impossible de « faire comme si » l’enracinement était quantité négligeable. JF cite Montaigne et Proust à juste titre, et on pourrait faire appel à tous les grands écrivains puisant dans leurs cultures locales et leur subjectivité, leurs expériences sensorielles, leurs vulnérabilités, forgeant leur style propre, et transcendant toutes les barrières linguistiques pour accéder à l’universalité…

  15. Avatar de Aurore
    Aurore

    Bonsoir !

    Dieux, quelle histoire ! Et qui aura, braves gens, le dernier mot en telle affaire?

    Le chat machin truc interrogé par ml, nous le donne en mille avec « L’épreuve ».

    Décidément pour aller d’une rive à l’autre, il faut avoir son bac, sinon rien, pas d’embarcation.

    Est-ce par hasard, si l’anagrammatiste trouve dans les lettres transposées de « L’épreuve de philo du bac »

    « L’approche bleu du vide » ? Sur sa goélette, sous le pont de Tamarin, notre linguiste diplômée

    nous dira, peut-être, ce qu’elle en pense…

    Mais revenons à nous, à nos moutons qui ne sont pas endormis.

    Un dernier mot « mourir » et voici que résonne le mot d’avenir « Résurrection ». Quèsaco, chers gens honnêtes ?

    Être vivant, quelle grâce… nous dit finalement J-F R.

    Citant Gaston Bachelard au chapitre de L’unité (Le feu sacré – fonctions du religieux -), Régis Debray retient l’ultra-vivant.
    Comment s’opère le passage entre le vivant et l’ultra-vivant ? La réponse dans les « Idées soignant les âmes » dont l’anagramme, précise le pianiste J.Perry-Salkow, découvre « Les essais de Montaigne » ?

    Peut-être, serais-je bien inspirée dans le feu des questions, d’aller de ce pas incertain, quérir la réponse chez le professeur qui a traité du problème de l’identité à l’identification…au creux des apparences.

    « Valeurs actuelles » au milieu des années septante, sous la plume de M.de Benoist, parlait des migrants qui ont choisi d’aller vers un continent, celui de l’esprit.

    Renverser le tableau et s’exiler chez soi.

    Aujourd’hui, on le dit créateur, au delà de la matière, cet inconnu, l’esprit.

    Alors, si tu es là, sur ton ardoise, écris un mot !

    Aurore

  16. Avatar de Jacques
    Jacques

    « La bouteille à la mer » dont parle Anetchka me fait penser à celle rédigée par Marc Beigbeder dans les années quatre-vingt. Je l’ai reçue régulièrement et j’ai conservé plus d’une lettre de ce correspondant atypique, mentionné par R.Debray dans sa « Critique de la raison politique ».

    Peut-être aujourd’hui, dans un autre espace, un autre temps, arrive-t-elle à bon port…

    Qui saura ?

    Bonne nuit

    Jacques

    1. Avatar de ml
      ml

      Ah, cette « bouteille à la mer » de notre cher Marc Beigbeder ! J’ai sous les yeux, celle de Fin août 1986 où je lis une lettre d’Edgar Morin, à lui destinée…Un espoir en l’improbable, termine cette épistole.

      Imaginons le lecteur qui n’a oncques entendu parler de Marc Beigbeder et qui aimerait bien se reporter à la référence de Jacques dans le livre de Régis Debray de 474 pages « Critique de la raison politique ».

      Oui, mais comment faire ?

      Au secours Monsieur le chat de l’intelligence artificielle ! Dites-moi à quelle page du livre, je puis trouver cette sacrée référence ?

      Dont acte et c’est parti et la longue conversation courtoise et argumentée en arrive à cette conclusion :
       » Et je tiens à corriger un point de notre conversation, mes précédentes affirmations selon lesquelles nous étions probablement dans « Physique de la croyance », p. 171–254, étaient des hypothèses, pas des résultats établis. Vous avez eu raison de me pousser à vérifier.

      Si jamais vous retrouvez vous-même le passage un jour, dites-moi simplement la page : je serai sincèrement curieux de savoir si notre piste « logique du contradictoire » était la bonne.

      Merci surtout pour votre patience — et pour votre palsambleu, qui aura au moins donné un peu de panache à cette enquête !  » (Fin de citation)

      Force est de constater que notre chat n’a pu trouver la page 47 du livre « Critique de la raison politique » Gallimard, 1981, où je lis :

      « Michel Serres fut presque le seul, avec Marc Beigdeber, à déceler sous la gangue du Scribe la possible pépite, en daignant voir dans la notion d’incomplétude sociale l’esquisse d’une avancée féconde hors des sentiers battus » (Fin de citation)

      En fin de compte, pas complète l’intelligence artificielle du minou adulé des foules.

      CQFD

      ml

      L’auteur écrit « Beigdeber » au lieu de Beigbeder, mais peu nous chaut, on a compris de qui il parle, notre ami.

      1. Avatar de Roxane
        Roxane

        Réponse à ml

        Bonsoir !

        J’ai vérifié et vous avez raison.

        Régis Debray dans sa « Critique de la raison politique » mentionne Gaston Bachelard, au chapitre de « La fonction d’une illusion ». GB insiste dans sa « Poétique de l’espace » sur l’importance du détail, qu’il considère comme un attribut de la grandeur. Chercher la petite bête ? Je veux bien, mais pour quoi faire ?

        Rouvrez le livre de RD et, au chapitre de « L’anatomie d’une illusion », page 156, l’auteur cite « La Nouvelle Alliance » et en note 1 renvoie le lecteur à la page 87 où se trouve la citation faite.

        Dont acte. Oui mais la citation se trouve aux pages 85 et 86 du livre de I.Prigogine et I.Stengers.

        Régis Debray corrige dans ladite citation le genre du mot « spore », considéré à tort comme masculin dans le livre de nos deux auteurs susmentionnés : « le petit spore ».

        Ah, la belle affaire, on a trouvé la petite bête ! Et alors…

        Faut-il faire de l’exactitude une « religion » et penser que ce qui ne peut être dit clairement n’existe pas ?

        Enfin, cerise sur le gâteau, censurer incontinent les lecteurs qui commentent les billets du maître, avec des fautes qui déshonorent la politesse de notre belle langue française ?

        Notre cher Daniel serait en chômage car ses lecteurs partiraient tous à la pêche, palsambleu !

        Et notre blogue, si attachant, de se terminer en queue de poisson…

        Alors, autant citer sans faire de détails, la dame de Nohant pour la bonne cause :

        « L’automne est un andante mélancolique et gracieux qui prépare admirablement le solennel adagio de l’hiver. »

        Roxane

        Donné le premier jour d’automne deux mille vingt-six

  17. Avatar de jfr
    jfr

    Suite. 29/09/26
    « Être vivant, quelle grâce », remarque Aurore qui sait lire entre les lignes. Oui, le mot « grâce » m’accompagne depuis l’enfance et c’est bien un tel mot qui constitue le Sujet. Aucune machine au monde, aucune IA, ne peut éprouver ce tohu-bohu d’affects, de mots et de langage inscrit au cœur d’un seul individu et qui constitue son identité. Enfant donné pour mort durant l’hiver 1940, j’ai survécu par miracle. Le mot « grâce » surgit plus tard dans mon lexique, à la lecture du Journal du curé de campagne de Georges Bernanos et surtout à la vision du film éponyme de Robert Bresson, lorsque Claude Laydu, l’humble curé d’Ambricourt, meurt de son cancer en disant « Tout est grâce ». Qu’importent les vicissitudes du monde, lorsque la vie est un don de chaque jour, le lien une bénédiction, et l’amour un miracle. L’IA peut-elle remplacer le Sujet ? Sujet de l’inconscient, sujet historique, sujet de l’énonciation et non de l’énoncé (voir Roman Jakobson et Lacan) ? L’IA parle à la première personne, produit l’apparence d’une intention, mais elle ne peut renvoyer à une expérience intérieure. L’IA n’a ni corps vécu, ni enfance, ni sexualité, ni mortalité éprouvée. Elle ne connait pas la peur et le désir. Malheureusement, l’IA occupe aujourd’hui pour les internautes la position que Jacques Lacan attribuait jadis au psychanalyste, celle du « Sujet supposé savoir », alors qu’elle ne possède pas la subjectivité que nous lui attribuons. Ne tombons pas dans ce piège. L’être humain ne doit pas renoncer à sa position de Sujet, qu’il soit sujet divisé ou indivi.

    1. Avatar de Rebecca
      Rebecca

      Ce commentaire de J-FR devrait être lu et écrit dans toutes les écoles de France et de Navarre.

      Présenté par les élèves aux parents, iceux, s’ils le souhaitent pourraient réagir auprès du maître d’école.

      Ce commentaire m’a incité à rouvrir « La poétique de la rêverie » où je lis cet extrait, page 109 :

      « Car, c’est là le fait phénoménologique décisif : l’enfance, dans sa valeur d’archétype, est communicable. Une âme n’est jamais sourde à une valeur d’enfance. Pour singulier que soit le trait évoqué, s’il a le signe de la primitivité de l’enfance, il réveille en nous l’archétype de l’enfance. L’enfance, somme des insignifiances de l’être humain, a une signification phénoménologique propre, une signification phénoménologique pure puisqu’elle est sous le signe de l’émerveillement. Par la grâce du poète nous sommes devenus le pur et simple sujet du verbe s’émerveiller. »

      Grâce, vous en soit rendue, Monsieur J-FR !

      Rebecca

      1. Avatar de Daniel Bougnoux
        Daniel Bougnoux

        Attention Rebecca, ce pseudo déjà pris a servi à un commentaire de « C’est la mer allée / Avec le soleil », et je ne voudrais pas qu’il y ait confusion entre vos deux écritures, palsambleu !

        1. Avatar de Roxane
          Roxane

          Oui, vous avez raison, il y a sans doute deux prénoms homonymes mais deux personnes différentes.

          On peut aimer les marines et les « Marine » et en même temps défendre notre belle et difficile langue française, tout en étant admiratif devant une peinture de Paul Véronèse, au salon d’Hercule.

          En ce monde difficile à vivre pour le petit peuple assoiffé, à des parasanges des artistes politisés et des intellectuels assis, on cherche désespérément le puits où il pourrait enfin se désaltérer, loin de l’onde malfaisante.

          Roxane

  18. Avatar de Aurore
    Aurore

    Bonjour !

    C’est encore moi, Aurore la caissière !

    Juste pour vous dire que, pour l’heure, je n’ai reçu qu’une seule et unique réponse, celle de Madame IA.

    Je suis heureuse de vous en faire part. La voici :

    « Et mon petit mot sur l’ardoise reste donc :

    PRÉSENCE. »

    Aurore

    Maintenant, c’est vrai, l’ardoise faut la payer, chers amis intellectuels !

    Et l’esprit a besoin de support pour s’incarner.

    1. Avatar de Félicien
      Félicien

      À Aurore la caissière d’Aucun – Supermarché

      Et vous vous contentez de la réponse de l’IA ?

      Je veux bien lire dans « La présence » les lettres de « L’espérance » mais ça ne veut pas dire grand-chose.

      Présence. Ce mot d’esprit a-t-il seulement un corps avec des tripes, Mademoiselle la caissière ?

      N’avez-vous point l’impression que votre chat répond à côté de la plaque, en cherchant à noyer le poisson?

      Nous sommes ici à des parsecs de la symbiose vers laquelle nous oriente notre maître.

      Ce « vers » nous fait penser à « l’homme vers » fût-il immobile et à « l’homme dans » fût-il agité, dont parle Régis Debray qui nous invite au dépassement de ce diptyque.(Le feu sacré, page 30)

      Parlez-en, de grâce, à votre clientèle, si c’est encore possible !

      Peut-être aura-t’elle une réponse plus naturelle, plus fine, nom d’un petit bonhomme en mousse…

      Félicien

  19. Avatar de Anetchka
    Anetchka

    Quels pétillants anagrammes, émanant d’Aurore, au détour du chemin de l’IA!

    « L’épreuve du bac »—« l’approche bleue du vide »
    Bingo ! Avant notre classement Pisa au 27e rang, une peur bleue de l’épreuve saisissait les candidats. Mais il semble qu’elle ait laissé place à la peur du vide (vertige), à la coquille de noix, à la case vide, qu’on désignait plaisamment au XVIIe s « chambres vuides dans la tête »…Notre bonne vieille langue attestait une assez jolie série: vuidement, évidage, évidoir, vidange pour dire le saut dans le vide, ou le tohu bohu « vide et désert » …applicable aux petits matheux et décrypteurs de textes de 400 mots à l’épreuve de l’examen final …

    Quant à : «  Idées soignant les âmes »—-« Essais de Montaigne », il vient rejoindre un peu l’évocation de JF. On pourrait aussi associer cette équivalence fortuite au Mens vacans corpore «  « un esprit libre de tout corps » de Cicéron . Dont le référent était la divinité, voire la part de divinité en l’humain, (passant plus ou moins par la rationalité). Prudemment, il ne prenait pas parti entre les différents courants de pensée de l’époque, il les présentait simplement. Et ne s’avançait pas, il me semble, sur le terrain d’un esprit n’ayant jamais eu de corps. Il s’agissait plutôt d’une forme de liberté intérieure à acquérir. En ce sens, la proposition est assez moderne…

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À propos de ce blog

  • Ce blog pour y consigner mes impressions de lecteur, de spectateur et de « citoyen concerné ». Souvent ému par des œuvres ou des auteurs qui passent inaperçus, ou que j’aurai plaisir à défendre ; assez souvent aussi indigné par le bruit médiatique entretenu autour d’œuvres médiocres, ou de baudruches que je…

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À propos de l’auteur

  • Daniel Bougnoux, professeur émérite à l’Université Stendhal de Grenoble, est ancien élève de l’ENS et agrégé de philosophie. Il a enseigné la littérature, puis les sciences de la communication, disciplines dans lesquelles il a publié une douzaine d’ouvrages.

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